COMMENTAIRE DE L'ILLUSTRATION
Malade imaginaire, Acte II, Se. vi. (Odéon, novembre 1912.)
Dins une photographie théâtrale moderne (à condition que le théâtre qui H fournit soit de premier ordre), le moindre détail est un commentaire de la nîècemême, puisque le metteur en scène s'est préoccupe non seulement défaire dire, par des acteurs vivants et choisis selon les personnages, les paroles du texte, mais de réaliser, par le cadre même et le milieu matériel, les moindres intentions de l'auteur.
10 Le décor — Nous sommes loin des humbles accessoires du temps de Molière. Voici une chambre confortable, à hautes boiseries a tapisseries c^iaudes; au fond, un bahut élégant ; à droite, un large fauteml, dans le "où" du emps ; sur la cheminée, une pendule gracieuse et de bonnes bouâs de cire. Nous sommes chez un bourgeois qui aime ses aises e qui a frmovens de vivre. Mais nous apercevons dans le coin de gauche 1 alcôve et le m nous songeons à toutes les prétendues douleurs et aux drogues multinles qui empoisonnent la vie d'Argan. , , i-.-
Notons à gauche la haute chaise d'enfant sur laquelle, selon la tradition, Thomas Diafoirus hisse ou plutôt perche son corps sans fin.
90 Les costumes. - Cliacun convient au personnage et à son caractère. Ils so;t tels que e voulait Molière. (Cf. Gr. Ecriv. t. IX, p. 276.) Argan. qui n'ose sortir de chez lui, a sa sempiternelle robe de chambre, ses mules "on bonnet serré d'un ruban, avec son mouchoir de -u negligemm n^ attaché, sans oublier la canne dont il ne croit pouvoir se passer. C est bien î maîa'de à la chambre. - Diafoirus père porte la grande perruque et habi de ville du médecin ; il a laissé la robe et le bonnet; il est en visite - Thomas nVst encore qu'étudiant et n'a certes pas la -oindre prétention a 1 élégance : il est comme les gens sérieux, vêtu de serge noire, mal boutonne sa este qui bâille laisse entrevoir un linge sans '-^-^Z' P^l^^Zfoe^dce perruque indigente; des bas mal tirés ; et au bout de son bias pend ce chapeau mal défini qu'il tourne entre ses doigts aux minutes dembanas. Comment, avec un tel accoutrement, et malgré la science, le pauvre Thomas pourrait-il plaire à Angélique?
30 Les qesto et physionomies, si importants dans le jeu de l'acteur, sont l'expr ssion mani^fes'te des caractères. Voyez ici l'attitude des deux niedecins^. le père et le fils ; ils ont presque la même pose g'^^^J' J^f "f^f^ rituelle en quelque sorte à l'heure de la consultation. Mais le P^^-e at^^^d les réponses du fils, qui les cherche. Le premier al air entendu de 11 omnae docte ; l'autre, la bouche ouverte, les jeux au ciel, rappelle 1 écolier qu cherche en sa mémoire les débris de sa leçon. Cependant ^rè^^J"^ ^^^^^^^ bras en l'air, semble une victime entre ses bourreaux; ^«V.Mourné ïou sur sa canne, l'un de ses yeux mi-clos, l'autre grand "^^'^^^ 'iV^'i^^^i^^e blanc, vers l'oracle, trahissent assez son inquie ude. La ^f^'^.'^^l'^^^lll jaune de Thomas Diafoirus fait un contraste P">^^^?^'".^'^*^^°J"^Y affaiblir bonne face ronde de ce malade, que les r'^medes n arrivent pas a affaiblir. Relisons maintenant la scène. N'est-elle pas eda.ree lumineusement par un tel tableau, qui n'est d'ailleurs que l'expression .'^'«'"«'''ï"'',/^^^ ';„„, même étudié minutieusement? L'image fait mieux qu animer, elle explique
le texte.
MONSIEUR FLEURANT. — On ne cloit point ainsi se jouer des remèdes et me faii'e perdre mon temps. Je ne suis venu ici que sur une bonne ordonnance, et je vais dire à Monsieur Purgon comme • on m'a empêché d'exécuter ses ordres, et de faire ma fonction. Vous verrez, vous verrez.