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CHAPITRE XXXIII

La guerre.

CEPENDANT les préparatifs de la défense étaient presque terminés , et l’on s'aperçut bientôt combien l’activité que les chefs avaient déployée devenait nécessaire, car l'ennemi n’attendit pas, comme on le pensait, une saison favorable. Au bout de quelques jours on vit arriver les cultivateurs plus effrayés ; ils dirent que l’armée serait bientôt sous les murs de la ville, et que rien ne semblait devoir lui résister. « Nous seuls avons ce pouvoir, dit Zombé, et ils ne nous ont pas encore attaqués; nos remparts seraient faibles si nous ne savions les défendre. Quand les flots de POcéan nous ont portés sur leurs rivages, les blancs ont oublié qu'il y avait parmi nous des hommes que l'esclavage ne pouvait soumettre ; ils le sauront bientôt. Que veulent-ils nous demander dans ces déserts? Nous les avons fertilisés; nous ne leur paierons d'autre tribut que la mort. » Il monta alors sur les remparts, et il vit dans l'éloignement l’armée qui s'avançait : il jeta aussi un regard du côté du nord, car il craignait que le prince de

Benguela ne revint avant qu'il eût été vainqueur, et que les ennemis fussent dispersés. Il sonna trois fois de sa trompe ; les chefs se réunirent près de lui, en un instant les troupes furent rangées sur les remparts; chaque nation employait ses moyens de défense. lei l’on allait combattre en lançant une grêle de flèches; plus loin de robustes guerriers devaient rouler des pierres énormes ; d’autres se préparaient à se servir de la fronde ou

de la zagaie; les armes à feu avaient été réservées

pour les soldats les plus expérimentés, ou pour ceux qui étaient destinés à défendre les portes. Les assiégés garderent long-temps un profond silence; les Portugais ne s'attendaient pas à leur voir: présenter cette attitude imposante, et ils commencerent à se repentir d’avoir entrepris une conquête aussi difficile avec un aussi petitnombre d'hommes, car ils n'étaient que huit mille en comptant les sauvages et les Indiens civilisés : ; ils n'avaient pas même cru que l'artillerie füt nécessaire. Zombé, se fiant au courage de ceux qui devaient commander, ne voulut pas attendre qu'on Pattaquât en voyant cette faible troupe. À ses ordres, on entendit un effroyable cri de guerre, auquel les Indiens répondirent en faisant d’horribles gestes. Les portes s'ouvrirent, il s’élança dans la plaine

* V. Corografia Brasilica.

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et le carnage commença. Lei, le Tupinambas menaçait le Koromantin de sa massue tranchante,

et se sentait percé d'une flèche Partie des remparts : plus loin, l'Européen se mesurait avec le Mozambique; l'habitant du Congo se précipitait sur le Cahètes, il cherchait à assouvir sa haine pour un être qu'il détestait plus que tous les autres ennemis sans en connaître la raison. Le Carirys, lAymorès se promettaient d'horribles festins, et s'élançaient avec un courage féroce sur les habitans de Palmares. Ni les cris de ces redoutables ennemis, ni le bruit des armes à feu , ni le sifflement des flèches n'intimidaient les soldats de Zombé qui se précipitaient à terre, faisaient un feu terrible, et se relevaient sans qu'on les eût blessés ‘; mais comme ils se repliaient toujours sous les murailles, on crut que la terreur les emportait; on les suivit, et ce fut alors que le carnage devint plus terrible. D'énormes troncs d'arbres ayant encore toutes leurs racines, étaient étendus sur le sable et permettaient de tirer sans être aperçus; pendant ce temps, le feu redoublait du haut déffortifications , les fièches volaient avec plus de rapidité; les Européens tombaient de toutes parts sans pouvoir franchir les obstacles qu'on

leur avait opposés; les hurlemens des sauvages,

* C’est la manière de combattre des noirs fugitifs. V. Bryan

Edwards, Stedman, etc.

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les gémissemens des blessés, le son retentissant des cors se faisaient entendre de tous côtés et se mêlaient à un feufroulant dont le bruit ressemblait à celui du tonnerre.Palmarès crut un instant ses ennemis anéantis, et peut-être l’auraient-ils été si le chef des Mozambiques ne se fût empressé de rentrer pour ravir à son rival une partie de la gloire qu'ildevait acquérir. Zombé dispersa ses courageux ennemis; mais ce futsans leur ôter l'espoir d'asservir unjour la cité: alorsil gagna la porte du centre et fit rassembler les chefs. « Nos guerriers, dit-il, ne devaient point vaincre à demi; ces campagnes , en attestant notre gloire , pouvaient nous garantir de toutes les invasions; maintenant, habitans de Palmarès, il faut prouver que si l’on arrive sous les murs de votre ville, on n’y rencontre queletrépas. Il y a des chefs que Je remercie de leur noble courage, il en est d’autres qui peuvent se dispenser de combattre, continua-t-il», et le Mozambique lui lança un regard plein de fureur; «ne quittons plus maintenant les remparts ; le sommeil ne fit jamais gagner de victoire, et ce n’est pas en goútant le repos que le lion rencontre sa proie. » Cependant tous ces guerriers fatigués ne purent s'empêcher de succomber au sommeil vers le milieu de la

nuit; mais Zombé veillait pour tous ceux qui l'environnaient ; il était couché tristement sur les remparts et pensait aux nouveaux efforts qu'il

faudrait faire le lendemain afin d'empêcher que la ville ne fût envahie. Tout-à-coup une femme se présente devant lui , etil reconnait sa compagne des bords du San-Frapcisco. « Eh bien ! lui dit-elle, chef de Palmarès, ne vaudrait-il pas mieux pour toi maintenant errer dans les forêts que de te voir entouré de tous ces guerriers? Je t'ai fait un bien funeste présent, en te conduisant chez la devineresse de Fida. — Tu m'as donné la gloire, dit-il, et je saurai la conserver ; mais toi, pauvre Mery, tu as quitté ta paisible existence pour venir adoucir mes tourmens; je croyais être plus sûr de la victoire, sans cela je ne t'aurais pas engagée à rester parmi nous. Sais-tu ce qui nous attend? une famine cruelle va se joindre aux horreurs de la guerre, et quand je leur demanderai du courage pour supporter tant de maux, ils m'accuseront peut-être de les leur faire endurer par une opiniâtre résistance : mais Je le jure par ma patrie, ces remparts seront renversés avant que je retombe dans l’esclavage.—Hier , pendant le cruel combat auquel je n'aurais pas voulu survivre si tu n'étais rentré parmi nous, dit-elle , j'ai gravi le rocher qui domine la ville, de là je distinguais les combattans, et j'ai vu parmi les chefs ennemis le Portugais qui m'a emmenée des bords du San-Francisco ; mon cœur a tressailli de joie, car j'ai pensé que dans les lieux où il était, on ne pou-

vait commettre de cruauté. —Eh bien ! jeune fille, cesse de partager mon sort, retourne parmi les Européens, il y aura encore des jours heureux pour toi. Vois-tu le soleil qui commence à éclairer de ses faibles rayons le sommet de ces palmiers que le vent du matin fait frémir ? quand il se cachera de l'autre côté de l'horizon, nous serons vainqueurs ou nous n'existerons plus; ces campagnes retentiront de cris de victoire, et personne ne nous accordera de compassion; alors tu viendras au milieu de ces ruines, tu célébreras nos malheurs, mon ombre se consolera en voyant que Pamitié survit à la gloire. —Zombé, ce n'est pas moi dont les accens pourraient te réveiller, il en est de plus doux que tu sauras entendre, et qui viendront me tourmenter même au-delà du tombeau où je descendrai avec toi. » Le vieil Adoë s'avança alors et elle disparut pour aller se joindre à ses compagnes. « Souverain de Palmares, dit le vieillard, ta vigilance se trouve maintenant en défaut : vois-tu du côté du levant, à la lueur de ce faible crépuscule, nos ennemis qui semblent se mettre en mouvement ? prouve-leur , mon fils, qu'on veille quand on ne veut point redevenir esclave.» En effet, Zombé jeta les yeux sur la plaine et vit qu'on se disposait à attaquer les murailles. «Nos armes à feu vont nous devenir inutiles après cette journée, dit-il, mais nos arcs les remplace-

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ront ; nos coups ne seront pas moins sûrs. Réveillez-vous, guerriers! réveillez-vous ; vous avez à immoler aujourd’hui bien des victimes. » Aussitôt Von entendit les cors retentir de tous les côtés. « Astre du jour, continua le jeune chef, cet hymne doit te plaire, il salue ton retour si tu consens aujourd'hui à éclairer nos victoires. En ce moment l’armée s’ébranle, et les Palmarésiens s'élancent à leurs postes. Ils ne combattent pas d’abord avec la même assurance que la veille, mais le désespoir ranime bientôt leur courage; car du haut des remparts ils entendent les gémissemens de leurs femmes; il semble que ces cris donnent plus de rapidité à leurs flèches, que les rochers roulent avec plus de pesanteur , que les armes à feu tonnent avec plus de bruit. En vain les assiégeans cherchent-ils à s'ouvrir une entrée à coups de hache, en vain placent-ils des échelles pour escalader les murailles, les terribles Africains, bravant les feux du soleil, renversent tout ce qui se présente au bruit de leur chant de guerre.

Ces assauts se renouvelèrent les trois jours suivans, Zombé sut les rendre inutiles; les Portugais, accablés par le nombre et n'ayant pas l'artillerie nécessaire, commencerent à murmurer en se voyant dans un désert brülant dont les habitans avaient dévasté les plantations ; les chefs

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tinrent conseil : ils virent que sans artillerie on ne pourrait réduire le courage des habitans de Palmarès, et ils se décidèrent à entourer la ville en s’en éloignant à quelque distance , jusqu’à ce que leurs émissaires fussent de retour avec les troupes qu'ils avaient demandées :.

* On s'adressa au gouverneur de la province pour obtenir des renforts et de l'artillerie. V. Corografia Brasilica.

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