EXEMPLE DE LECTURE EXPLIQUÉE
MONSIEUR JOURDAIN. — Tout Ce quc j'ai à vous dire, moi, c'est que je veux avoir un gendre gentilhomme.
MADAME JOURDAIN. — Il frtut à votre fille un mari qui lui soit propre ; et il vaut mieux, pour elle, un honnête homme riche et bien fait, qu'un gentilhomme gueux et mal bâti.
NICOLE. — Cela est vrai. Nous avons le fils du gentilhomme de notre village, qui est le plus grand malitorne et le plus sot dadais que j'aie jamais vu.
MONSIEUR jouDAiN, à Nicole. — Taisez-vous, impertinente. Vous vous fourrez toujours dans la conversation. J'ai du bien assez pour ma fille; je n'ai besoin que d'honneur, et je la veux faire marquise.
MADAME JOURDAIN. — Marquise ?
MONSIEUR JOURDAIN. — Oui, marquise.
MADAME jouRD.\iN. — Hélas ! Dieu m'en garde !
MONSIEUR JOURDAIN. — C'est une chose que j'ai résolue.
MADAME jouRD.\iN. — C'est une chose, moi, où je ne consentirai point. Les alliances avec plus grand que soi sont sujettes toujours à de fâcheux inconvénients. Je ne veux pas qu'un gendre puisse à ma fille reprocher ses parents, et qu'elle ait des enfants qui aient honte de m'appeler leur grand'maman. S'il fallait qu'elle me vînt visiter en équipage de grand'dame, et qu'elle manquât, par mégarde, à saluer quelqu'un du quartier, on ne manquerait pas aussitôt de dire cent sottises. « Voj-ez-vous, dirait-on, cette madame la marquise qui fait tant la glorieuse ? C'est la fille de M. Jourdain, qui était trop heureuse, étant petite, de jouer à la Madame avec nous. Elle n'a pas toujours été si relevée que la voilà ; et ses deux grands-péres vendaient du drap auprès de la porte Saint-Innocent. Ils ont amassé du bien à leurs enfants, qu'ils payent maintenant peut-être bien cher en l'autre monde ; et l'on ne devient guère si riches à être honnêtes gens. » Je ne veux point tous ces caquets, et je veux un homme, en un mot, qui m'ait obligation de ma fille, à qui je puisse dire : « Mettez-vous Là, mon gendre, et dînez
avec moi. »
(Acte III, Scène XII.)
Les Circonstances. — Pendant deux actes, nous avons vu M. Jourdain prendre des leçons diverses et s'habiller comme il convient à im gentilhomme ; nous l'avons vu aussi dupé par le noble Dorante, qui lui emprunte son argent. Mais une question