‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 64 sur 99 · CHAPITRE XX VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX VIT

La fête.

On était parvenu au temps de la récolte des cannes à sucre, et les moulins allaient commencer à se mouvoir, quand le maitre annonça que la fête de la moisson commencerait chez lui; aussitôt on invita des habitations voisines une foule d'esclaves. C'était un spectacle réjouissant que de les voir, parés de leurs plus riches atours, s'avancer en dansant au son du tambour de loango. Quelquesuns moins sociables se tenaient à Vécart, mais ils n'en profitaient pas moins du loisir qu'on leur accordait. Frappant à coups mesurés sur la corde du benta, ils chantaient ce qui se présentait à leurs yeux; ils célébraient le plaisir de leurs compagnons; mais quand tout le monde fut réuni, quand le rum eut été prodigué, il n'y eut personne qui ne voulût aller cueillir les premières cannes , il

semblait que c'était un plaisir qu'on ne couterait

* Espèce d'arc garni d'une corde de laiton : il est placé sur une calebasse qu'on posesur Pestomac; onle frappe avec un bá-

ton, il donne des sons uniformes et mélancoliques.V. Stedman.

rá qa:

pas assez tôt, et qu'il n'y aurait pas suffisamment de bras pour les emporter. Lorsque le prêtre les eut bénies et que le moulin commenca à tourner , les cris de joie se firent entendre , et les rondes qui se formerent de tous côtés présentaient autant de diversité qu'il y en avait parmi les nations. C'était surtout à la danse du loango qu’on paraissait se livrer avec une sorte de fureur. Les hommes étaient rassemblés en cercle, le tambour faisait entendre ses coups redoublés; les mains se frappaient en mesure ; le sakasaka * les accompagnait de son retentissement ; les femmes représentaient des scènes d'amour, les hommes figuraient des combats ; il était permis à tout le monde d’improviser les situations qui l'avaient frappé ; mais malheur à la jeune fille sans grâces, malheur au guerrier dont le regard ne se faisait point redouter : un rire moqueur les accompagnait, ils étaient l’objet des chants malins de leurs compagnons; et la danse devenait pour eux un véritable sujet de tristesse.

Déjà Zombé avait montré son agilité dans la sanga, quand il entra au milieu du grand cercle. Un murmure se fit entendre, les mains battirent avec plus de force, les guerriers se rassemblèrent pour Padmirer. Il peignit d’abord l'inspiration

"Instrument à peu près semblable au maraca, et dont on peut voir la représentation dans Stedman, Voyage à la Guyane.

des devins '; son corps se remua lentement, ses yeux exprimerent les ravissemens célestes, on eût dit qu'il allait succomber. Tout-a-coup, il eut l'air de se réveiller et de frémir en prédisant les combats ; ses regards s'étaient animés; il allait peindre la guerre, quand un enfant parut et vint se précipiter sur son sein. Il avait reconnu Nudjoé, et il le serrait dans ses bras; un des danseurs de la troupe folâtre continua la scène qu'il avait commencée.

Zombé entraina Venfant hors du bruit et se livra au plaisir de le revoir; toutefois il s'était étrangement trompé en croyant pouvoir apprendre où Zara se trouvait captive. L'enfant lui dit qu'il avait été quelque temps avec elle, mais qu'un jour elle l'avait embrassé en pleurant, parce qu'on la forcait de monter sur un navire qui s était éloigné vers le nord, et que lui il était resté pres de la mer, en la demandant à grands cris. — Hélas! dit mon père, peut-être m'a-t-elle attendu ? Peut-être a-t-elle pu croire que je l'avais oubliée ? — Oh! dit Nudjoé, quand elle versait des larmes, ce n’était pas seulement sur ton oubli, c'était en se rappelant la servitude ou l'on avait réduit la fille d'un chef, J'en fais le serment,

* On les désigne à la côte sous le nom de Consoë. V. Bosman.

Stedman les appelle Locomen et Gadoman ; au Brésil, ils por- :

tent le titre de Feticeiros.

>a7om.

s'écria Zombé, maintenant que le pays ne m'est pas inconnu, je parcourrai les forêts du bord de la mer, jirai la chercher , sil le faut, jusque dans | les cavernes des Carirys. Écoute, enfant, prends | cet obi, mon père me le donna jadis; prends-le, |

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mon fils, puisse-t-il te protéger et te ramener un | jour près de moi. En ce moment, le jour était avancé ; les noirs regagnaient leurs habitations : | “Nudjoé s'éloigna avec eux, mais il avait perdu sa |

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