‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 68 sur 99 · TRUE RAT EN TOR ET · texte numérisé non relu

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cueillir ? Va, mon esprit était aussi agité que le tien quand tu partis : je te voyais toujours errant, toujours exposé à une nouvelle captivité ; cependant tu as peut-être rencontré des lieux où se trouvait le bonheur ; si tu as été captif, les liens sans doute tenchainaient doucement. — Hélas! plüt à Dieu que je n’eusse pas quitté ce vallon, répondit Zombé; jeune fille, j'ai continuellement voyagé, mais j'ai aussi toujours souffert; dans peu je recommencerai à suivre le bord de l'Océan , quoique Pespérance ait cessé de m'accompagner. Il s'assit alors près d’elle, et. elle le pressa de lui raconter ses chagrins; puis, quand il eut fini, le regardant avec un air de compassion, elle lui dit : Écoute, j'ai éprouvé tout ce qui peut rendre malheureux, mais c'est pour moi le plus grand des tourmens que de te voir en proie à la douleur. Attends que la nuit soit venue, et je te conduirai chez la devineresse de Fida; sa science est profonde : quoique j'aie vu aujourdhui qu'elle ne pouvait rien pour mol, mes compagnes assurent qu’elle pénètre les plus profonds secrets de la nature.

La nuit arriva, Zombé fut prévenir ses compagnons qu'il les retrouverait dans la forêt, etil retourna dans le lieu où devait le rejoindre Mery, qui était allée reconduire ses troupeaux. J'ai feint, ditelle, d’avoir égaré une génisse; suis-moi, je ne puis

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> 288 « te consacrer que quelques instans. Elle le conduisit alors par mille détours dans une solitude

où vivait la devineresse. Garde-toi de Poffenser,

lui dit-elle, ne doute pas de sa puissance : voilà

le présent que je lui ai destiné, c’est le fruit que produit le sapoucaya. Ils entrerent alors dans une cabane faiblement éclairée par la flamme mou-

rante d’un feu qui allait s'éteindre. On distinguait

à peine une vieille femme qui se trouvait au milieu des nuages de fumée; le serpent Ammodite était à côté delle; on apercevait aussi quelques fétiches, et elle composait un obi de plumes et de feuillages, en chantant lentement. Elle se tut pour écouter ce que lui dit Zombé, et elle lui répondit qu’une foule de jeunes femmes avaient été enlevées par les habitans de Palmares; que la fille du chef d’Annobo était peut-être de ce nombre; mais écoute , continua-t-elle, si tu veux savoir ce qu'il faut faire pour recouvrer le bonheur, attends que les autres soient arrivés, et que mes inspirations te le révèlent. Quelques momens après, la porte s'ouvrit, et Pon vit entrer successivement plusieurs hommes qui se rangèrent en cercle sans oser se regarder. La devineresse commença à tourner autour d'eux en dansant avec rapidité et en faisant des gestes étranges; enfin sa bouche se remplit d'écume, elle éprouva d'horribles convulsions. C'est dans cet état qu’elle commença à

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rendre ses oracles * : à l’un elle disait: Il faut fuir: à l’autre : Le temps n'est pas arrivé; mais souvent des paroles inintelligibles frappaient l'oreille des assistans qui en composaient de funestes décrets. On les voyait alors s'éloigner avec l'expression de l’épouvante; trop souvent ils allaient faire leurs efforts pour exécuter les ordres les plus impies. Quand le tour de Zombé fut venu, elle lui conseilla de se diriger vers la vallée d'Anadia et de partir sans délai. Tout le monde avait disparu : elle cessa de parler; et Mery reconduisit mon père dans les lieux qu'ils avaient quittés. Cependant elle ne se sentait pas la force de lui adresser la parole, car c'était pour son cœur un trop pénible sacrifice que celui qu’elle venait de faire. « Poursuis ton chemin, pauvre voyageur, lui dit-elle à la fin, puisque rien ne peut te retenir, et si tu n'es pas plus heureux, reviens vers moi, ma cabane sera toujours dans le même vallon, ou ma tombe s élevera ombragée par ces palmiers. »

La nuit s'avançait, il lui fallut alors s'éloigner; mais mon père éprouva un chagrin bien plus vif que lorsqu'il avait quittée pour la première fois, et ce ne fut pas sans une tristesse profonde qu'il rejoignit ses compagnons. Il leur parla ainsi : « Le sort m'envoie vers Palmares : j'ai consulté les ora-

* V. Stedman, Voyage à la Guyane.

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cles; je veux délivrer une partie de nos frères qui languissent sur ces rivages : prenez vos arcs et suivez-moi; il faut partir avant que Vaurore nous envoie ses premiers rayons: » Il s'avança alors par des chemins qui lui étaient connus vers l'antique habitation où il avait été esclave. Il vit que tout reposait dans un profond sommeil ; et il allait réveiller un de ses anciens compagnons, quand une voix frappa ses oreilles. C'était celle de Pinfortuné Zamora, que les blancs avaient chargé de chaines malgré la puissance de son père. Il était assis près des palmiers de sa cabane; ses yeux , fatigués de répandre des larmes, mesuraient avec douleur l'étendue de lOcéan et semblaient chercher sa triste patrie dans les nuages amoncelés que la lune découvrait à l'horizon. « Brise-toi, mon bania, s écriait-il avec fureur, ne charme plus ma servitude , le désespoir est maintenant mon partage.— Et qui célébrera donc notre gloire? reprit Zombé, cet instrument doit exprimer autre chose que des regrets. Prends cet arc, enfant de Benguela, car je connais ton courage. »

Zamora se joignit alors à ses compagnons, et lui indiqua le lieu où reposaient les Koromantins. Zombé entre dans leur cabane et leur dit : « La devineresse de Fida vous ordonne de me suivre. » Ils se réveillent, remplis d'épouvante, et n'osent d’a-

bord lui répondre ; mais en le reconnaissant, leurs

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craintessse dissipent, et ses ordres sont exécutés avec empressement; avant le lever de l'aurore, il se trouve environné d'une troupe nombreuse. Cependant le silence n'est plus gardé. Les commandeurs s enfuient avec épouvante; les champs sont ravagés. Zombé arrête enfin leur fureur, et les entraine dans la forêt, où il leur fait faire, avant de s'éloigner, le serment de lui obéir.

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