‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 32 sur 99 · III · texte numérisé non relu

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former avec Vespéce de vernis qui recouvre les feuilles du carnahubas des cierges d’une blancheur éclatante. Mais, si une lueur plus faible et plus durable me convient pendant les nuits où gronde la tempête, le caoutchouc, transplanté des rives de PAmazone et du Paranna, me donne la gomme élastique qui, prenant sous mes doigts la forme d’un cône, surnage au-dessus de l’eau, et brüle jusqu’au lever de l'aurore *. Ah! ne pensez pas que la solitude amène Pennui! La Providence , en subvenant à mes besoins, n’a point négligé mes plaisirs. Par la quantité de végétaux consacrés à l'utilité, vous pouvez juger du nombre de ceux qui ne sont destinés qu'à embellir le paysage: tous les jours j'admire leur magnificence et leur diversité. Ce n'est pas comme dans les forêts de l’Europe, où les mêmes arbres frappent presque toujours les regards ; il faudrait ici retenir sans cesse de nouveaux noms. L’admiration ne se lasse point, quand ce sont les objets de la nature qui Vexcitent. Aussi, quand j'ai contemplé quelque temps les masses imposantes qui déploient devant moi leur majesté, j'observe tous les détails de la scène que j'ai sous les yeux. Un vieil arbre, couvert de tout le luxe d’une végétation étrangère, arrête quelquefois aussi long-temps

* V. Dazara, Voyage au Paraguay.

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à 112 a mes regards que les spectacles les plus merveilleux des hommes. Voyez ce vignatico. que son propre feuillage abandonne, les mousses, les - fougères, les cactus, les bromelia ves caladium, le couvriront d’une verdure éclatante long-temps après qu'il ne sera plus. Nourries par. la chaleur

et par l'humidité, ces plantes laissent tomber

leurs rameaux, élèvent leurs tiges, mélangent leurs fleurs et leurs feuillages dans un admirable désordre ; elles pareront encore, long-temps après sa mort, Parbre qui les soutint; elles feront reconnaitre la place ou il sélevait, comme ces utiles végétaux que je cultive diront un jour que jai vécu dans ces lieux. Mais, ajouta-t-il en por-. tant des regards enthousiasmês sur le paysage d'alentour, je ne vous ai point encore PAR de toutes les jouissances que la Providence m'a réservées. Dans cette solitude, je n’ai d'autre temple que la voûte du ciel, d’autres portiques que ces forêts, d’autres autels que ces rochers; et seul ministre de ce temple auguste, j'y fais entendre chaque jour les accens de ma reconnaissance; je m'écrie quelquefois : Oui, quand Dieu créa Punivers, il jeta sur cette contrée un regard favorable! Toute la nature s’en embellit, le fleuve arrêta ses mugissemens, la forêt se dépouilla de sa trop sombre horreur, la colline s'opposa à la fureur des aquilons. Un autre regard en fit un séjour de

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délices. Le printemps para les arbres des fleurs les plus belles, Pautomne les chargea des fruits les plus savoureux ; les oiseaux égayèrent le bocage par leurs chants, les animaux bondirent dans la campagne. Que ce séjour, dit-il, soit l'asile du repos, l'innocence méconnue sur la terre pourra s’y réfugier, et, si l’homme le découvre un jour , qu'il y abjure les erreurs de ses semblables, pour goûter enfin le bonheur qu'il se plaint de ne jamais trouver.

On a vu plus d’une fois ces terres lointaines servir de refuge à des malheureux qui cherchaient à échapper aux querelles religieuses des peuples les plus civilisés*; souvent leur seul guide était le hasard, ou plutôt la Providence avait en horreur ces persécutions, et elle les conduisait sur des rivages où tout promettait le repos et l'abondance. Ah! quand PEuropéen, échappé à toutes les misères et à toutes les dissensions qui agitent l’ancien monde, se voyait sur ces plages fertiles , aspect des campagnes l'avait déjà consolé, il s’écriait : Vous qui avez fait une victime, que votre joie se taise, et que vos yeux n'expriment plus une odieuse satisfaction ; la nature ne veut pointservir vos fu-

reurs ; elle n’a point voulu partager votre haine.

Sous Jean III linquisition s'établit en Portugal et un grand nombre d'infortunés furent obligés d'abandonner leur

patrie. V. Alph. de Beauchamp, t. 1, p. 132.

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Ces palmiers, qui m'offrent déjà leur ombrage, formeront bientôt de leurs branches flexibles ma simple habitation; les fruits de ces bananiers, dont la verdure éclatante réjouit mes regards, suffiraient presque à ma nourriture; mais, partout où ils existent, les forêts sont peuplées d'oiseaux que l'abondance attire, et que l'instinct de leur conservation semble avoir abandonnés. Je ne dis point que du fond de ma cabane solitaire je ne regrette point une patrie dont le souvenir ne nous abandonne jamais ; il y aura du moins encore quelques douceurs pour moi à exhaler ces plaintes mélées de tant de reconnaissance. O mon pays; quand je quittai tes rivages, j'offrais déjà les remercimens du malheureux à la terre qui m'offrirait un asile, même quand son aridité serait d'accord avec mon désespoir, quel tribut d'amour dois-je offrir au pays où je trouve tout ce qui peut donner le bonheur loin de toi!

Les admirables solitudes que l'on rencontre dans quelques contrées situées sous les tropiques, ont exercé à la longue, après les premiers regrets, une grande influence sur Vesprit de quelques Européens. Je prendrai un exemple bien connu. Le matelot qui a inspiré à de Foë son Robinson, l'infortuné Silkirk, abandonné dans l'ile Fernandez :

* Bibliothèque universelle.

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finit par s'attacher véritablement à son désert. Le célebre Steele Vinterrogea sur les impressions qu'il avait éprouvées. Il nous apprend que son regard était sérieux, quoique serein, et quil semblait accorder peu d'attention aux objets environnans, comme étant absorbé dans ses propres réflexions. « Il déplorait souvent, dit cet auteur *, son retour au monde qui ne pouvait, avec tous ses plaisirs, lui rendre le calme de la solitude. » Une de ses jouissances était de chanter des psaumes ; il célébrait sans doute ainsi les merveilles qui Penvironnaient. De Foë nous a associés à quelquesunes de ses pensées; mais il est fâcheux que Steele ne nous ait pas transmis un plus grand nombre des observations qui le frapperent , lors de ses conversations avec le solitaire de File Fernandez, homme, selon lui, d'un grand sens. Il parait que son séjour au milieu de la société ne tarda point à changer sa physionomie , comme il changea ses idées ; il perdit de son air de méditation, quand les souvenirs commencèrent à s'effacer. Ce n’était plus le moment de connaître les émotions qui l'avaient agité durant son long exil.

J'ai toujours regretté que, dans lintéressant roman de Robinson, les effets d'une nature étrangère aient été aussi faiblement rendus. Si

, . p Ay . y A * L'Englichman, feuille périodique publiée par Steele.

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> 116 « Bernardin de Saint-Pierre se fût emparé d'un sujet aussi fécond, il en eût tiré un bien grand parti; il est certain que de Foé, dans ses fréquentes conversations avec Silkirk, a di avoir des res- 2a sources infinies pour ABRA licux etlesimpres- | 4 : | sions qu'ils font éprouver; il l'a exécuté en partie; 19 mais on s'aperçoit à chaque moment qu'il n'avait. pas été à même de voir par lui-même.

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