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en plus grand nombre les mangliers. ls servent
d'asile à la tribu guerrière des Waraons ’; et Von voit s'élever des cabanes sur leurs innombrables racines : voilà Porigine de cette fable ridicule de nos anciens voyageurs, qui peuplent d'hommes le sommet des arbres ?.
Le magnolia, que M. de Châteaubriand a en quelque sorte consacré par ses magnifiques descriptions, n'appartient point précisément au paysage de ces contrées, maisil se montre souvent avec des végétaux des tropiques. Il parvient à plus de cent pieds ; sa tige estnue, telle que le füt d’une colonne imposante, et le feuillage qui croit à l'extrémité s'élève comme un cône : rien n'égale la maonificence des fleurs ; on les voit à Vextrémité des branches, et leur grandeur est telle qu'il est facile de les distinguer à un mille de distance ?. Ou-
vertes comme une rose épanouie, leur éclatante
blancheur se détache sur une couronne de feuilles ovales d’un vert glabre et foncé; la corolle, qui se compose quelquefois de vingt-cinq pétales, laisse
apercevoir au centre un cône de couleur de chair,
* Voyages de Ralegh.
2 V. mon ouvrage sur la Guyane, t. 2.
3: Bartram qui a souvent joui de la vue de ce bel arbre, rend aussi justice à leur beauté ; lorsqu'elles sont épanouies elles ont de six à neuf pouces de diamètre. Le péricarpe et la
baie qui sont d'une odeur d'épice agréable ont un goût amer
et stomachique.
terminé par un stigmate qui a tout Péclat de Por. Cette fleur, malgré sa beauté, réveillera longtemps chez nos poètes des idées de tristesse : c'est elle que Chactas a placée sur la tête d'Atala, endormie dans la cabane du missionnaire. Elle exprimait alors ses alarmes et son espoir ; elle n'a que le temps de se faner, la jeune vierge n'existe plus ; son amant fait retentir les airs de ses cris déchirans *.
Le magnolia embellit souvent le rivage de ces fleuves de la Floride où la nature déploie tant de beauté et de magnificence. IL sert quelquefois d'appui à la vigne de ces climats, si différente de la nôtre par ses énormes proportions , puisque Pon croirait, comme le dit un voyageur, qu'elle va renverser l'arbre énorme sur lequel elle s'appuie. Le superbe liquidambar, le tulipier, le chêne toujours vert, et mille autres arbres majestueux des forêts, croissent près des palmiers qui ornent encore ces régions. Que de scènes poétiques se passent sous ces mystérieux ombrages, même en séloignant du grand fleuve ! tantôt ce sont des bandes de chevreuils qui n’osent déjà plus se fier à la solitude , et qui s’élancent en bondissant loin du chasseur. Quelquefois un vieux pélican, perché d’un air mélancolique sur la cime la plus élevée
* Génie du Christianisme, Atala, t. 3, 6º édition, p. 272.
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des arbres , semble veiller à la sûreté de ses frères. Non loin de là, le plumage blanc des courlis espagnols se détache sur Pazur des cieux, et brille aux rayons naissans du soleil; les dindes sauvages se saluent au lever de l'aurore par un chant qui ressemble à celui du coq domestique. C'est du haut des chênes verts qu'ils font retentir toute la contrée de leurs cris ; ils ne se taisent qu'avec le jour. Alors on leur voit quitter le riant asile qu'ils s'étaient choisi; descendus sur la pelouse, ils y déploient leur queue argentée, cherchent à exciter l'admiration de leur femelle, et font retentir les airs de leurs gloussemens d'amour que VIndien interrompt trop souvent.
Presque tous les arbres dont j'ai parlé jusqu’à présent sont communs à la plupart des contrées situées sous les tropiques ; mais il en est quelquesuns qui rentrent dans le domaine de la poésie par leur aspect ou par leurs propriétés, et qui appartiennent essentiellement à certains pays.J'indiquerai d’abord le dragonier des îles Canaries, où la nature commence à changer d'aspect pour le voyageur européen . cet arbre est surtout remarquable par la bizarrerie de sa forme, son tronc ressemble à un énorme serpent, et son suc
au sang épaissi des animaux -.
: Bory de Saint-Vincent, Voyage dans les quatre princi-
pales îles des mers d'Afrique, t. 1, p. 65.
Un auteur moderne trouve dans cette végétation singulière l'explication de lune des fictions de la mythologie : selon lui le dragon du jardin des Hespérides n'est autre chose que Parbre dont je viens-de parler. Ce fut la fumée des volcans, dans le voisinage desquels on le voit croitre, qui fit dire aux poetes que le monstre vomissait du feu *. Pourquoi cette opinion ne serait - elle point adoptée, si fon convient maintenant que les pommes d’or.ne sont autre chose que les fruits de Voranger, qui croit en abondance dans ces climats.
Quoique l'existence du garoë ne soit qu'une fiction, je ne puis quitter les iles Fortunées sans rappeler ce que Von en dit: c'était autrefois une opinion généralement répandue qu'il y avait au milieu d'un terrain aride une source végétale répandant continuellement ses bienfaits. Les premiers voyageurs prétendirent l'avoir vue, et s'être désaltérés à ses eaux limpides. /
C'est encore sur les rivages de l’Afrique que Von trouve le plus monstrueux de tous les végétaux; l'imagination , en effet, a peine à se figurer le baobab, qui, ne s'élevant qu'à douze pieds du sol qui Pa vu naître, en acquiert quelquefois jusqu'à trente de diamètre *, et se couvre d'un
' Bory de Saint-Vincent. Essai sur les îles Fortunées , te 13. "A de 2 Humboldt, Tableaux de la nature, t. 2, p. 44-
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ombrage qui réalise ce que nous dit Castel :
Ses branches étendues
Semblent d’autres forêts dans les airs suspendues *.
L'un des végétaux les plus susceptibles d’offrir des images imposantes à la poésie , est le figuier des Indes ou l'arbre sacré des Hindous, que les habitans plantent souvent pres de leurs temples et de leurs tombeaux ; ses énormes branches s'étendent majestueusement, et donnent naissance à des especes de racines qui descendent jusqu’à terre comme des lianes , s'enfoncent dans le sol, deviennent de nouveaux troncs, et senvironnent à leur tour de rejetons innombrables * formant bientôt une espèce de forêt. Souvent ces racines aériennes recouvrent une portion d'édifices dont elles conservent la forme; elles prennent naissance pres d'énormes pilastres qu'elles ornent de leur végétation ; quelquefois elles trouvent une humidité bienfaisante dans le sein d'arbres étrangers qui marient leurs fleurs à leur feuillage * ; elles vont chercher la vie jusque dans les crevasses des
antiques murailles, jusque dans les portiques des
* Castel, poème des plantes, chant 2. V. Delille, les Trois Règnes.
2 Voyez Daniels pour la représentation exacte de cet arbre.
* Marsden, Histoire de Sumatra.
anciens monumens ; mais elles détruisent après avoir embelli, et leurs voútes mystérieuses, qui survivent aux siècles , attestent la puissance de la nature, en même temps que les ruines sur lesquelles on les voits'élever prouvent notre faiblesse.
L'arbre sacré a quelque chose de si majestueux, qu'il est devenu lobjet d'une espèce de culte à Sumatra, et que les habitans le regardent comme la forme matérielle de l'esprit des bois ”. C'est encore sous son ombrage que les religieux de l’fnde viennent se livrer à la contemplation : là, sans doute, ils sabandonnent à d'heureuses illusions ; ils retrouvent, dans de consolantes réveries, ces innocens plaisirs que leur refuse le fanatisme.
Si nous nous transportons en Amérique, nous y rencontrerons aussi des végétaux qui rentrent dans le domaine de la littérature : il y en a un surtout dont la funeste célébrité s’est répandue dans le reste de l'univers, et qu'un de nos poëtes célebres a plus d’une fois chanté; je veux parler de cet arbre où (e plaisir habite avec la mort ?. C'est le mancenilier * ; il croit sur les bords de l'Océan, et une fois dans l’année il se dépouille entièrement de son feuillage; il semble déplorer
* Marsden, Histoire de Sumatra, t. 2, p. 107. * OEuvres diverses de Millevoye.
* Voyez aussi Darwin, les Amours des Plantes.
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par son deuil les infortunes qu'il a causées. Les poètes ont exagéré ses propriétés malfaisantes , et Pon ne trouve point la mort sous son ombrage; mais son fruit est trompeur : sa couleur charmante , Podeur flatteuse qu'il exhale invitent à le goûter ; le trépas serait le prix d’une funeste imprudence.
Nos poètes, qui n'hésitent point à aller chercher dans les climats les plus reculés des images effrayantes, ne pou rraient-ils point tirer encore un plus grand parti des vertus paisibles d’un végétal à peine connu , qu'il faudrait propager dans toutes les régions où il peut réussir ? Je veux parler de l'arbre à lait ( palo de vacca) observé par M. de Humboldt, qui ne voit point de plus grande merveille avec le rima dela mer du sud. « Sur le flanc aride d’un rocher croît un arbre dont les feuilles sont sèches et coriaces ; ses grosses racines ligneuses pénètrent à peine dans la pierre; ses branches paraissent mortes et desséchées pendant plusieurs mois de l'année ; pas une ondée n'arrose son feuillage; mais lorsqu'on perce le tronc, il en découle un lait doux et nourrissant. C'est au lever du soleil que la source végétale est la plus abondante. On voit arriver alors de toute part les noirs et les indigènes, munis de grandes jattes , pour recevoir le lait qui jaumt et s épaissit a sa surface. Les uns vident leurs jattes sous Parbre
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même, d’autres les portent à-leurs enfans : on croit voir la famille d’un patre qui distribue le lait de son troupeau *. »
C'est encore un des précieux végétaux de l'Amérique qui a fourni à un auteur célebre ses plus charmans tableaux *, tout le monde connait le quinquina dont une Indienne révéla les vertus à PEuropéen qu’elle aimait.
Si plusieurs arbres sont essentiellement différens de ceux de l’Europe, par leur aspect et par les lieux où ils croissent, il en est d’autres qui ne doivent leur singularité qu’à la couleur éclatante de leur feuillage. On en voit un grand nombre de ce genre dans l'Amérique méridionale. Souvent, comme chez les mélastomes, leur verdure est variée par les reflets d’un blanc argenté. Dans d’autres lieux les longues feuilles découpées de l’imboaba le disputent à la neige pour la blancheur. Mais rien n’égale la magnificence du sapoucaya ou quatélé, quand il étale son feuillage rose au milieu de Péclatante verdure des autres arbres ; ilanime tout le paysage par sa riante couleur, il donne de la grâce à ce qui l’environne ; il bannit
la sombre tristesse des forêts sans qu'elles perdent Vad
Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales, t. 2, prISo * Darwin, les Amours des Plantes.
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deleurmajesté. Siles diverses lianesoules bignonias viennent se grouper autour de lui et le parer encore de leurs rameaux en fleurs, il semble que la nature ait voulu rassembler dans quelques foréts de l'Amérique méridionale ce qui suffirait pour la parure des plus vastes pays ".
Sous les tropiques le feuillage présente rarement ces changemens qui sont dús à la variété des saisons ; comme le printemps est éternel, l'automne ne répand jamais ses teintes rougeatres sur les forêts. La verdure est brillante, mais elle ne se modifie point. En un mot, il faut toute la magnificence des fleurs et du feuillage de quelques végétaux pour animer une couleur trop éclatante et trop uniforme.
Certaines plantes contribuent comme les arbres à donner un caractère particulier à la nature; leurs formes n’ont guere d’analogie avec celles de nos contrées. Aussi quand les cactus, les aloës, les bromélia sont transportés parmi nos végétaux , ils n’y produisent qu'un effet peu agréable. Ils ne sont plus en harmonie avec ce qui les environne. Mais dans le paysage où la nature les à fait naître ils contribuent au charme du tableau. Il existe quelques lieux où l’œil ne peut
: M. le Prince de Neuwied exprime en plus d'un endroit
l'effet que produit ce bel arbre. Voy. son Voyage au Brésil.
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se reposer que sur ce genre singulier de végétation; Veffet en est'triste et monotone , mais dans d’autres endroits ils servent à faire ressortir Pélégance des autres feuillages. Quand un cactus élève son candélabre immobile, garni de fleurs écarlates, il peut bien le disputer en magnificence aux autres plantes , s’il leur est inférieur en grâce. Les agaves, en dressant leurs feuilles roides et bleuatres, forment un contraste charmant avec les lianes et les plantes flexibles. Ils rappellent cependant de funestes souvenirs; on a vu à la suite d’une rébellion qui les menaçait du sort le plus cruel, des noirs se précipiter sur ces piques menacantes, et hâter ainsi la fin de leurs tourmens. C'est avec raison que M. de Humboldt nous dit que quand ces végétaux croissent isolés dans des plaines arides, ils donnent aux régions des tropiques un caractère particulier de mélancolie”. J'ajouterai que les poètes en feront peut-être un jour l’emblème du désespoir.
Le végétal qui s'éloigne le plus de celui-ci par sa riante légèreté est sans contredit le bambou, il anime le paysage par sa mobilité et protège le voyageur de son ombrage. Jouet continuel des moindres orages, on se rappelle bientôt en le voyant courbé par les vents que ce n’est qu’un
* V. Tableaux de la Nature, t. 2, p. 85.
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roseau auquel le climat donne une formes plus
imposante. Cette force de végétation qui trans-
forme en arbre majestueux une plante modeste de nos climats, se montre encore en embellissant un autre végétal. La fougere ” arborescente forme des espèces de forêts semblables à celles de palmiers. On peut voir dans M. de Humboldt Vimpression qu'elles font éprouver au voyageur ; les idées que notre poésie rattache à cette plante éprouvent sous la zône torride un singulier changement.
C’est encore dans ces contrées équinoxiales que la nature a fait naître la plante qui fournit à nos poètes les plus heureuses comparaisons quand ils veulent peindre la pudeur. En Afrique et en Amérique la sensitive tapisse de ses charmans rameaux des portions considérables de terrain qu'elle embellit aussi de ses fleurs roses. C'est là qu'elle oppose, comme le dit Bartram, un chaste empressement à Pindiscrétion du voyageur *. Cestlà que Pon peut répéter avec un de nos plus ai-
mables poetes descriptifs :
Une plante, 6 prodige, à Véclat de ses charmes Unit de la pudeur les timides alarmes.
Si d'un doigt indiscret vous osez la toucher,
* Elle s'élève jusqu'à trente-cinq pieds. V. Humboldt.
2 Voyage dans les parties sud de la mer septentrionale.
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Le modeste feuillage est prêt à se cacher ; Et la branche mobile aux mêmes lois fidèle,
À: 4 . e \ S’incline vers la tige et se range auprès d'elle *.
Les fleurs offrent aux poëtes indiens une foule d’images charmantes ; ils en tirent leurs plus heureuses comparaisons ; ils ont même sur nous Pavantage des symboles qu’elles présentent dans leur mythologie. Chez eux les flèches de "amour sont armées de cinq fleurs mystérieuses, qui produisent des effets différens, et qui ajoutent singulierement au charme de la poésie ?.
Le lotus ou nymphea, consacré chez les anciens Egyptiens à la divinité, est regardé parmi les Hindous comme l’emblème du feu et de l’eau réunis. Cette belle plante, qui pare les lacs et les fleuves de sa verdure, fournit aux poëtes asiatiques de nombreuses allusions. « La fleur du lotus, dit Forster, a dú nécessairement attirer attention des Indiens par sa grandeur et par sa beauté; elle est ornée de diverses couleurs, mais particulierement couronnée d’un rouge éclatant. » Il serait difficile de réunir toutes les comparaisons dont elle est l’objet, et elle inspire tant de vénération
* Castel, les Plantes, chant 2.
* Hymne à Cama, traduite par M. Chézy à la suite de Medjnoun et Léila, t. 2, p. 189. Sacontala, ou l’anneau fatal de Kalidas, page 8r.
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à quelques individus , qu’ils se prosternent devant
“elle. Sélon les Indiens, « c’est la fleur de lamuit,
qui se désole lorsque le jour vient à paraître; elle a peur des étoiles, et ne s'ouvre qu'aux rayons de Ja lune, à qui seule elle envoie ses parfums Su
= Ilme serait facile d'ajouter encore à ces détails : je pourrais parler du nagkessar, dont la fleur est consacrée à l'amour par les Indiens , de PAmra, avec lesquels il aiguise ses traits ; d’une foule d’autres qui offrent des emblèmes ingénieux. Mais je reviendrai sur quelques végétaux, en parlant de l'aspect.général des forêts ?. Je vais maintenant m'occuper des phénomènes poétiques offerts par l'Océan. | ES RE :
: Sacontala, ou l’anneau fatal. Note de Forster. » Je ne fais pas ici mention des animaux qui présentent des idées à la poésie; en parlant des chasses, j'aurai l’occasion
de peindre leurs ruses ou leur courage.
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