‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 67 sur 99 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

| -— Te serment.

Is s’éloignerent du bord de la mer sans être aperçus des nègres qui devaient surveiller, mais dont les regards se portaient à alors sur l’embrasesement des défrichés. Ils pénétrerent dans la forét à la lueur d'une torche de piassaba', car Vincendie ne l’éclairait que faiblement. Ils marcherent dans le silence, écartant les lianes qui

s’opposaient à leur passage, franchissant les ravins, montant péniblement sur les troncs énor-

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mes que la tempête avait renversés ; enfin ils arrivèrent dans le lieu le plus sauvage de la forêt. Les arbres qui s'élevaient jusqu'aux cieux empéchaient les autres végétaux de croître; les lianes seules grimpaient à leur sommet, couraient jusqu’à l'extrémité des branches, unissaient leurs fleurs au feuillage, ou retombaient en guirlandes et donnaient à ce lieu quelque chose de funèbre. C'est ici, dit le Koromantin en s'approchant d'un

* Longs filamens produits par un palmier, qu'on enduit

quelquefois de résine pour en faire des torches.

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lieu où l'herbe avait été foulée, et où l’on voyait des restes de vêtemens ensanglantés, c'est ici où

je dois vous conduire, et voilà les tristes vestiges.

Vous le savez, amis, quand un captif fuit dans,

la forét, le plomb est souvent plus rapide que lui, ou la flèche Vatteint sans qu’il puisse l’entendre; ce sang est celui d’un de nos compatriotes, ce sang, nous ne pouvons le voir sans horreur. Zombé l’écoutait en silence, et tout son corps frémissait. Les féroces animaux de ces forêts, ditil à la fin, me préparent peut-être en ce moment un plus funeste spectacle ; je sens tout ce qu'une faible espérance réserve de tourmens.. Préparez la coupe; n'attendez pas que ma raison s égare, et qu'Assarcine protége point les sermens d'un insensé... Il tendit alors son bras; la pointe aiguë d'une flèche en fit jaillir le sang; le plus ancien des fugitifs le reçut dans un vase sacré, il y ajouta dela terre, il y méla de l’eau , comme s'il eût voulu associer tous les élémens à son serment, puis il prononça les paroles terribles consacrées par la religion de son pays.Que mon sein se déchire, que mes os se consument, avant qu'on m'entende révéler que yous étes les compagnons de ma fuite. Il but et il présenta la coupe à tous les guerriers *. Quand Zombé la reçut, il répéta le serment ter-

‘ Stedman, Voyage à la Guyane.

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rible, et il y ajouta le mot de vengeance : alors la fumée de la torche, entraînée par le vent, s'éleva dans les airs ; il crut entendre l'esprit de “Zara qui lui parlait, et il s'écria: Non, non tu ne peux étre esclave; c'est pour briser tes fers que j'ai quitté ma patrie.

Ici le vieux Juan s'arrêta ; il fit voir à son hôte que le jour s'avançait, que la brise arrivait de l'océan ,et que la nuit ne viendrait pas sans des torrens de pluie. Toutes les fois, dit-il, que les eaux du lac commencent à s’agiter, qu’elles murmurent avec la forêt, que les nuages s’amoncèlent, et que le vautour plane au-dessus de nos têtes, je crains pour les voyageurs; les forêts n'offrent qu’une perfide hospitalité, et dans le désert, je ne sais qui recoit mon fils. Restez cette nuit dans ma solitude, je vais allumer des branches de palmier; je vais vous apporter les fruits que j'ai cueillis ce matin dans le vallon , et vous verrez si je ne suis pas plus heureux que dans les villes. En effet, la flamme s'éléva en pétillant; le bon vieillard étendit sur une natte des racines de cara, cuites sous la cendre, des ga-

teaux de farine de manioc, mélée à Vamande du coco, des poissons qu'il avait pêchés dans le Jac : l'ananas, couronné par les mains de la nature , semblait être à la fois le roi des fruits et des fleurs : la banane dorée, la pitangue plus ver-

meille que la cerise, s’élevaient à côté de l'orange SA sans pepins, dont les étrangers ne peuvent sempêcher d'admirer la grosseur ; la mangave, parfumée comme la poire d'Europe, Parassa qu'on prendrait pour la fraise, si elle en avait la couleur, se confondaient parmi les gouyaves, les papayes et les limons. Le repas fut silencieux; le

vent mugissait tristement; la pluie tombait avec force sur le toit de palmier; le vieillard remplit

une coupe de rack, et continua son récit.

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CODOLILECDOODODOODOLOODDODLOODOLDODOEODODODODODODODODOLCODOLDDODDEDADEDLC CHAPITRE XXX.- Le séjour au milieu des bois, le retour, la devineresse.

« CHAQUE fois que j'entends mugir la tempête, je songe aux maux que mon père avait à souffrir dans la forêt; et cependant ce n’était pas la fureur des élémens, le manque d’asile, la faim , qui causaient son plus cruel tourment. Que le temps füt calme , que la chasse eût été heureuse, son cœur ne changeait point; il ne pouvait même se réjouir comme ses compagnons d’avoir la liberté. Ceux-ci, se fiant à son courage, l'avaient nommé leur chef, et le suppliaient quelquefois de dissiper son chagrin; mais il leur répondait : Ramenezsa compagne au Kamichi, et il ne désirera plus le trépas: puis, pour leur plaire, il saisissait un bania et animait leur esprit par le chant des combats. Quand il s'avançait sur les habitations éloignées , et qu'il rencontrait de jeunes captives, il leur demandait si elles n'avaient pas vu la fille d’Annobo.Hélas! lui répondaient-elles, nous ne la connaissons pas, jeune guerrier; mais si c'estson infidélité qui te consume, que les fétiches puissent la punir. Ne parlez pas ainsi, répliquait-il à voix basse, si elle est dans

les demeures d’Assarci , que son ombre ne soit pas troublée par d’injustes discours.

Il entra avec ses guerriers dans les déserts de Piauhy , il vit ces monumens , travaux immenses d'un peuple sauvage; cependant, comme il ne rencontra que d'innombrables troupeaux presque abandonnés à eux-même , il retourna vers le sud: Sa troupe s'augmentait de jour en jour des fugitifs que les châtimens forçaient à s'éloigner; il se livrait à une chasse continuelle, et il enlevait quelques bestiaux sauvages dans les pâturages ; mais on ne lui voyait jamais piller les habitations, et il disait souvent : ces campagnes sont assez vastes pour nous et pour les blancs; je ne serai pas le premier à leur déclarer la guerre, puisqu'ils sont paisibles dans ces contrées; mais qu’ils ne me forcent pas à tendre mon arc , je me rappellerais mes sermens.

Un jour cependant il fut surpris par une caravane de sertanejos * qui Pattaquerent, et il prouva aux Koromantins qu'il était digne d’être leur chef; il renversa tout ce qui se présenta devant lui; il devint en un moment le maître du champ de bataille ; mais il pardonna à ceux qu'il avait vaincus, et il leur dit: Si vous ne vous êtes pas souvenus

1 Province du nord où l’on ne trouve guère que d'immenses pâturages. V. ce que dit Barlœus sur les monumens qu'on y découvrit du temps des Hollandais.

* C’est le nom que Von donne aux pasteurs de l'intérieur.

que nous étions vos frères, je ne Pai pas oublié : retournez, pasteurs, dans vos campagnes, rappelez-vous qu’on peut être heureux sans rendre les autres esclaves. — Hélas ! dit le chef, nos campagnes sont maintenant désolées par les habitans de Palmares, et nous ne pouvons plus y goûter un seul instant de repos. Plüt à Dieu que vos compatriotes pensassent comme vous | Ils ne sont pas allés vous chercher dans votre patrie, répliqua le chef; mais, Européen, puisque vous venez de ces contrées, dites-moi, si, en effet, Palmarès brilled’unenouvellesplendeur.—Cette ville, répondit le Portugais, s’est élevée sur les ruines de celle que nos conquérans avaient renversée ; mais il semble qu’elle veuille désormais commander à tout ce qui l'entoure. Ses campagnes sont cultivées, les habitans nous rendent leurs tributaires, on dirait que l'Afrique n’a fait que changer de climat. Dans Palmares, c'est le courage qui donne la puissance : si tu y vas, jeune guerrier, Je te prédis la gloire; mais conserve ton humanité, ne nous force pas à répandre plus de larmes. Le pasteur s'éloigna alors en partageant avec lui ses génisses, et le chef resta plongé dans un morne silence au milieu de ses compagnons. Eh bien ! dit Fun d'eux, ne verrons-nous pas ces campagnes fertiles qui doivent devenir notre nouvelle patrie? La liberté que nous goútons dans nos forêts, nous

Pachetons par trop de crainte; conduis-nous à Palmares; nous avons le droit d'y demander asile, puisque nos bras sauront le défendre. Guerriers, répliqua mon père, allez goûter le bonheur : je sais vivre seul dans les forêts , et je les parcourrai jusqu’à ce que j'apprenne quel est le sort de la fille d'Annobo. Ce fut en vain qu'on le supplia de ne pas continuer à errer ainsi, sans que l'espoir püt le guider; il persista dans son dessein, et ne voulut même se laisser accompagner que par trois Koromantins de la même tribu que lui; les autres séloignêrent presqu’à regret, ils lui firent promettre de venir les joindre un jour.

Il s'avança toujours vers le sud, pénétrant dans les habitations à la faveur de la nuit, demandant aux captifs de sa nation la jeune fille quil cherchait, et n’obtenant pas un seul mot qui püt le consoler. Enfin il arriva près des rives du San-Francisco, à quelque distance du lieu de sa premiere captivité, et il résolut de descendre jusqu'au bord de la mer, pour visiter le vallon qu'il avait quitté depuis un an. Ces rivages couverts de belles forêts, ces îles qu'on apercevait dans l'éloignement et auxquelles la nature prodiguait toutes ses productions, rien ne changeait sa pensée; il était au milieu de ces rians paysages comme dans les stériles campagnes du Piauhy.

Tandis que ses compagnons chassaient, et que le

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héron, percé d'une flèche mortelle, faisait entendre ses derniers cris, il s’avanca vers la colline qui dominait le vallon , chercha des yeux son ancienne compagne et l’apercut près de la cabane qu'il était construite autrefois. Le bania était à ses côtés, mais elle ne chantait pas; il parvint jusqu’à elle sans être aperçu, car elle tenait ses regards attachés à la terre. — Bonjour, Mery, lui ditil, nous avons été long-temps séparés, et J'ai voulu te voir avant de traverser de nouvelles solitudes. La jeune fille jetaun cride joie et le tint iong-temps pressé sur son cœur : Ah! dit-elle, j'avais été voir la devineresse de Fida pour qu'elle téloignât de ma mémoire; mais quoiqu’elle soit bien puissante, tu Pes encore plus que ses enchantemens. Pauvre voyageur ! d’où viens-tu donc? Il n’y a que Mery qui puisse te reconnaître : tu ressembles à un nouveau captif débarqué sur ces rivages; ton corps a maigri; ta contenance est abattue : ne serait-on pas plus heureux dans les campagnes d’où tu viens que dans ce vallon ? — Mais, toi, jeune fille, ditil à son tour, tu n'as point parcouru comme moi les forêts, exposée à la fatigue et à la faim, d’où vient que tes regards sont languissans , et que les larmes ont sillonné tes jones? — Qu'importe, ditelle, que ces palmiers m'offrent leur ombrage, si je ne puis reposer, et que ces arbres soient chargés de fruits, si je n'ai pas la force de les

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