CHAPITRE XIV
Abondance de la nature sous les tropiques. La solitude.
Les premiers Européens qui parcoururent les régions situées sous la zône torride, durent se trouver bien faiblement partagés par la nature, en voyant une végétation dont l’activité subvenait à presque tous les besoins des hommes, sans demander d’autre travail que eelui d’une récolte facile. L’igname , le mais, le fruit du coco, le banane qui, dans tous les temps, offrent une nourriture abondante, dont le goût est fiatté, et que le climat exige, tous ces fruits que la culture a tant multipliés depuis, ont les trouva même parmi des peuples sauvages; ils n'avaient fait aucuns efforts pour les améliorer, et les offraient tels que la nature les fit croître pour eux. Ou sont dans nos contrées du nord les végétaux qu'on puisse comparer à ceux-ci pour l'utilité, et qui n’aient point nécessité pour leur perfectionnement le travail de plusieurs siècles? IL nous semble que les productions de nos climats sont plus agréables, mais c'est peut-être en raison des soinsqu'elles ontcoûté anos ancètres, ou à nous-mêmes. Nous sommes comme
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cet infortuné qui mange un pain grossièrement pétri et qui lui trouve encore quelque s saveur en se rappelant tout ce qu "il a souffert : pour | l'obtenir. Sans doute que lorsque la divinité convia les hommes au grand banquet de la nature ,sa prévoyance alla jusqu’à leur présenter ce qui convenaitle plus au pays qu'ils habitaient; les uns virent une foule d'animaux sauvages destinés à leur nourriture, les autres cueillirent des fruits savoureux et n’attendirent pas de la chasse leur unique subsistance. Comment cependant comparer le sort de FOtahitien à celui du Lapon? comment préférer les forêts de la Sibérie à celles de l'Amérique méridionale ? | | Ai Lespayssitués sousles tropiquessont assurément les seules contrées du monde où l'homme puisse vivre dans une solitude absolue, sans implorer le secours de ses semblables; comme si la Providence eût prévu que dans les pays où la mollesse étend son empire, \ÉAUEPES se présenterait avec tous ses maux, et qu'un grand nombre d' infortunés vouria s’y soustraire, comme si elle eût pensé que Panciên monde enverrait au nouveau des hommes fatigués des injustices de leurs semblables , elle a rassemblé souvent dans un faible espace tout ce qui pouvait subvenir à leurs besoins et leur permettre
de se retirer d’une société injuste à leur égard,
et pour laquelle peut-être ils n'avaient jamais été