‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 8 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les forèts, leur harmonie. |

Sue les bords des lacs et des fleuves, la chaleur du soleil mettant en action l’humidité bienfai-

Ed E x tante de ces vastes réservoirs, donne des formes

gigantesques à la végétation. Les arbres qui s'élevaient à peine en d’autres endroits à la surface de la terre, prenant majestueusement leur essor, embellissent bientôt les rivages dont ils attestent la fertilité. L’Amazone , le Gange, le Méchascébé, le Niger roulent leurs eaux au milieu de vastes forêts qui, se succédant d'âge en âge, ont toujours résisté aux efforts des hommes, parce que la nature n’a point connu de bornes dans ce qui pouvait perpétuer sa grandeur. Tl semble en effet qu’elle ait choisi les rives de ces fleuves immenses pour y déployer une magnificence inconnue en d’autres lieux. J'ai remarqué dans l'Amérique méridionale que les arbres, en prenant un plus grand accroissement pres des rivières, donnent un aspect particulier aux forêts : ce n'est plus la nature dans un désordre absolu ; il semble que

“sa force et sa orandeur lui aient permis de ré-

“pandre une sorte de régularité imposante dans la

végétation. Les arbres en s'élevant à une hauteur dont les regards sont fatigués, ne permettent plus aux faibles arbrisseaux de croitre. Alors la voûte des forêts s'agrandit; les troncs énormes qui la supportent forment d'immenses portiques en étalant majestueusement leurs branches; elles sont chargées à leur sommet d’une foule de plantes parasites dont Vair parait être le domaine, et qui viennent mêler orgueilleusement leurs fleurs aux feuillages les plus élevés. Née souvent près de Phumble fougère , une liane flexible entoure en serpentant l’arbre immense, le couvre de ses guirlandes, Punit à tous les grands végétaux qui l'environnent, et semble braver l'éclat du jour avant d’embellir la mystérieuse obscurité des lieux qui Pont vue naitre.

Dans les forêts moins majestueuses ou les rayons du soleil pénetrent aisément, Pon découvre dans la végétation une variété extrême, qui se montre à une distance bien moins considérable. Parmi tous les voyageurs qui ont décrit les forêts “dans leurs détails, il n’en existe peut-être point de plus exact que M. Leprince de Neuwied, il a admiré en observateur exercé et comme un homme profondément rempli de son sujet.

« La vie, la végétation la plus abondante, dit-il, sont répandues partout, on n'aperçoit pas le plus petit espace dépourvu de plantes. Le long de

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tous les troncs d'arbres, on voit fleurir, grimper, s’entortiller, s'attacher les grenadilles, les caladium , les dracontium , les poivres, les begonia , les. vanilles, diverses fougeres, des lichens, des mousses d’espèces variées. Les palmiers, les mélastomes, les bignonia , les rhexia , les mimosa, les inga , les fromagers , les houx, les lauriers, les myrtes, les eugenia, les jacaranda, les jatropha, les vismia, les quatélés , les figuiers se montrent partout: la terre est jonchée de leurs fleurs et l’on est embarrassé de deviner de quel arbre elles sont tombées. Quelques-unes des tiges gigantesques chargées de fleurs paraissent de loin blanches, jaune foncé, rouge éclatant, roses, violettes, bleu de ciel. Dans les endroits marécageux, selevent en groupes serrés sur de longs pétioles les grandes et belles feuilles elliptiques des héliconia, qui ont quelquefois huit à dix pieds de haut, et sont ornées de fleurs bizarres, rouge foncé et couleur de feu. Sur le point de division des branches des plus grands arbres, croissent des bromelia énormes, à fleurs en épis ou en panicules de couleur écarlate ou de teintes également belles. Il en descend de grosses touffes de racines semblables à des cordes, qui tombent jusqu’à terre et causent de nouveaux embarras aux voyageurs. Ces tiges de bromelia couvrent les arbres jusqu’à ce qu’elles meurent, après bien des années d'existence, et

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