‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 42 sur 99 · V. Corografia Brasilica, t · texte numérisé non relu

V. Corografia Brasilica, t

te É o À" à LT :

=» 144 «x non loin des établissemens des Portugais, dont nous voulions obtenir des secours dans le nouveau genre de vie que nous allions adopter.

Mais mon père s'était étrangement trompé dans ses’ projets: nos chasseurs ne voulurent pas travailler , ils préférèrent poursuivre le jaguar dans les forèts, et laissaient aux femmes le soin de cultiver la terre. Le voisinage des Portugais ne tarda pas non plus à leur devenir funeste; ils échangeaient avec eux des peaux de tapirs et de viados contre des liqueurs enivrantes dont ils buvaient avec excès. Alors ils perdaient la raison et se battaient cruellement entre eux; les ornemens dont ils avaient été si vains jusqu'alors leur parurent ridicules, et ils arrachèrent la plume brillante qu'ils portaient autrefois à la lèvre. Vapoubassou leur proposait cependant l'exemple des Guaycourous ’, nos anciens ennemis, qui avaient adopté les usages des étrangers sans rien changer à ceux de leurs pères. Oui, répondaient ces insensés, les Guaycourous élèvent des animaux pour les faire servir à leur nourriture; ils parcourent nos vastes déserts sur des coursiers qu'ils ont su dompter; mais on ne les force pas à culti-

* Les Guaycourous ou Indiens cavaliers forment encore une nation puissante sur les confins du Paraguay, ils sont pasteurs, mais ils se livrent encore très-peu à l’agriculture. V. Co-

rografia Brasilica, t. 2.

da Ss dis di SÉ ia a TS PNR SAP PS SUR NES et 0

me 14) «x

ver une terre toujours ingrate pour les Indiens.

Le chagrin ne tarda pas à s'emparer du cœur de mon vieux père, et il se repentit amerement d’avoir quitté le beau pays qu'arrose la Sambabaya. Il me disait quelquefois en pleurant : J'ai entendu pendant la nuit le chant plaintif du Macauhan; ce messager des âmes me parlait de mes pères, et me présageait bien des maux. Va, tu ne meneras pas la vie misérable de VIndien ; les étrangers sont puissans et heureux, tu iras vivre parmi les étrangers dans les villes qui excitent notre étonnement. J'étais bien jeune, cependant ses discours me faisaient verser des larmes ; je ne prévoyais pas le malheur, mais je regrettais déjà nos forêts.

Jusqu’alors nous avions été en paix avec. nos voisins, mais un jour nos défrichés retentirent des cris de guerre des Aymorès et des Capochos ; ils voulaient s'emparer de nos plantations, et espéraient faire un affreux festin des corps de nos guerriers. Ces peuples se rendent redoutables par leur férocité, et le courage ne put nous garantir des flèches qu'ils lancent avec autant de vigueur que d'adresse. Nous fúmes assez heureux pour soustraire à leur rage les femmes et les enfans : mais il fallut errer long-temps dans le désert, et

nous ne nous arrétâmes que pour nous établir |

sur le Capibary , à une demi journée de Villa de

LO

sn Dc

ia Ci jo ça PE go corso sina Vc E : Ta

Saint-Simon ; notre tribu était alors réduite à cinq cents chasseurs, dont un grand nombre périt ensuite de maladies. E

Mon pére allait souvent à la cité; il y portait des animaux vivans, des grains d'or que j'avais ramassés sur le bord du fleuve des Sapoucayes , des Jabuticabas, et toutes sortes de fruits de nos forêts; partout on Paccueillait, car on n'ignorait pas que c'était un chef encore puissant.

Un jour, il m'emmena, et me présenta au chef auquel on obéissait dans la ville. Voilà mon fils, lui dit-il; ce sera un jour un brave guerrier ; mais je ne veux pas pour Jui du bonheur des Indiens, puisqu'ils ne le trouvent plus maintenant que dans vos boissons brülantes qui égarent leur raicon. Je te donnerai de l'or, j'irai te chercher des pierres brillantes , il vivra près de toi, et tu le regarderas comme un fils.

Il s’éloigna donc, et me laissa parmi les Portugais. Les usages de ces étrangers ne me plaisaient pas ; je ne pouvais m'accoutumer à un repos continuel, et le souvenir de nos forêts m'entrainalt quelquefois bien loin d’une ville où tout me rappelait l’esclavage. Je n’osais cependant point retourner vers mon père dans les premiers temps;

car un jour qu'il était venu me voir et m'embrasser, il m'avait dit: N'approche pas de notre Aldée malheureuse , l'esprit destructeur Pa frappée d'un

ile dd eo 6

PPON. BITUME SSL

sf De AE vii

fléau terrible, et nos guerriers languissent dans des maladies qui leur.étaient inconnues autrefois.

Je sus bientôt dompter un coursier et me servir de vos armes ; ce fut tout ce que je voulus apprendre. Je parcourais quelquefois, des semaines entières, les rives désertes du Mucury, etje me plaisais à rapporter des cristaux brillans et des paillettes d’or ; car le chef de la cité m'accueillait alors avec joie, ou me donnait de riches vêtemens en échange.

Plusieurs années s’écoulèrent ainsi. Je voyais trop de perfidie régner dans les villes pour prendre les mœurs de leurs habitans; Je conservai toute ma rudesse, je devins seulement un brave chasseur, et je délivrai les forêts voisines des animaux féroces que redoutait le voyageur ; aussi tout le monde m'aimait-il. Je ne voulus cependant pas de la pitié que l’on me témoigna lorsque mon protecteur retourna au séjour des âmes, et je conservai mon indépendance au milieu d'un pays d'esclaves.

J’allais souvent à la tribu, que les maladies avaient beaucoup diminuée, et je portais à mon père des présens de toute espèce; alors if était heureux , et me disait : Tu seras la gloire de mes Indiens ; les Aymores n'auront pas de plus terrible fléau que toi.

Cependant le bruit ne tarda pas à se répandre

Ee

Page 1