‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 14 sur 99 · TR · texte numérisé non relu

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l'aspect d’une nature nouvelle, plus prodigue de la vie, ils crurent entrer dans le paradis terrestre ; et cependant ils quittaient une des belles con-

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trées de l’Europe. Si le sentiment quils éprouverent est partagé par les âmes capables de sentir

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la grâce et la majesté réunis dans le paysage, LA tout concourt à rendre cette impression plus É vive. Pour gagner les rivages de VAfrique et du Nouveau-Monde, il faut traverser les mers; pen- À n dant des mois entiers, les yeux ne voient que le flot qui pousse le flot vers un horizonsans bornes, que les nuages que les vents entraînent, et qui se perdent dans l’immensité; peu à peu la terre parait:

il semble que ce soitune vapeur trompeuse; bien-

* Nuno Tristan et Diniz Fernandez, 1440 et 1446. Voyez les diverses relations qui parlent de ces voyageurs, entre

autres Bruce , t. 2, p. 107.

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tôt une zône de verdure se découvre; quelques instans encore, et les regards empressés ne peuvent suffire à l'admiration : l'esprit poétique s'empare de tous les objets, l'imagination leur prête de nouveaux charmes ; elle voit régner aussi l'abondance etle bonheur où la nature se pare de tant d’attraits. Débarque-t-on sur le rivage ? les sens reçoivent une nouvelle émotion; une chaleur active développe des parfums inconnus :; le cœur s’éveille à de nouvelles sensations, l’âme à de nouvelles idées ; une curiosité inquiète entraîne des arbres majestueux aux plantes modestes, des plantes aux oiseaux éclatans, des oiseaux à de faibles insectes ; tout s’anime, tout vitsous ces climats ardens, et le voyageur s'enflamme d'un nouvel enthousiasme. Qu'on ne croie pas qu'il y aitde Vexagération dans ce tableau ; $ans doute tous les sites des tropiques ne sont point destinés à faire naître ces impressions, il y a aussi des rochers

* Poivre, dans son Voyage d’un philosophe, dit, en parlant des îles habitées par les Malais : on y respire un air embaumé par une multitude de fleurs agréables qui se succèdent d'années en années, et dont l'odeur suave pénètre jusqu’à l’âme et inspire la volupté la plus séduisante. Voy. p. 40. On retrouve ces émanations embaumées dans la plupart des campagnes situées sous les tropiques, et elles ont à coup str une plus grande influence qu'on ne le pense généralement sur les inspirations poétiques.

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stériles qui ne peuvent inspirer que Peffroi; il y à de tristes rivages qu'une brillante végétation n'a jamais orné; mais ce west point sur ces plages stériles que je transporte l'esprit de mes lecteurs, c’est à Madère , aux îles Fortunées sur les rivages de Timor et d'Otahiti, dans les forêts du Nouveau-Mondé, dans les plaines fertiles de l'Asie. Qu'on lise Humboldt, Peron, Forster, que Pon

consulte de plus anciens voyageurs ", on verra

* Je pourrais invoquer ici le témoignage d’un grand nombre de voyageurs célèbres. Je n’en citerai quequelques-uns. Forster en décrivant les scènes pittoresques que Von découvre du sommet des collines d'Otahiti, avoue qu'elles surpassent toutes les descriptions des poètes. Deuxième voyage de Cook, t. 1, p. 530. Poivre , en parlant des paysages délicieux de Vile de Malaca, dit qu'il n’y a nul voyageur qui ne voulüt y passer son existence. Voyagesd'un philosophe , p. 40. Il compare les campagnes de Siam au paradis terrestre. Idem, p. 31. M. de Neuwied convient en décrivantune solitude du Brésil, qu'elle surpassait toutes les idées que son imagination s'était faites des scènes de la nature les plus grandes et les plus ravissantes. Voyage au Brésil, t. 1. W dit plus loin que quiconque n'a pas vu les contrées équinoxiales, regarderait le tableau d’un artiste qui essayerait de peindre la magnificence des forêts comme une pure fantaisie de son imagination. Idem, t. 2, p. 154. Il y a loin de là à la singulière description que nous fait Paw des bois incultes de l'Amérique; l’un a vu, l'autre suit un système.

Le bon Lery lui-même, ne peut sempécher de montrer son enthousiasme sous une forme religieuse qui indique la plus pro-

fonde impression. Hist. d'un voyage fait en la terre du Brésil.

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partout la même admiration, on recueillera partout le même tribut d'éloges.

Cependant au milieu de ces bocages, sous un ciel dont rien ne semble devoir altérer la favorable influence, on ne voit que trop seuvent l'Européen regretter sa patrie, rattacher ses souvenirs aux brillans végétaux dont il est environné, leur donner des noms qui lui rappellent et le verger que parcourut son enfance , et cette prairie ornée de fleurs moins belles peut-être que celles qui éblouissent ses yeux, mais dont il respira le parfum quand son âme s éveilla pour goûter les charmes de la nature *. Son coeur cherchant toujours à tromper ses regards, lui fait trouver une heureuse ressemblance dans les productions d'une terre étrangère avec celles de la contrée chérie qu'il a quittée. Accablé par les regrets, il dit au ciel: Ne te couvriras-tu point de nuages, ne ferastu pas descendre un voile éclatant de blancheur sur ces campagnes qui étalent avec orgueil leur verdure éternelle ? 11 dit à la plante qui brave Péclat du soleil : ne te flétriras-tu jamais pour me reparaitre plus belle?

il dit aux oiseaux: ne célébrerez-vous pas le prin-

* Ce sont ces réminiscences végétales qui nous rendent si chers les jours rapides de notre enfance. Bernardin de Samnt-

Pierre, Harmonie de la Nature, t. 1, p. 146.

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