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aussi ma liberté. Vois-tu , continua-t-il en lui montrant les forêts qui s'étendaient au loin sur le bord de la mer, voilà désormais les lieux que j'habiterai; le pays. m'appartient et j'en prends possession. Reçois ce bania qui a quelquefois dissipé tes ennuis; avec mon arc c’est le seul bien que je possède, et si je ne reviens un Jour, tu lui feras dire mon triste sort à tes compagnes ; je ne serai pas entièrement oublié loin de ma patrie. Le guerrier alors s'entoura de sa peau de jaguar, donna le baiser d’adieu à la jeune fille, qui poussait des cris déchirans, et franchit l'espace qui le séparait des forêts, comme s’il eût été déjà le conquérant de ces contrées.
Au bout de quelques jours, il pénétra dans la capitainerie de Rio-Grande, traversa les plaines * incultes, et se trouva sur les confins de la province de Siara, au milieu des palmiers Carnahubas?, que la Providence semble avoir placés dans ces lieux, afin de prouver qu’au sein de ce beau pays , les hommes peuvent obtenir des sables arides presque tous les avantages de la fertilité ! Il n'avait encore rencontré que quelques malheureux fugitifs comme lui, qui n'avaient pu lui
* Elles portent dans le pays le nom de Taboleiros.
* Ce palmier croît dans les sables et fournit aux premiers besoins des hommes. Voyez le Brésil, ou mœurs et coutumes des habitans de ce royaume, t. 5, p. 175.
=» 273 «ei apprendre ce qu'il désirait, et qui n'osaient l’accompagner , parce qu'ils craignaient de rester sur les bords de l'océan, quand il parvint un soir à une vaste habitation qui n’était pas encore défrichée. On voyait de tous côtés des troncs énormes que la hache avait renversés depuis plusieurs jours; quelques palmiers s'élevaient de loin en loin au milieu de faibles arbustes que les lianes couvraient de leur verdure, parce qu'elles ne pouvaient plus s'élever au sommet des jacarandas; le vent venait du bord de la mer, et faisait incliner les vastes forêts qu'on voyait dans Péloignement. Zombé attendait en silence que le paca retournãt vers son gîte, ou que le pecaris fit entendre son faible grondement*, quand un esclave passa près de lui avec une torche, et mit le feu à des monceaux de pekia qui s'allumerent avec bruit. Aussitôt la flamme s'étendit avec rapidité, les troncs s'embrasèrent, et les palmiers parurent un instant comme des gerbes de feu s'élevant au milieu d'un océan de lumière*; bientôt ils disparurent en formant des nuages de fumée qui se mélérent à ceux de lhorizon. Le bruit du vent, les cris éclatans de quelques oiseaux qui se réveillaient
* Ces deux animaux fournissent un gibier estimé, et sont recherchés par tous les chasseurs.
* On jouit souvent au Brésil de la vue de ces embrasemens
destinés à débarrasser la terre des bois inutiles.
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=» 274 va tout-à-coup, les rugissemens d’un jaguar que les flammes environnaient, se mélaient aux effroyables craquemens des troncs, d'arbres et au bruit sourd de l'incendie; craignant de devenir à son tour victime de Pembrasement général; il voulut fuir dans la forêt ; mais les flammes lui fermaient le passage, et il se vit obligé de se rendre sur les bords de l'océan , où l’on voyait çà et là quelques pauvres habitations environnées de cocotiers. Il passa rapidement, et il allait gagner un lieu plus solitaire, quand il entendit parler la langue des Koromantins. Il préta l'oreille, et il reconnut quelques voix qui lui rappelèrent sa patrie : il savança encore, écouta plus attentivement, et il entendit ce que disaient cinq guerriers rassemblés pres d'un feu ardent. — Savez - vous, enfans de la tribu d'Erenna, que Fon nous prépare de nouveaux travaux, que, les défrichés une fois fertilisés par le feu, il nous faudra abattre d'autres parties de la forêt > Malheur à celui qui, se fiant sur son agilité, reste pres du jaquetiba sur lequel la hache a frappé depuis le point du jour; il est écrasé par sa chute, et le bruit des autres arbres qui tombent répond seul à ses gémissemens ; pour moi, j'irai parcourir les forêts qui ne retentissent jamais du bruit de la
cognée. Ce travail ne m'effrayerait pas, dit un
plus jeune; mais ils veulent me forcer à manger
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un poisson que mon pere prohiba dans sa famille.
Me préserve Accomponsg, le dieu du ciel, d'y jamais toucher ! Cette idée me fait horreur‘.Ils voudraient se réserver un loisir absolu , dit un troisième, et ne jamais nous l’accorder; demain je serai forcé de passer la nuit à séparer la ouete légère du cotonnier, mais le sommeil n’a point de maître *. Ecoutez, écoutez , dit un autre, ces raisons pourraient être frivoles ; mais il s’est passé dans la forêt des scènes d'horreur que j'ose à peine vous redire. Vous vous rappelez ces: trois esclaves que l’on
accablait des travaux les plus pénibles, et qui
parvinrent un jour à s'échapper après un cruel châtiment ; eh bien! je m'acheminais vers le lac, et la terre était couvertede funestes vestiges. J’ai appelé à grands cris, l'écho seul m'a répondu: J'ignore si c'est une horrible vengeance, si ce crime est celui de nos maitres, si les sauvages habitans de ce pays les servent dans leurs fureurs. 11 y a quelques jours encore deux jeunes filles se sont échappées ; la plus jeune qui se faisait distinguer par sa beauté sortait comme nous du pays des Koromantins; c'était, dit-on, la fille du chef d'Annobo : ce bracelet d'airain que j'ai trouvé
* Bryan Edwards , Stedman. Bosman, Voyage à la côte de Guinée, p. 157.
* Ce mot expressif se trouve dans de l'ouvrage de M. Grégoire sur la littérature des noirs.
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> 270 « dans sa cabane atteste sa puissance; le mandingo y traça autrefois des caractères sacrés ’; je la plains; qui lui donnera un asile dans ces forêts ? Qui la défendra contre tant de périls ? Guerriers, dit Zombé en se montrant tout-à-coup parmi les esclaves effrayés, laissez voir ce talisman. Il s'était saisi avec fureur du bracelet; ses Lèvres tremblaient, sans qu'il püt prononcer un seul mot; il tomba près du foyer en laissant échapper le nom de Zara, et se roula sur la terre comme un insensé. Zombé, dit le captif qui l'avait reconnu, Obbonei * t'a-t-il envoyé ses furies ? Cette jeune fille s’est échappée; mais ce bracelet n’est point la preuve de sa mort; elle erre sans doute dans nos forêts. Ces dernières paroles semblèrent rappeler mon père à lui-même, cependant il fut long-temps encore sans pouvoir parler; enfin il tendit la main à ceux qui l’environnaient, et, laissant échapper une larme de ses yeux : Enfans de ma tribu, leur ditil d'une voix entrecoupée par les sanglots, Je vous ai cherchés long-temps sans pouvoir vous rencontrer; mais vous êtes las comme moi de l'esclavage, et nous allons nous réunir; ne tardons plus; la nuit est avancée, il est temps de faire le serment du secret qui doit nous lier
" La nation des Mandingos est célèbre par ses prétendus enchantemens.
: Le dieu du mal.
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pour toujours. Vous savez ce que disent les féticuros, il faut jurer sur les tombeaux : allons pres de ce lac ou d’horribles vestiges vous ont révélé le plus affreux des forfaits ; c’est là que nous invoquerons la divinité, et que nous lui demanderons la force et le courage. — Oui, dirent les guerriers, que le lever de Paurore nous retrouve dans la forêt ou dans les vastes plaines de l'intérieur. Aussitôt ils sortirent en emportant le peu de bien qu’ils possédaient.
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