‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 20 sur 99 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Influence de notre musique sur les Américains. Danses des

sauvages.

Ou Pon m'avait entendu jusqu'alors que le murmure des forêts, que le bruit des eaux, que le cri des animaux sauvages fuyant à la vue des chasseurs, des sons harmonieux se prolongèrent un jour sur les rives du Paraguay. Tout-à-coup, la joie bruyante des Indiens se calma, ils firent un profond silence; les concerts de quelques pieux voyageurs commencérent des miracles.La religion, qui empruntait des accens si touchans, devint la religion d'un peuple encore dans l'enfance. M. de Chateaubriand nous a peint le missionnaire, nou-

vel Orphée, faisant accourir à ces accens la foule “des barbares, et les ployant sous le joug de la civilisation. Les nouveaux chrétiens se rappelèrent les impressions profondes que leur avaient causées les chants des hommes civilisés. Ils firent bientôt résonner les forêts de plus doux accords ; ils surent charmer par des concerts les travaux pénibles qu'on leur imposait *. Cet amour pour un art qui leur étaitinconnu jusqu'alors devait se développer

* Charlevoix, Histoire du Paraguay.

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tout-i-coup; il tenait à la nature, au climat, aux inspirations poétiques des déserts et des forêts; il ne faut point aller le chercher parmi les peuples voisins, dans les sombres climats qui avoisinent les terres de Magellan : mais on le riteónve à chaque instant chez les nations sauvages plus rapprochées des tropiques; et il se montre sous les formes de Venthousiasme. Quand les Guayaurous entendent chanter les romances des Espagnols, ils versent des larmes‘. Ils n’ont point de musique comme d’autres nations. Il semble que ce sentiment profond de la mélodie ne leur permette point de se livrer à des chants sauvages; ils écoutent néanmoins pendant des journées entieres les accens plaintifs d'un oiseau nommé le macauhan *. Ce messager des âmes, révéré également des Tupinambas, comme je Pai déjà fait voir, leur parle de leurs ancêtres. C’est une des traditions les plus poétiques de ces nations dans l'enfance; elles peuplent ainsi leurs forêts de génies qui leur prédisent des conquêtes ou célèbrent celles de leurs pères.

Lery nous donne lui-même une preuve de l’influence de la nature sur les idées musicales de homme civilisé et du sauvage; je vais le laisser parler, la simplicité de son langage ajoute

: Nouv. Annales des Voyages de MM. Eyriès et Maltebrun. > Corografia Brasilica. V. également le Brésil, ou mœurs

et coutumes des habitans de ce royaume, t. 3, p. 13

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un nouveau charme à la peinture de ses sentimens. « Comme doncques, dit-il, pour aller quérir des vivres et autres choses nécessaires, je passai un Jour de notre île en terre-ferme, suivi que j'étois de deux de nos sauvages Tupiniquins et d'un autre de la nation nommée Ouanen, qui leur est alliée, lequel avec sa femme étoit venu visiter ses amis et sen retournoit à son pays. Ainsi qu'avec eux je passois à travers d’une grande forêt, contemplant en icelle tant de divers arbres, herbes et fleurs verdoyantes et odoriférantes; ensemble, oyant le chant d’une infinité d'oiseaux rossignolant parmi-ces bois où lors le soleil donnoit. Me voyant, dis-je, comme convié à louer Dieu par toutes ces choses, ayant d’ailleurs le cœur gai, je me prins à chanter à haute voix le psaume « Sus, sus, mon áme , il te faut dire bien,» lequel ayant poursuivi tout au long, mes trois sauvages et la femme qui marchoient derrière moi y prindrent si grand plaisir, c’est-à-dire au son, car au demeurant, ils n’y entendoient rien, que quand j'eus achevé, l'Ouanen tout ému de joie, avec une face riante, s'avançant, me dit : « Vraiment, tu as merveilleusement bien

chanté, même ton chant éclatant m'a fait res-

souvenir de celui d'une nation qui nous est voi-

sine et alliée, j'ai été fort joyeux de t'ouir ”. »

* Histoire d'un voyage fait en la terre de Brésil.

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