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CHAPITRE III

Les rivages de l'Océan.

Daxs toutes les contrées du globe, le rivage de la mer semble être le lieu où la nature a réservé pour le poete ses plus nobles inspirations : vers le nord, les scènes sont peut-être plus variées que sous les tropiques durant le milieu du jour. Les aquilons soufflant presque sans cesse, donnent plus de majesté à l'Océan en courroux. Les vagues se brisent avec plus de furie; les oiseaux de rivages font entendre plus fréquemment leurs cris plaintifs et prolongés; mais si les sombres nuages, jouets éternels des vents de ces pays, donnent à l'horizon ce caractère de grandeur et de mélancolie qui a inspiré les poésies scandinaves, ils semblent exclure cette magnificence des effets de la lumière, qu'on ne trouve que dans les régions équinoxiales : là, quand le soleil s'élève à l'horizon, ou que, prêt à disparaitre , il lance ses derniers feux, les eaux de l’Océan réfléchissent cette lueur éclatante; loin de ne présenter qu’une teinte monotone, les flots se colorent au loin comme les nuces légères qui se parent des feux du soleil sans

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les cacher ; les vagues, en se brisant sur le rivage,

font jaillir la lumière. On ne peut comparer ce spectacle qu'aux scènes ravissantes offertes en même temps par le ciel *. Si, comme le disait un jour PArioste, la nature est le livre des poetes, que d'inspirations sublimes ne doivent-ils pas trouver sous cette zône ou la variété n'est que le résultat de la force de la nature!

Dans l'Inde et dans l'Amérique méridionale , la nuit amène encore un nouveall spectacle : il a fait une si vive impression sur la plupart des voyageurs, qu'ils le décrivent presque tous. Je veux parler de ces lueurs qui sillonnent la surface des eaux, qui paraissentau milieu de lécume des vagues, qui suivent comme des étoiles la trace des navires , et qui indiquent par leur éclat éphémère le passage des habitans de POcéan. Je ne chercherai point à prouver si les scènes magiques qu’elles présentent sont dues à la présence de milliers de mollusques; mais il me semble que la poésie pourrait s'emparer de Peftet produit au milieu des ténèbres par ces lueurs mystérieuses qui s'accroissent avec l'agitation de la mer, et qui présagent les tempêtes ". Combien de fois, assis sur une plage lointaine, n'aije point suivi des regards ces traces argentées, qui se

1 Y. Bernardin de St.-Pierre, Études dela Nature, t. 2, P- 76.

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croisent en sens divers, et qui prennent les formes les plus variées ? La base de roches parsemée de points phosphoriques; certains coquillages donnant une lueur plus vive qui dessinait presque leur forme; tout me semblait propre à inspirer de nouvelles et sublimes descriptions.

C'est à ces homimes qui ne ressentent que Pennui parce qu'ils ne connaissent que les villes, que je voudrais faire voir une des scènes intéressantes que Pon rencontre si fréquemment sur le bord de la mer en Amérique; quand la marée s'est retirée et que les eaux ont abandonné pour quelques heures une partie de leur domaine, si Pon s'avance au milieu des rochers, les yeux sont surpris de la multitude d'objets intéressans que l'Océan vient de livrer pour quelques instans à l'admiration : une foule de polypiers des couleurs les plus vives et souvent des formes les plus variées, sont environnés de plantes marines aussi remarquables par leur élégance que par leur bizarrerie. Surpris quelquefois de trouver une fleur dans le fond d’un rocher stérile sur lequel le flot vient de se briser, vous voulez cueillir cette aigrette élégante qui résiste si bien aux orages, et qui méprise la douce rosée du ciel : tout-à-coup, la fleur se retire des doigts indiscrets qui viennent de la toucher. Sensitive de ces rivages, elle est plus animée qu’une si mple plante e

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et n’a point cependant la prévoyance des êtres entièrement organisés. C'est un polype élégant, et la nature semble avoir été dans l’indécision quand elle le fit naitre; ou plutôt voulant que toutes les productions fussent unies entre elles, elle joint dans un seul étre Pimmobilité de la plante à la sensibilité de lPanimal.

C'est encore sur les rivages des tropiques que la nature a rassemblé ces brillans coquillages qui, empruntant quelquefois leurs couleurs aux pierres précieuses ; charment les yeux par les formes les plus élégantes.

Une foule de crustacés peuvent aussi attirer l'attention de l'observateur et fournir d'heureux tableaux aux poètes descriptifs, car en Amérique les crabes se livrent les combats les plus cruels au temps de leurs amours *. On pourra nous peindre et les émigrations de ceux qui s’éloignent dans les terres et leur retour vers l'Océan. On pourra nous décrire le Pagure Diogène, auquel la nature a refusé les moyens conservateurs qu’elle a donnés aux autres crustacés, mais qui sait y suppléer par le plus admirable instinct : il s'empare d'une coquille univalve, et fier de sa nouvelle habitation, il la promène sur le rivage*.

: Bosc, Histoire des Crustacés, t. 1, p- 149a Id.t. 2, p. 65.

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J'ai passé souvent des heures entières à jouir du spectacle qu'offrent les habitudes de ces êtres singuliers; leurs ruses pour s'introduire dans un asile étranger, leur rapidité à fuir la main qui veut les saisir, leur démarche bizarre et leur faiblesse menaçante avaient quelque chose de singulier qui m'entrainait malgré moi à prolonger mes promenades solitaires.

Les anciens n’ont point négligé les scènes que leur présentaient les bords de la mer. Parmi les modernes, on voit quelques poètes qui en ont tiré le plus grand parti. Comme Théocrite, Camoens a souvent placé ses bergers sur les rivages de l'Océan , et alors il n’a négligé aucun des détails qui pouvaient donner de la vérité à ses tableaux.

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