AL
cidé que l’on camperait à peu de distance du fleuve; car les Indiens fuient ce qui peut leur rappeler l'esclavage de leurs frères, et recherchent les lieux solitaires dont ils se regardent comme les maitres. En un instant les cabanes furent construites, les feux allumés , les hamacs suspendus ; la canne sauvage, le palmier fournissaient les matériaux de nos simples habitations , toutes formées en cônes arrondis et impénétrables à la pluie la plus violente comme aux rayons du soleil le plus brülant.
Cependant nos Indiens avaient échangé différens objets contre de Peau-de-vie de canne; ils commencèrent à en boire, et le camp devint bientôt le théâtre de Porgie la plus bruyante. Les femmes apportaient à tout moment d'énormes courges remplies de vin de manioc : on les voyait se disputer entre elles à qui les offrirait aux guerriers; et l’on entendait leurs voix glapissantes se mêler aux sons rauques du maraca. Les danses se formaient de tous côtés, les chants s'animaient, et le chef commandait en vain quelque tranquillité dans la joie. Je suis le plus grand chasseur de la tribu, disait un jeune Indien, le jaguar est moins terrible que moi : mes forces sont égales à mon courage, et je suis redoutable à tous les guerriers. Un vieillard voulut s’avancer pour ré-
primer son orgueil, mais il trébucha en balbutiant
quelques paroles, et des femmes qui Paidaient à marcher tombérent à ses côtés, n'ayant pas la force de le soutenir. |
A la fin tout se calma, et le sommeil vint rendre au camp sa tranquillité ; mais le jeune chef, insensible à la joie de ses guerriers, s'était éloigné.
Je Paperçus assis sur la rive du fleuve : il parais-
sait quelquefois agité par des souvenirs pénibles et retombait tout-à-coup dans un calme effrayant. Je m'approchai, il ne s'éloigna pas; ses regards au contraire se fixèrent sur moi avec une douloureuse tranquillité, et semblèrent me demander quelques paroles de consolation.
La douleur ne peut pas être continuelle, lui dis-je, un guerrier doit la vaincre. Oui, me répondit-il , je n'existerai pas toujours, etmes peines mourront alors avec moi; car le dieu de ma nouvelle religion est trop juste pour me punir de quelques fautes par un désespoir éternel. Voyant donc qu'il était chrétien, je voulus savoir où il avait reçu le baptême, et jappris que la perte du capitan-mor n'était pas la seule cause de ses chagrins : ilme raconta même alors la suite de peines qui l'avaient amené sur le bord de la mer.
Je n'ai pas toujours été errant dans le désert, me dit-il, et je voudrais n'avoir jamais quitté mes forêts. Tu n'entendrais pas mes plaintes; la vie du chasseur me plairait, et je prendrais part aux
a a DS TT EE na io a as Lita
piste ta dr die ES rs
UA