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CHAPITRE IX

Souvenirs que les campagnes offrent au voyageur et aux

indigènes de l'Amérique.

tz ne faut pas croire que les peuples de PAmeérique ne trouvent point de souvenirs poétiques dans leurs campagnes, loin du Mexique et du Pérou; le sauvage accoutumé à observer les sites dont il est environné, n'oublie pas les lieux où se sont passés les grands événemens qui ont agité sa vie. Dans une semblable circonstance, un palmier 'élevant au milieu de la solitude à colonne destinée à perpétuer chez

remplace | olorieux. Des végétaux entrelaçant

nous un fait leurs branches en arcade et couvrant de leur

feuillage un rocher, tiennent lieu de temples à la victoire. Le père dit aux enfans :

» bien ces arbres, mais n'oubliez pas

consacrés

remarque qu'ils croissent pendant que nous périssons.

Les sénérations se succèdent et’les lieux dignes

de mémoire ne sont pas oubliés , parce que l'œil exercé des simples enfans de la nature sait observer les moindres progres de la végétation, comme il distingue les plus faibles signes de sa

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décadence. Il faut bien que les forêts du Nouveau- Monde fussent remplies de ces monumens, Car les Tupinambas n'élevaient pour tombeau qu'une simple cabane de palmiers que le temps ne tardait pas à renverser, ou que l’herbe couvrait bientôt ; et nos anciens voyageurs nous rapportent que quand les femmes retournaient aux lieux où leurs parens avaient vécu, elles allaient répandre des larmes sur la terre qui les couvrait, et leur répéter un adieu qu’elles exprimaient par des cris de douleur; sans doute que les lieux parlaient à leur esprit, que les arbres leur étaient connus, qu'une fleur ou qu’un feuillage se succédant d'années en années, devenait une inscription certaine quoiqu'éphémere.

Les cataractes, les rochers bizarrement taillés, sont des monumens plus durables que ces grands végétaux qui ne peuvent exister que quelques siècles, et les sauvages les ont souvent consacrés aux génies dont ils se croient protégés. C'est là que leurs hymnes se font entendre , que leurs chants se mélent au bruit des eaux; aussi les voit-on faire quelquefois une offrande dans ces lieux que leurs pères leur ont appris à respecter.

Quand les barques sont portées sur les eaux paisibles d’un fleuve, et que l'aspect de tout ce qui environne le voyageur ne fait naître chez lui que l'admiration , les Indiens dont il est accompagné

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prouvent par leurs bruyans discours ou par leurs chants mélancoliques, que d’autres pensées les agitent encore plus vivement et que les forêts leur parlent un langage bien connu”.

Je vis un jour, sur le sommet d'un rocher s’élevant près du rivage, un jeune Indien immobile comme une statue. Son attitude était celle de la réflexion. La chasse ne pouvait être l’objet de ses pensées, son arc reposait à côté de lui; il n'était point venu dans cet endroit pour gouter le repos, car il y avait des lieux ombragés à quelque distance. Sans doute que le spectacle imposant du fleuve s'élançant au milieu des rochers exerçait sur lui son influence par quelques souvenirs. Il s’en alla quand les canots passerent devant lui. Hélas! si le paysage avait ranimé un instant ses idées d'indépendance, le bruit de la pagaye, en les dissipant, lui avait prouvé que son territoire était le domaine des Européens, et qu'il devenait étranger où ses ancêtres avaient été les maîtres. Non, semblait-il dire en s'éloignant, Je ne m'approcherai point de vous, et je méprise vos

dons. Jaime mieux déplorer seul les malheurs de mes peres que de venir parler à leurs conqué-

efois ils ne peuvent résister au désir de s’enfoncer

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dans les forêts, et vous quittent sans motif apparent. Bartram, Voyage dans la partie sud de l'Amérique septen-

trionale.

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rans. Tl nous vint aussi une autre pensée : ce pouvait être un descendant des Tupinambas , écoutant le chant du messager des âmes, car le cri plaintif d'un oiseau inconnu se faisait entendre et nous plongeait nous-mêmes dans la réverie, Que d'idées ne pouvait-il point en effet réveiller chez l'Indien? le plus grand bonheur de ses ancêtres était de l’entendre. Mais combien les impressions quil faisait éprouver à ces hommes jouissant de toute leur liberté devaient être différentes! ils n’y trouvaient que des pensées inspirées par une douce mélancolie, le bon Lery nous Vapprend avec la naïveté qui fait le charme de son voyage.

« Je couchai une fois en un village appelé Upu par les François, où sur le soir, oyant chanter ainsi piteusement ces oiseaux, et voyant ces pauvres sauvages si attentifs à les écouter, sachant aussi la raison pourquoi, je leur voulus remontrer leur folie. Mais ainsi qu’en parlant à eux je me prins à rire contre un François qui étoit avec moi; il y eut un vieillard qui assez rudement me dit : Tais-toi, ne nous empêche point d’ouir les bonnes nouvelles que nos grands-pères nous annoncent à présent, car quand nous entendons ces oiseaux nous sommes tous réjouis et recevons

nouvelles forces. »

Dans l'Amérique que les Européens se sont

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= 70 partagée, et dont ils ont éloigné les indigènes, la campagne est peuplée de souvenirs, mais le voyageur voudrait les éloigner. Les monumens ne rappellent que des scenes de destruction encore récentes, que des preuves d’une intolérance funeste, que des crimes trop souvent commis sur des peuples innocens ; bientôt l’on y retrouvera des

souvenirs plus nobles et plus doux, bientôt l'on

oubliera les anciens pour se reporter sur tous ceux que des temps plus heureux ne tarderont pas à offrir. Dans ces pays qui commencent à se peupler, il est bien rare qu’au-delà des villes on trouve, comme dans l'Europe ou dans l'Inde, quelque monument consacré à l'utilité des voyageurs, et qui, en leur rappelant qu’un être bienfaisant a songé à leurs fatigues , les leur fasse oublier. Mais quand on rencontre au milieu d’un de ces paysages imposans une fontaine, ou seulement un abri, c'est du moins la pensée d'un homme bienfaisant, l'esprit s’en empare et toute la contrée s’en embellit. Avec quel charme inexprimable né se repose-t-on point à l'ombre de ces orangers et de ces pins qui, croissant sur les bords d'une baie paisible aux environs de Rio-Janeiro, s'élèvent près de la fontaine das Saudades. Celui qui Pa fait élever la consacra aux souvenirs, etgrava ce mot sur le côté qui frappe d’abord les yeux. Le voyageur après s’ètre désaltéré lit cette courte

vie

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inscription, et elle parle davantage à son coeur que les vers du plus grand poete; elle semble dire : Admire ce lac paisible qui se déploie devant toi, ces montagnes lointaines, images de la fertilité, ces palmiers, richesses d'une terre étrangère, mais souviens-toi que tu as pu les contempler sous un doux ombrage; n'oublie point celui qui te consacra ce monument.

On trouve non loin de San-Salvador la première chapelle bâtie par les Européens à leur arrivée, elle rappelle mille souvenirs dont s'anime tout le paysage. Ce fut là où deux amans que le climat et les usages rendaient si étrangers l’un à l’autre, se connurent et s’aimerent; ce fut là où une jeune Américaine sauva Vépoux que l'amour lui avait amené à son insu des rives de l'Europe. Il semble qu’on voie encore, près des arbres dont le paysage est orné, cette jeune fille d’un chef puissant écoutant les discours d’un homme que tout le monde redoute, et que l'amour lui a enseigné dès les premiers momens à ne plus craindre. Quoiqu'un réseau de plumes la pare de ses brillantes couleurs , elle rougit en apprenant que les femmes de l'Europe cachent leurs charmes sous de plus longs vêtemens. Elle interroge encore et elle rougit de nouveau de la simplicité dans laquelle elle a vécu. Ses regards sem-

blent dire au jeune Portugais : Je n'ai point Part

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