‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 9 sur 99 · LS DE · texte numérisé non relu

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déracinées par le vent, tombent à terre avec grand bruit. Des milliers de plantes grimpantes de toutes les dimensions, depuis la plus mince jusqu'à la grosseur de la cuisse d’un homme, et dont le bois est dur et compact, des bauhima , des banistéria, des paullinia et d’autres, s'entrelacent autour des arbres, s'élèvent jusqu’à leurs cimes où elles fleurissent et portent leurs fruits sans que l'homme puisse les y apercevoir. Quelques-uns de ces végétaux ont une forme si singulière, par exemple, certains banistéria, qu'on ne peut pas les regarder sans étonnement. Quelquefois le tronc autour duquel ces plantes se sont entortillées, meurt et tombe en poussière. L'on voit alors des tiges colossales entrelacées les unes les autres en se tenant debout, et l’on devine aisément la cause de ce phénomène. Il serait bien difficile de présenter fidèlement le tableau de ces forêts, car l'art restera toujours en arrière pour les dépeindre *. »

Il y a dans les forêts du Nouveau-Monde une harmonie parfaitement d'accord. avec ce qui frappe les regards; comme tout est grand , imposant et majestueux, le chant des oiseaux ou le

cri des divers animaux a quelque chose de sauvage

* La magnifique gravure de M. de Clarac peut seule donner

une idée de ces scènes imposantes.

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et de mélancolique.Ces cadences brillantes et soutenues, ce gazouillement léger, cesmodulations si vives et si gaies se font entendre moins fréquemment que dans nos climats, ils sont remplacés par des chants plus graves et surtout plus mesurés. Tantôt c'est une voix qui imite le coup retentissant du marteau sur l’enclume, quelquefois les oreilles sont frappées d'un son qui ressemble à ce bruit que fait en se brisant la corde d’un violon. Les perroquets varient leurs croassemens ; les perruches joignent une espèce de sifflement à leur ramage, une foule d’oiseaux de proie poussent un cri funèbre. L'anheima *, au temps de ses amours, fait entendre un roucoulement plus fort et plus mélancolique que celui de notre colombe : enfin il existe dans les forêts des sons étranges qui vous font tomber dans un profond étonnement. Mais souvent au coucher du soleil, quand les oiseaux ont cessé leurs chants, on entend au sommet des arbres les plus élevés un bruit qui remplirait d’épouvante si Fon ignorait ce qui le cause. Des murmures semblables à

la voix humaine annoncent que les guaribas

* Ou kamichi; on ne le trouve guère cependant que dans les endroits marécageux.

2 Simia Beelzebut. Linn. M. de Humboldt dit qu’on entend son hurlement à huit cents toises, surtout par un temps humide

et orageux.

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tiennent une de ces assemblées qui ont lieu pour saluer Vastre du jour. Leurs accens prolongés de la manière la plus funebre ont fait croire à quelques hommes peu accoutumés à réfléchir , que ces animaux rendaient hommage à Satan et lui payaient un tribut qu'il exigeait. Ce chant a cependant quelque chose d'imposant à Pheure où le jour fuit, il agrandit la scene en la remplissant de tristesse, et Pon n’est point surpris que le voyageur déjà ému par la sombre horreur des forêts qu'il vient de parcourir, attache quelques idées de superstition à ces réunions mystérieuses qui épouvantent l'homme ignorant.

Si c’est au lever du soleil que les habitans de l'air font entendre leur brillant ramage, j'ai remarqué fréquemment que les quadrupèdes dans le Nouveau-Monde choisissent l’heure ou le jour va disparaitre pourle saluer par leurs derniers cris. Ceux que la force et le courage rendent les plus terribles, semblent alors se réjouir comme s'ils célébraient leur triomphe sur les victimes qu'ils ont immolées. Quand le jaguar et le tigre noir poussent leurs rugissemens, ils remplissent la forêt d'un bruit majestueux, mais qui fait naitre Vinquiétude. Les animaux paisibles en les entendant se taisent tout-à-coup , comme s'ils craignaient de mêler leurs voix à ces accens de domination. Si le vent vient alors à souffler avec plus de violence,

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qu il agite la cime élevée des arbres, qu'il courbe “en mugissant les palmiers , qu'il mêle avec bruit les festons de lianes, qu Vil s’eng ouffre dans les sombres profondeurs de ces forêts primitives, ilen sort un murmure si funèbre, les voix x du guara ù du couguar et du chat sauvage deviennent tellement effrayantes, que l admiration disparaît pour faire pre à laterreur. |

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