V. Turnbull, Voyage autour du monde, Bibl. brit., t
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que de nombreux troupeaux couchés pres de chaque hutte. « Le coq y déploie au milieu de son sérail son joli plumage , ou il se perche sur les arbres pour y reposer. Les petits oiseaux gazouillent tout le jour sur les branches, et de temps en temps le roucoulement amoureux frappe Poreille comme au milieu de nos bois. Les naturels s occupent au bord de la mer à pêcher; ils prennent
des poissons dont les couleurs mouvantes varient
à chaque instant; ou ils ramassent des coquillages
connus à la vérité des naturalistes, mais dignes
de l'observation du philosophe, qui admire Vélé-
gance merveilleuse de la nature dans ses produc-
tions les plus communes ”. »
Ah! si jamais les îles de cet archipel deviennent le sujet d’un poëme, que d'épisodes touchans pourront embellir les plus charmans tableaux *. Aprèsnous avoir dépeint ces contrées telles qu’elles étaient au temps des premiers navigateurs, le poète Les animera d'une foule d'habitans se livrant sans cesse à cette douce plaisanterie, fille du repos et de la joie; il nous les peindra tels que Bougainville, frappés de tout ce que nous leur offrons,
1 V. Deuxième voyage de Cook.
* M. Hugo a déjà fait voir le parti que l’on pouvait tirer de la croyance et des mœurs de ces insulaires dans une charmante élégie où une jeune Otahitienne déplore le départ d'un
Européen.
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> JAI «ex sans daigner interrompre leurs plaisirs pour s'en occuper sérieusement *. Il nous fera voir un de ces heureux habitans qui, simaginant trouver partout la même félicité, suit des voyageurs dans leurs courses lointaines. OEdidée parcourt avec Cook des mers froides et orageuses ; il revient dans sa patrie, et ses récits, quoique véritables , semblent être à ses compatriotes les tristes fictions de Pimagination la plus sombre. Comment croire en effet, quand on n’a vu que des collines couronnées de palmiers, qu'il existe des montagnes dont la cime déserte n'offre aux regards que
des glaces éternelles? Omaï revient de l'Europe,
et ses regards attendris se portent sur ses anciens compagnons de voyage. Comblé de leurs dons, il voudrait leur faire partager le bonheur qu'il doit goûter ; il va partir, ses larmes sont prétes à couler, il regarde son bienfaiteur , et ne peut contenir ses sanglots ; il semble qu'il présage la cruelle destinée que le sort réserve au plus hardi des navigateurs E
Plus loin, ce sont deux jeunes filles parées des attraits les plus piquans, que Vancouver ramene dans leur pays, d'ou une indigne trahison les arracha; enlevées sur un batiment ou la confiance les avait conduites, Raheina et Tymarow ont
Voyage autour du monde, p. 220,
? Troisième voyage de Cook, t. 2, p. 230.
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quitté en poussant des cris de douleur le pays qui les vit naitre; un bienfaisant Européen les ramène ’, etleurs chagrins neseront peut-être jamais effacés. Parées des gráces de l’Europe , unies à la simplicité sauvage , 6 Raheina , tu suis des yeux la voile qui entraîne ton libérateur; tu lui reproches Paccomplissement de ses devoirs; tu lui envies sa fermeté, tu ne vois point que quand le rivage a disparu, il s'est détourné pour essuyer une larme pat
Le poëte pourrait encore nous représenter quelques-unes de ces syrènes, presqu'aussi fatales pour les navigateurs que celles d’'Homère, leur faisant oublier leur patrie et mépriser la voix de Phonneur. Peignant l'influence du climat le plus délicieux sur lesprit grossier des matelots, il nous ferait
voir des hommes qui n'avaient pas craint les dan-
gers, ne pouvant résister à l'attrait du plaisir. Un infortuné navigateur, allant chercher à Otahiti l'arbre à pain, pour répandre ses bienfaits dans le reste du monde, est tout-a-coup abandonné par son équipage, qui se soulève contre lui. Jeté avec quelques matelots dans un frele esquif, il est pendant long-temps le jouet de l'océan; et quand il vient d'échapper à la fureur des flots , les traits des sauvages le menacent : il périrait sans doute,
sil n'était conduit par la Providence, mais il
* Vancouver, Voyage autour du monde, í 2, Pp: 229. À ) “
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e» 345 e aborde enfin dans Pile de Coupang, il y trouve la fin de ses maux :.
Les femmes d'Otahiti, douées par la nature de tant de charmes, ne mériteraient-elles point d’être célébrées plus fréquemment. Trop souvent elles captivèrent des étrangers, mais combien de fois elles ne recurent que des outrages en échange de leur amour. Croyant à la vérité de ces vaines promesses que laisse échapper si facilement la bouche trompeuse des Européens, presque toujours des larmes amères ont fini par leur dévoiler ce que leur cachait une aveugle confiance. Je ne parle pas ici de ces Otahitiennes qui s'abandonnaient à tous leurs penchans, nous savons que souvent la modestie s’alliait à la beauté , et que ce fut l'innocence que l’on trompa.
Dans la description de cette île, il ne faudrait pas oublier les jeux des habitans, leurs funérailles et leurs croyances religieuses, si poétiques à tant d'égards. Commençons par leurs plaisirs. Bougainville nous dit qu'une douce oisiveté était le partage des femmes, que le soin de plaire devenait leur plus sérieuse occupation ; aussi cherchaient-elles tous les moyens de développer les charmes dont la nature les avait comblées. Tan-
tôt, déployant à la fois la grâce et la force , elles
: Peron, Voyage aux terres Australes, t 1, p. 109.
se livrent au pugilat avec une ardeur extrême. Mais par une suite touchante de la douceur de leurs mœurs, aussitôt que l’une d’elles est tombée, l’autre Pembrasse tendrement, elle semble mépriser sa gloire pour ramener sa rivale à l’idée du plaisir *. | es
La danse, chez ces peuples, devient une sorte de passion : elle ne se borne point à l'exécution de quelques pas, elle représente presque toujours des scènes d'amour ou des combats. Sous un climat délicieux, ces pantomimes devaient se répéter plus fréquemment que partout ailleurs. Un paysage à la fois noble et gracieux leur servit de théâtre; des hommes, accoutumés à ces espèces de pastorales, ne tardèrent point à imaginer un spectacle plus varié: bientótils ne se contentèrent pas de peindre l’action par de simples mouvemens , ils voulurent que des paroles exprimassent les impressions que leur causaient la nature, Pamour, une religion plus poétique que celle des autres nations barbares. Les représentations théàtrales naissent donc, chez les peuples de cet archipel, des jeux avec lesquels ils ont une véritable analogie ; ces jeux eux-mêmes ne deviennent habituels que sous le plus beau climat,au milieu de l'abondance et du repos. N'avons-nous point en
* Turnbull, Vovage autour du monde.
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Europe une preuve de cette influence de la na-
ture sur la poésie dramatique ? N'est-ce point sous le beau ciel de la Grèce et de Pltalie que se sont élevés les premiers théâtres?
Dans les îles de la Société, les heava, toujours mêlés de danses et de chants, ressemblent davantage à nos opéras, qu'à la comédie ou au drame tragique *. Les acteurs sont pris dans tous les rangs de la société; les sœurs même du roi, comme nous Papprennent plusieurs voyageurs, adoptaient un rôle dans ces compositions improvisees , dont le plan se conservait sans doute par tradition, et auxquelles l’arrivée des Européens donna probablement un nouveau caractère.
La religion des peuples sauvages tient de si près à l'aspect de la nature, et a une si grande influence sur la poésie , que je crois devoir parler de celle des Otahitiens, qui servait de base au culte des autres îles. Ces nations avaient peuplé leurs collines et leurs bocages de divinités, mais ils ne donnaient de pouvoir supérieur à aucune d’entre elles *. Comme pour former un horrible contraste avec la douceur du reste de leur mythologie, ces dieux exigeaient d'abominables sa-
crifices ?. Les insulaires croyaient que l’âme est
* V. Vancouver, Voyage autour du monde. t, 3, p. 46. * Anderson, troisième voyage de Cook, & 2, p. 301.
3 Cook, Vancouver, Turnbull.