PE MR O
vous à avouer à ceux qui vous plaindraient? Leur diriez-vous que, vaincu par un funeste amour, vous auriez outragé celle que vous aimiez, et que le souvenir de ses larmes vous poursuivant sans cesse, vous en répandiez à votre tour sans être digne de consolation ? Leur diriez-vous que vous auriez retenu dans vos forêts une femme sans défense qui appelait son père, et que la douleur aurait fait mourir? Oseriez-vous me peindre suppliante, et vous inflexible ? Oseriez-vous dire qu’une odieuse joie répondait aux cris que m'arrachaient sans cesse mes tourmens? Dites au contraire : Entrainée par une violence à laquelle je n'avais point de part, elle vint pres de moi, sa confiance me l’amena, et, si les expressions d’un ardent amour cherchèrent à changer sa résolution , à lui peindre ce bonheur dont j'aurais voulu Venvironner, je ne pus voir ses larmes sans effroi, et ses larmes suffirent pour me décider. Peignez ma reconnaissance , mon ami; ne craignez point de peindre ma tendresse, elle est à vous, et pour moi elle est même un devoir; ne redoutez pas que le temps affaiblisse un sentiment qui ne tient, ni à nos usages, ni à nos mœurs, ni à ma volonté; vous êtes à mes yeux un être différent de tous les hommes, vous
êtes Venfant de la nature que la civilisation n’a
pu corrompre, Cette civilisation dont nous som-
>» 190 “« mes si fiers, je la méprise, car je vous aime. Le
temps ne laissé point de longs jours à ceux qui
Pont rendu plus rapide par Pardeur funeste de
leurs sentimens; je vous précéderai peut-être
dans la tombe ; mais j'y descendrai avec moins de
douleur en songeant que c'est pour vous revoir.
Quand on voulut nous désunir , moi je vous réunis à notre religion, ce fut pour vous asso-
cier à un bonheur éternel. Ne Poubliez pas, Kou-
mourahy ; à mes derniers momens , il y aura pour vous des prières dans ce cœur affligé, et, si
la faiblesse les fait expirer sur mes lèvres, elles
n’en iront pas moins vers le trône de la divinité ;
les derniers vœux d’une âme pure doivent être les
plus puissans. » ;
Durant cette lecture, je n'avais pas osé porter mes regards sur le jeune chef: il y a des instans où Pon redoute sa propre émotion ; quand les malheurs sont déjà loin, la douleur que lon témoigne peut les ranimer, elle fait sentir ce qu'ont de terrible les maux que Pon a soufferts, puisqu'ils émeuvent aussi fortement le cœur d'un étranger. Des soupirs étouffés m'avaient appris ce quise passait dans l'âme de Koumourahy. « Out, me dit-il, en se jetant dans mes bras, oui, je dois enfin me résigner; l'espérance qu’elle me présente est assez belle; mais tu as pu juger si les regrets qui m'accablent doivent m'être pardonnés. |