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Je fis assembler dês le lendemain tous nos chasseurs, nous parcourúmes les vastes solitudes qui nous entouraient, et des animaux de toute espèce tombèrent sous nos coups. Les femmes , empressées à me plaire, avaient rempli des corbeilles de fleurs, de fruits et de graines de diverses couleurs ; et nous nous acheminâmes le lendemain vers Saint-Simon, pour y voir le nouvel ouvidor. Ah! me disais-je en approchant, puisse la beauté m'accorder encore un doux regard, etmes simples présens lui être agréables! Un de mes guerriers voulut me revêtir, avant d'entrer dans la ville, d’un riche manteau tissu par les Européens, mais je dédaignai cette vaine parure. Non, lui dis-je, c'est couvert de nos anciens ornemens que je veux paraître ici ; lorsque je m'avancerai dans le palais, je veux qu'on reconnaisse un chef d'Indiens ; voulons-nous les imiter, ils semblent nous regarder comme les derniers d’entre eux; quand nous sommes de véritables enfans des forêts, ils nous redoutent. Ces guerriers, cet appareil, cette noble assurance qui brille encore sur nos fronts la toucheront peut-être, me disais-je en moi-même. Oh! si je pouvais déployer à ses yeux ce qu'ils appellent ma puissance sauvage, elle dédaignerait les humbles hommages qu'ils viennent lui rendre; elle verra tant d'amour au milieu de ma fierté ! Hé-
las! Jarrivai, je n'aperçus pas la jeune Portu gaise,
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etica présens furent méprisés, car ce n’était pas de l'or. a REC OC
Je retournai encore dans la forêt, je rassemblai de nouveau mes chasseurs; nous errâmes le long des fleuves, nous creusâmes la terre , etje parvins à amasser un grand nombre de paillettes d’or et de pierres éclatantes; la fatigue n'était douce , | je devais voir celle dont le sourire m'aurait payé d'un siècle de souffrances.
Cette fois l'accueil que je reçus fut égal à la richesse de mes présens ; un festin splendide était préparé pour mes guerriers ; et le gouverneur me fit des caresses trompeuses, comme le regard du jararaca qui attire le zabelé ”. |
Tous mes présens ne sont pas offerts, dis-je en voyant paraitre la fille de l’ouvidor; la douceur doit s'unir à la douceur; et je lui présentai deux tourterelles tachetées d’un brillant azur. Merci, bon chasseur, me dit-elle en couvrant de baisers les innocens oiseaux, je leur serai une tendre mère; mes caresses leur feront oublier la perte
de leur liberté. Pour moi, je la regardais en si-
lence et j'étais heureux de sa joie.
Depuis ce moment, je la vis presque tous les jours, et son père m'accueillait favorablement ;
" Tout le monde connaît cette espèce d'influence qui est exercée par le serpent sur les oiseaux, ceux-ci se laissent attirer par l'éclat de ses yeux.
car l'or était ce qu'il aimait le plus au monde ; pour elle, elle ne consentait jamais à recevoir que les simples productions de nos forêts. Mais aussi! tout ce qui existait dans ces solitudes, j'aurais voulu le lui consacrer ; pour obtenir une fleur qu'elle aimait, je ne craignais point de franchir les fleuves ou de me confier aux branches fragiles des arbres les plus élevés; mes mains déchirées par les épines étaient quelquefois ensanglantées; mes bras meurtris soutenaient avec peine mon corps déchiré; mais je dédaignais ces souffrances, eút-il du m'en coûter la vie; si je venais à respirer le parfum dont je m'étais enivré auprès delle, mes fatigues étaient oubliées. Quand je parvenais à détacher la fleur charmante qui s'épanouissait loin de tous les regards: je veux la parer, me disais-je, de ce que d'autres ne pourraient posséder.
Oui, voilà les seuls instans de ma vie que je ne voudrais pas oublier; c'était ceux de joies rapides, il est vrai, mais qui ne me laissaient point deviner de chagrins; je n’étais point encore sans plaisirs loin delle, et près delle rien ne les altérait. Heureux qui prolonge les doux instans où dans un désert on trouve encore des charmes.
Ici le jeune chef s'arrêta : la nuit était déja avancée, et il mengagea à aller nous reposer
dans la cabane que les femmes avaient construite,
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Le lendemain, les chants des guerriers nous réveillèrent : ils entonnaient Phymne du matin. Ils ont conservé cet usage de leurs ancêtres, et Von aurait dit qu'ils célébraient le soleil se dégageant lentement des nuages qui l'entouraient, S pour répandre ses flots de lumière sur les vastes \ forêts du Belmonte.
Quelques-uns des Machakalis qui n'avaient pas assisté aux obsèques du capitan-mor vinrent nous prendre dans des canots qu'ils avaient préparés, et nous ne tardâmes pas à naviguer sur le fleuve. A mesure que nous avancions, nous jouissions £ d’un spectacle plus magnifique. Des arbres, anciens comme le monde, bornaient de tous côtés nos regards; mais leurs fleurs étaient aussi variées que leur feuillage, et Poeil ne pouvait se lasser d'admirer les formes qu'ils affectaient. Quelque- | fois une liane à fleurs bleues couronnait un palmiste élégant, etde vastes copahibas, joignant audessusleurs branches énormes, formaient comme une arcade naturelle, sous laquelle on voyait briller une foule de colibris scintillans des plus vives couleurs. |
Il y a dans la nature une harmonie que les paroles ne sauraient exprimer. L'animal féroce fuit presque toujours les rians paysages, et laigle préfère ses rochers stériles aux campagnes culti-
vées; aussi les jaguars ne paraissaient-ils pas,
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mais souvent un cerf timide sortait tout-à-coup du feuillage, et fuyait avant que la flèche pt atteindre.
Nous ne nous arrétâmes qu'à la nuit, et le camp fut dressé près de PUhubu, petit fleuve tributaire du Belmonte. Cette fois nos Indiens furent sobres; ils étaient paisiblement assis autour d’un feu dont la lueur mourante se répandait sur tous les objets d’alentour, et ils se rappelaient l’histoire de leurs amours ou de leurs chasses. Quelquefois l’un d'eux, frappé d'une inspiration subite, se levait et racontait avec enthousiasme l’histoire de ses peres, leurs victoires remportées sur de perfides étrangers , le bonheur que lui promettait le chant éloigné du macauhan.
Pour moi, je ne tardai pas à aller joindre le jeune chef; un sentiment plus vif que la pitié m'attirait vers lui, et il se sentait, me disait-il, moins malheureux lorsqu'il me parlait de ses peines. Nous nous assimes donc au pied d'un jacaranda , et il reprit ainsi le récit de ses aventures.
Insensiblement ma passion s'accrut, et mes désirs ne connurent pas de bornes. Je voulus être aimé ; un regard de bonté ne suffisait plus à mon cœur, et j'aurais donné ma vie pour une parole de tendresse. Hélas ! j'avais réfléchi, javais pensé à la différence qui existait entre sa destinée et la mienne. Vous ignorez quel tourment cela
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