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comme mon chagrin. Demain, je m'enfoncerai dans l’intérieur , et j'ignore où je m'arrêterai; car maintenant mon protecteur est mort, et ses conseils ne me guident plus. J'appris cependant par la suite de ses discours qu'il voulait remonter le Belmonte, et je vis avec plaisir que je l'aurais pour compagnon de voyage dans les déserts ou je devais me rendre.
Le lendemain, je fus le trouver; il allait bientôt se mettre en marche; ses guerriers étaient armés de leurs arcs ; ses femmes conduisaient les enfans. Il me dit en m'apercevant, qu'il était satisfait de m'avoir pour frère de voyage et que Je pouvais regarder ses chasseurs comme s'ils étaient les miens. Nous ne tardâmes donc pas à nous acheminer le long du bord de la mer, pour gagner lembouchure du fleuve; les noirs qui portaient nos bagages marchaient en avant, et l'écho répétait leur cri mesuré; mais les Indiens, plus paisibles, ne s’entretenaient que de leur nouveau voyage et des plaisirs qui les attendaient dans leurs forêts. Après deux heures d'une marche pénible dans les sables, la nature qui ne nous avait offert jusqu'alors que des scènes riantes, changea tout-à-coup, et ne nous présenta plus que l’image de la désolation. D'énormes quartiers de rochers, dépouillés de toute végétation, étaient amoncelés
sur le rivage, et les flots venaient s’y briser avec
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fracas : quelques palmiers épineux, quelques mimosas brülés par le soleil attestaient cependant que tout n'était pas mort dans ce triste désert, où l'œil étonné considérait avec effroi une vaste portion de forêt frappée d’une affreuse stérilité , et ne présentant que des troncs énormes dépouillés de tout feuillage .
Nous franchimes rapidement ces lieux sauvages dont l'horreur était encore augmentée par le cri des aigles et des vautours, et je cherchai à dissiper, dans la conversation du jeune chef, la tris-
tesse que m'avait inspirée le rivage que nous ve-
nions de traverser. « Tu verras, me dit-il en souriant, des campagnes moins sauvages et surtout plus fertiles : mes rochers sont déserts, mais ils ne sont pas affreux. La patativa et Pazuleon les font retentir de leurs chants. Trop heureux si je retrouve ma cabane; j'ai voulu faire voir à mes guerriers que le bonheur n'est point dans les courses lointaines ; » puis il se tut et retomba dans une réverie profonde.
Cependant la scène ne tarda pas à prendre un autre aspect : la nature s'animait à mesure que nous approchions du Belmonte, et bientôt nous eumes perdu de vue les forêts stériles du bord de la mer. Nous évitâmes le village, et il fut dé-
" Cette forêt desséchée existe en effet, et sa stérilité vient
peut-être du passage souterrain des eaux de la mer.
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