‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 43 sur 99 · DO RUE · texte numérisé non relu

DO RUE

parmi les Portugais qu'un nouvel ouvidor”, envoyé de la capitale, allait venir à la place de celui que l'on regrettait encore, et que bien des malheureux pensaient que Pon ne pourrait jamais remplacer. Ce fut aussi à cette époque que mon père s’éloigna pour toujours du séjour des hommes. Je lui fis de superbes funérailles ; ses ares et ses flèches furent déposés à ses côtés, et trente guerriers se lamentèrent pendant trois jours sur sa fosse; le quatrième, ils y éleverent un dôme de verdure ; et les plumes brillantes de Parara et du canindè ornerent la dernière demeure du vieux Vapoubassou. Je fus proclamé chef à mon tour, comme mon père l'avait été après la mort de mon aieul, et ma tribu commença à prospérer ; car J'avais fait des alliances avec les Portugais contre mes ennemis ,

et mes guerriers s'étaient décidés à cultiver la

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Je chassais un jour dans la forêt, et je poursuivais un tapir, lorsque j'entendis le bruit de plusieurs chevaux qui s'avançaient vers le chemin de la ville. J'aurais dû rester avec mes chasseurs, et ne pas courir au-devant de tous les maux; mais je me laissai vaincre par la curiosité, et Je fus voir les voyageurs. Jamais Je n'avais rencontré dans nos solitudes une suite aussi brillante

* Ce titre correspond à peu près à celui de préfet.

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=» 1/10 << et aussi nombreuse : j'appelai mes guerriers, ils me Joignirent, et ils partageaient mon étonnement, lorsque j'aperçus une jeune dame portée dans un riche hamac par des noirs’. Ses yeux se

fixèrent sur moi avec douceur; puis elle se prit tout-à-coup à sourire en voyant un pauvre sau-

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vage Padmirer comme une divinité; je la suivis sans prononcer une seule parole; ses regards m'attiraient, je ne pouvais déjà plus la fuir. Je l'entendis tout-à-coup dire à ses esclaves : La soif me dévore, et j'ignore encore quand nous nous arrêterons, car mon père veut arriver aujourd'hui à la ville. Les noirs s’empressèrent aussitôt à cueillir quelques fruits du cajou pour les lui offrir; mais je disparus aussitôt, et je fus chercher dans la forêt une de ces coupes naturelles que le bromélia forme de ses larges feuilles, et que la rosée emplit tous les jours d’une eau fraiche et limpide. Cette prévoyance de la nature lui parut une. merveille; elle but avec em-

pressement, et me présenta pour récompense de ma peine un beau collier de perles bleues. Ah! lui dis-je en le pressant sur mon cœur, il vaut à mes yeux toutes les richesses de vos villes ; il ne me quittera plus un seul instant. Ses yeux expri-

* On voyage encore de cette manière dans la capitainerie de

Fernambouc et dans l’intérieur. V. Koster, Voyage au Brésil.

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mèrent alors la surprise de m'entendre parler

la langue des Portugais, et elle me répondit : Adieu, jeune chasseur, ta reconnaissance vaut . bien plus que mon Fiat |

Je la suivis encore jusqu'à Saint-Simon: je voulais être témoin des honneurs qu on rendrait à son père , qui allait commander à la place de mon ancien protecteur ; mais il fallut cependant retourner dans nos forêts, et ce fut alors que je sentis létonnante révolution qui s'était faite dans mon cœur en voyant cette jeune étrangère.

Quel est denc son pouvoir , M'écriai-je en gravissant un rocher d’où je pouvais encore apercevoir la ville; et qu'a-teelle donc d’entrainant qui me force sans cesse à me rappeler son doux sourire? Mes guerriers chantent la beauté de leurs femmes; mais elles ne m'ont jamais rien fait éprouver de semblable; non, ce que je ressens, mon âme me le révèle pour la premiere fois; elle me fait connaître des plaisirs que je redoute, et des peines qui ont leur douceur. Forêts que j'habitai dans mon enfance, vallées que Jai tant de fois parcourues, avez-vous changé d'aspect, que mon cœur ne vous trouve plus de charmes, et que mes yeux ne savent plus vous admirer ! Cette ville est-elle plus belle, que j'en souhaite maintenant le séjour ? Suis-je enfin tellement changé que Pa-

mour de la liberté m'abandonne ?

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