‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 70 sur 99 · DOI · texte numérisé non relu

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d’autres armes, dont le bruit retentissait au loin.

Zombé fut conduit dans le palais des souverains de Palmarès; il fallut passer le reste du jour au milieu d’un tumulte qui lui fit presque regretter ses forêts ; mais l'espérance était alors rentrée dans son coeur, et l’impatience renaissait avec elle. « O devineresse de Fida! disait-il, que tes oracles soient vrais, et je pourrai alors espérer le bonheur. Je ne Pai point demandé ce pouvoir ; mais qu'il serait doux de le faire partager à Zara! De ce palais je puis commander à une cité puissante; cependant je regrettérais mes fers, si elle ne pouvait Phabiter : mon esclavage était cruel, du moins Mery savait l’adoucir ; dans ces lieux personne ne plaindrait ma captivité. »

Le lendemain, il envoya des messagers dans tous les villages de Palmares; il supplia le jeune chef de Benguela de parcourir les provinces d’alentour ; mais personne ne lui apportait une nouvelle consolante, et le chagrin le consumait au milieu des grandeurs. Cependant le sage Adoë faisait renaître son courage; il l'entrainait au milieu des campagnes ; il lui disait : Ces forêts sont encore incultes, ces plaines sont à fertiliser, elles n'attendent que tes soins pour se couvrir de riches moissons. Ce peuple est encore l’esclave de l’oisiveté, s’il ne Pest plus des hommes. Mon fils, la prospérité de Vagriculture est le fruit des plus grands efforts qu'on ob-

tienne d’un peuple nouvellement réuni. Dans son incertitude, il fait toujours un choix funeste, on [ui voit chercher de périlleuses conquêtes , au lieu de forcer la terre à servir ses besoins, »

Zombé écoutait attentivement ces sages discours, et sut les mettre à profit: la nature semblait lui obéir, l'abondance régnait en tous lieux. Il y avait soixante ans que la république n'avait été attaquée, et la capitale, de son temps, renfermait jusqu’à vingt mille âmes :. Il écoutait cependant quelquefois le génie guerrier de sa nation, et il était redouté destous les planteurs du voisinage qui achetérent son alliance par des tributs considérables que souvent ils: tiraient de l'Europe; mais, soit quil marchàt accompagné de ses guerriers, soit qu'il fut retiré dans les salles de son palais: pour écouter les vieillards, il faisait le bonheur de tous ceux qui l'avaient choisi sans goúte? un instant de tranquillité.« Fatale destinée, disait-il quelquefois, je regrette de ne pas être mort en Afrique, mes tourmens ne survivraient pas à l'espérance que j'ai conçue un instant! »

Quoiqu'il fút accablé par le chagrin, il s'était rappelé Mery et sa tendre compassion ; il s’écriait souvent avec amertume : « Mon pouvoir est encore bien faible, car je ne puis lui offrir que des richesses. » Il envoya quelques messagers la cher-

5 Rocha Pitta. Ayrès de Cazal. Corografia Brasihca.

cher sur les bords du San-Francisco ; mais ils revinrent, et lui rapporterent que les débris de la cabane étaient dispersés, que la jeune fille ne paraissait plus dans le vallon. Mon père tomba dans une plus profonde mélancolie, et consulta les sectateurs d'Obia, 'dont la vaine science ne fit que Vattrister ; il finit cependant par se livrer entierement aux soins de l’état : il pensa qu'il serait moins malheureux, quand il s'oublierait pour ne songer qu'à ceux qui lui avaient confié le soin de leur prospérité.

Un an s'était écoulé : l’on était parvenu au temps où le soleil darde ses rayons avec le plus de force sur les déserts de l’Amérique; Zombé cherchait la fraicheur sous l’ombrage des palmiers de son jardin, quand il aperçut une jeune fille couchée tristement loin des: portes du palais; il s'avança vers le lieu où elle était ; alors elle se releva, etilreconnut Mery, quoique la fatigue et le chagrin Peussent changée.« Sois la bien venue, lui dit-ilen la pressant sur son cœur ; il y a long-temps que je te souhaite. — Îl y a aussi bien long-temps que je désire ta présence, dit-elle, et mes momens sont comptés ; mais ici ce nest point comme sur les bords du fleuve où je pouvais pénétrer dans ta cabane, et où tu m'accueillais avec bonté; on m'a repoussée depuis trois jours, et cependant, pour te parler, j'ai traversé les sables qui nous séparent du bord

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de la mer. Le soleil était brûlant, mais jene sentais pointson ardeur. Quand on m'a refusé la porte du palais, il ne m'est resté que la force de me trainer sous Pombrage de ces arbres. Écoutemoi : je ne pouvais plus vivre sur les bords du San- Francisco; on m'a emmené dans la plus grande ville de toute la contrée, et ton nom est parvenu jusqu’à moi; car les blancs sont envieux de ta puissance , ils se disposent à te renverser ; prépare-toi à les recevoir ; l’armée va bientôt s'avancer, et j'ai voulu t'en avertir. Maintenant le bonheur a mis une grande distance entre nous deux, Zombé ; aussi, dans le désert, je m'arrêtais quelquefois , craignant que tu ne m'eusses oubliée. Adieu, continua-t-elle, la route me sera moins pénible, puisque tu te souviens encore de ta. compagne d'esclavage. — Voudrais-tu me quitter ? dit mon père, tu parles de bonheur, et depuis que je me suis éloigné de toi, personne n'a su m'aimer. —Les oracles de la devineresse de Fida ne se sontils pas accomplis? Ta-t-elle trompé comme moi ? Je te plains, Zombé; mais je dois partir. — Pourquoi, jeune fille? — Quand tu quittas la vallée, je ne pus parvenir à rejoindre l'habitation ; Je rentrai dans ma cabane, et la fièvre sempara de moi, je tombai à terre , sans désirer que personne vint me secourir. Un blanc passa, descendit de cheval, et me deman da ce que j'avais : Rien, lui dis-je, mais

Je ne veux plus vivre. Alors il me parla plus doucement qu'aucun de ceux que j'avais entendus; il fit même couler mes larmes. Je crois , lui dis-je , que ce sont ces arbres, ce fleuve, cette colline que je ne peux voir maintenant; mais on me force à conduire les troupeaux , parce qu'autrefois j'étais heureuse quand je les voyais courir dans la vallée. Je n’ai plus la force de les ramener chez mon maître, où le commandeur me parle toujours d’un ton irrité : si la fièvre me fait mourir, je retournerai dans mon pays, et mes sœurs me consoleront.— Pauvre fille, me dit-il en souriant, bien d’autres que toiont cette pensée, et ils quittent la vie d’une manière condamnable, sans trouver ce qu'ils cherchaient. La ville est-elle pour toi un moins triste séjour que ces campagnes ? apprends-moi où est ton maitre, et je vais lui parler. Je me sentis émue par sa voix... je lui promis de le suivre... Il revint en effet vers la fin de la journée : il me fit monter derrière lui et nous partimes; mais je versai encore bien des larmes, quand je ne vis plus ma cabane, je te nommai.... Alors il me dit: Pauvre Mery , es-tu du nombre de ceux qui ne savent plus rien désirer dans ce monde, et à qui il reste tous leurs regrets? Si tu préfères ces lieux, avoue-le-moi, quand on est malheureux, on peut se tromper sur ce qui doit soulager nos maux. Mais je le pressai de m'emmener avec lui, et j'ai vécu depuis ce temps

dans sa maison près de ses enfans qu'il m'a confiés et que jaime comme s ‘ils étaient les miens.,

Un jour je passais près des remparts, je vis les préparatifs qui se faisaient pour la UE on me dit qu'on allait attaquer Palmarès qu’un nouveau chef rendait plus redoutable que tes - : on te nomma , on raconta tes exploits, et je n'eus point de peine à te reconnaitre : Je craignis aussitôt pour ta vie, dès lors je résolus d’aller t'avertir.Jeretournai vers mon maître, et lui parlai ainsi : Je veux aller visiter les bords du San-Francisco , me refuserezvous cette grâce ? au bout de quelques semaines , je reviendrai près de vous. — Va, Mery, me répondit-il, tu fus libre des les premiers jours où je te vis, et tu m'as bien récompensé de ma confiance par les soins que tu as accordés à mes enfans; retourne vers les bords paisibles qui te sont chers, puisque tu les quittas en pleurant. Mais reviens vers nous , nos souhaits faccompagneront. Ilme donna l'écrit qui me rendait libre, afin que je pusse traverser la capitainerie, et je partis aussitôt.

Je ne répéterai point tout ce que j'ai éprouvé en parcourant les déserts qui te séparent de l'Océan ; un mélange de joie et de tristesse se faisait sentir dans mon âme en songeanit que j'allais te revoir. Le croirais-tu? j'espérais que tu étais heureux, et cependant je ne pouvais retenir mes larmes. Je m'assis à l'ombre de Poiticica qui croit dans les

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=> 307 sables les plus arides *, et Je vins à penser que peut-être tu ne voudrais pas me receyoir. Hélas ! me dis-je, le voyageur qui s'est reposé sous cet arbre cueille son fruit et le rejette avec mépris, peut-être mes avis seront-ils ainsi dédaignés ; mais l'espoir rentra dans mon àme; je me rappelai que Von était du moins reconnaissant de l’ombrage. J'avais raison, continua-t-elle, d'écouter cet avis de mon cœur, je vois que la puissance ne va point changé. Adieu , maintenant songe à te défendre.— Tu ne partiras point, s’écria mon père; si tu savais combien je t'ai désirée, combien de fois je Pai envoyé demander sur les bords du San-Francisco ! Reste dans ce palais; vivons comme au temps où nous étions pasteurs. D’autres soins m'occupent maintenant, Mery; s'ils sont plus nobles, ils ne méritent point d’être enviés. » Elle ne pouvait se décider à tromper Vespoir de son maïtre; mais elle était combattue par la reconnaissance et par un sentiment auquel on lui avait vu tout sacrifier. Zombé parla encore de son isolement, des chagrins qui se renouvelleraient loin de l'amitié, il la décida en lui promettant d'envoyer instruire de son sort le Portugais qu’elle avait tant de raisons de respecter. Elle vécut des-lors avec les filles de l’ancien souverain, et elle goúta quelques instans de félicité

qui ranimérent son existence.

5 V. Koster, Voyage au Brésil.

: | CHAPITRE XXXIL

La désolation des campagnes; l'espoir.

ZomBé s'empressa de profiter des avis qu'il

. avait reçus : il fit rentrer dans l’intérieur de la ville les habitans des villages environnans, il dévasta même tout.le pays pour empêcher que larmée ennemie ne trouvat des subsistances. C'était un spectacle bien triste que de voir ces nouveaux cultivateurs devenus guerriers. Au lieu du bemta et du loango, on entendait le cor qui retentissait dans la plaine; on ne voyait plus les femmes semer dans leurs champs le riz et le maïs. Elles arrachaient avec effroi Pépi qui n’avait pas muri; elles quittaient en soupirant leurs cabanes que leurs maris brülaient avant de s'éloigner. Tous ces préparatifs s'exécutaientrapidement, lorsqu'un des messagers, envoyés autrefois par Zombé, fut introduit dans la ville, et le demanda avec empressement. « Souverain de Palmarès, lui dit-il, j'avais traversé le Siara” sans avoir rencontré personne qui püt me dire en quel lieu vivait la fille d'Annobo,

* Capitamerie du nord où l’on trouve surtout de vastes “A

páturages.

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je désespérais de jamais la trouver, quand un jour j'obtins l'hospitalité avec mes guerriers dans une habitation reculée des bords de Rio-Grande. Je fus bien accueilli, car le nom de Palmarès est redouté dans toutes les provinces du voisinage. Cétait le soir, une foule de jeunes filles formaient leurs danses à quelque distance de l'habitation ; j'allai leur demander si une esclave de la Côted'Or était parmi elles, et je prononçai le nom de Zara. Oui, me dirent-elles d’une voix compátissante, ici tous les plaisirs l'entourent, et elle ne veut goúiter aucun de ceux que nous lui offrons.— Grands dietix! s’écria mon père avec agitation, avez-vous consenti à me la rendre? Vous effacez tous les maux que j'ai soufferts, et je puis supporter désormais tous ceux que vous m'enverrez. Mais pourquoi n'as-tu pas su la ramener ? qui tempeéchait de l'enlever au milieu de ses compagnes ? — Si tu avais reçu l'hospitalité, dit Zamora , cette pensée ne te füt pas venue : Je regrettai, en songeant à toi, de n'avoir pas attaqué Phabitation, de ne pas m'être élancé avec mes guerriers au milieu de ces esclaves.Je pensai que les richesses seraient plus puissantes encore que tous ces moyens, et je voulus racheter celle devant qui je m'inclinais déjà avec respect. Je consens à te la rendre, me dit le blanc, mais tout ce que tu m'offres n'est pas d'un assez grand prix. Je le vis alors

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avec douleur , j'avais répandu sur mon passage la plupart des biens que je possédais ; je promis de l’or au nom du chef de Palmarès, mais l’habitation est éloignée, ton nom, quoique respecté, n'imprime pas la terreur. — Porte-lui, dit Zombé , tout ce qu'il demande, porte-lui plus encore, empresse-toi de revenir, ne me laisse pas dans la plus cruelle incertitude, Nous serons bientôt attaqués, mais tu dois être de retour avant que Varmée des Portugais n'arrive dans nos plaines, car les émissaires envoyés par mes ordres dans la capitainerie de Fernambouc m'ont dit + daient de nouveaux renforts avant de s

mettre en marche.» Le guerrier partit aussitôt, accompagné de deux cents hommes , il emporta de riches présens qui le suivaient sur plusieurs chevaux. Cependant le motif de son voyage se répandit bientôt dans la ville, et tout le monde se réjouit de ce que Zara était enfin retrouvée. Au milieu de la consternation générale, on pensait encore au bonheur d'un chef qui avait fait tant d'efforts pour rendre heureux tous les siens; mais il aurait fallu que Mery, dans l'enceinte ou elle vivait paisiblement, ignoràt toujours cette nouvelle, et il sembla qu'on se fût empressé à la lui apprendre. Alors le repos qu'elle goütait depuis quelque temps s’éloigna ; les illusions qu’elle avait pu concevoir se dissipérent, et le plus sombre

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