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des femmes de l'Europe, je crains de ne pas être aimée.
Quand les flots te poussèrent sur ces rivages, quand le bruit de tes armes se fit entendre , mes compagnes te prirent pour un dieu, je vis que tu n'étais qu'un mortel, car mon cœur me le révéla; eh bien, mortel puissant, réponds, m'a-t-il trompée? Pour te plaire, je suis prête à abandonner ma douce indépendance, à te sacrifier les usages de mon enfance, à m'élever au-dessus des peuples sauvages qui m'entourent. Cest ainsi que l'amour lui donne les premières leçons d'une funeste civilisation qu’elle fait connaître à ses compatriotes , et le destin, par une loi cruelle, veut que les premiers aveux d’une Indienne à l’Européen soient le signal des maux qui vont fondre sur la tribu. Cette fille d’un chef sauvage abandonne les forêts, traverse l'Océan, voit les merveilles de l'Europe et revient dans son pays; elle détruit une heureuse ignorance , les conquérans achevent son ouvrage, et bientôt la nation entière disparait.
Cet événement a inspiré les muses brésiliennes. Ha été célébré dans le poème de Caramourou *. On y a décrit la nature du pays, les mœurs des sauvages, leurs combats et leurs sacrifices. Ce
" Caramuru, poema epico do descrubrimento da Bahia.
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sera par la suite un monument curieux; on retient aisément ce que la poésie a pris soin de célébrer. Bien des faits sans cela eussent été oubliés, et Von est disposé à croire comme Strabon : que c'est ainsi que les hommes ont transmis leurs premieres idées ou plutôt les premiers événemens.
Ce sont les souvenirs d'un amour malheureux qui répandent le plus de charmes sur une contrée. Les hommes, en parcourant les lieux théâtres de grandes infortunes, se plaisent à considérer les dangers auxquels ils ont échappé, ou même ceux qu'ils ont encore à craindre. Ils éternisent les lieux qui leur présentent de semblables souvenirs, comme le hardi navigateur se rappelle les écueils qu'il a franchis, ou ceux qu'il doit braver encore. Ce qu'il y a de plus étrange, c’est que les fictions produisent le même effet que la réalité. Le rocher de la Meillerie est aussi célèbre que celui de Leucade; on cherche la cabane où venait pleurer Virginie, comme on se plaît à visiter les ruines du Paraclet.
Dans cette circonstance, comme dans beaucoup d’autres ,.ce sont encore les monumens élevés de la nature qui ont le plus d'intérêt; ils associent toute la contrée qu'ils dominent à nos Jouissances : du haut de ce rocher où Bernardin
Ho, Strabo, lib. 1.
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de Saint-Pierre vint chercher sans doute ses no-
bles inspirations, on assiste en quelque sorte à toute l'histoire de ses deux malheureux amans. Des voyageurs Pont éprouvé, et nous ont fait
À ra
sentir leurs profondes émotions. -
: Bory de Saint-Vincent, Voyage dans lesiles d'Afrique, t. 1.
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