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comme Pont prédit nos vieillards ! Oh ! me disait Kéroé, ces hommes sont donc sans force et sans courage, qu'ils tiennent de semblables discours ; les vieillards ne voient que la perfidie, mais moi je sais la punir ; cet arc venge mes injures et celles de mes amis.
Après mille dangers, nous arrivâmes enfin dans les terres habitées avec le reste de nos trésors. La tribu me reçut avec joie, et moi-même je ne fus pas insensible au bonheur de la revoir. Vous qui êtes maintenant éloigné de votre pays, vous le saurez bientôt, le retour est une nouvelle existence; chaque félicitation de nos amis nous fait oublier une des peines du voyage, et les douces larmes de la joie, personne parmi nous n’oserait les feindre.
Le jour suivant, je m'acheminai plein de craintes vers la cité. Parvenu à cet instant qui devait décider de mon sort, je frémissais de devenir le jouet des hommes comme je Pétais déjà de mes passions ; mais si quelquefois il me semblait que je m'étais abandonné à trop d'espoir, dans d'autres momens, cet espoir était déjà réalisé. Que vous dirai-je? je me présentai enfin au gouverneur ; ses yeux furent éblouis de la quantité d'or . que je lui rapportais; il fit des présens à mes
guerriers; il voulut aussi m'offrir des armes , des
chevaux, des esclaves, mais je refusai les biens
= 169 ves qu'il me présentait; il en était un autre que jétais en droit d'exiger, je demandai la main de sa fille, que m'avait acquise mon courage. Il hésita long-temps avant que de répondre, et n'osa pas d'abord me la refuser; cependant il finit par me dire que je devais quitter les dieux de mes peres avant que de prétendre à son alliance. Pour me décider à faire ce sacrifice, il me suffit de revoir Héléna ; je méprisai de nouveau la voix des vieillards, et j'eus bientôt adopté la religion chrétienne. Ce fut alors qu'il ne me resta plus que Vespérance de la félicité qu'elle promet dans l’avenir, car il me fallut renoncer au bonheur que je pouvais goûter sur la terre; mes peines, mon courage furent comptés pour rien, et Von me trompa avec perfidie, quand les ministres de Dieu me prescrivaient surtout de tenir à mes sermens. Je croyais que mon désespoir ne pouvait pas S'ACcroitre, et je me trompais; je ne tardai pas à apprendre que celle qui devait être heureuse versait dans la solitude des larmes amères sur mon sort. Je ne voulus plus dès ce moment de Vexistence; je méprisai le pouvoir que j'avais sur mes
guerriers , et je pensai que je pouvais mettre un
terme à mes souffrances en m'enfonçant dans le”
désert, où la mort ne tarderait pas à me frapper.
Choisissez-vous un autre chef, dis-je un jour aux
vieillards, ma douleur ne peut que vous entrat-
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pm 170 ct ner dans de funestes disgráces ; ce n’est pas celui qui ne se connait plus lui-même qui peut gouverner les autres; et l’on ne doit point attendre le bonheur d'un insensé. Ne me rattachez pas à la vie par de vains regrets; votre amitié compatissante est un tourment de plus dans mon affliction, et ce n'est pas sans un chagrin cuisant que je puis abandonner mes amis et la cabane de mon vieux pere. Mais un murmure plaintif sortit du sein de l'assemblée, et je sentis s'évanouir ma triste résolution avant que des reproches vinssent mavertir de ce que je devais à ma tribu.
Koumourahy, me dit le vieillard dont la sagesse avait toujours voulu me préserver de mes, projets insensés, je n'entreprendrai pas de te consoler, car ce ne sont pas de vains mots qui font taire la douleur; mais écoute un instant mes conseils. Que le courage renaisse dans ton cœur, et tu t'éloigneras des étrangers, tu fuiras avec tes Indiens les lieux qu'ils habitent. Nº'as-tu pas vu quelquefois un oiseau de nos forêts retourner dans son uid désert? il y recherchait, mon fils, le bonheur qu'il y ayait goûté dans d’autres temps. Crois-moi , va revoir nos anciennes forêts.
Les torrens peuvent-ils s'arrêter, dit un autre vieillard? parcourrons-nous de nouveau les nombreuses années qui se sont écoulées depu is notre enfance ? Que notre Jeune chef reste dans les licux
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où Va conduit son père. Le ciel n'est pas toujours orageux; le vent, quand il a renversé les forets, calme sa fureur; si le malheur m'a long-temps poursuivi, Je goûte maintenant le repos, et Je reste auprès de ma fidèle compagne. |
Quelques jours s’écoulèrent encore sans que Je
pusse me décider à prendre un parti : si J'avais |
écouté les conseils de Kéroé, vingt fois j'aurais porté la guerre dans les établissemens d'alentour, ma fureur aurait tout immolé. Hélas ! il me semblait voir Héléna suppliante, et tous mes projets de vengeance étaient abandonnés. Quelquefois, il est vrai, le souvenir de sa tendre compassion ranimait dans mon cœur une faible lueur d'espérance; mais elle s’'évanouissait comme le feu de ces in-
sectes ailés qui brillent dans l'obscurité, et disq )
paraissent aussitôt aux veux du voyageur. »
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