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Un Yakcha , esprit céleste, auquel on a confié la garde des superbes jardins de Kouvera, le Plutus des Indiens, manque à son devoir et ilest exilé loin de celle qu'il aime, c’est ainsi qu'il déplore son malheur : :
« Ton ami, quoique séparé de toi par l’imprécation de Kouvera , est toujours présent par la pensée dans les lieux que tu habites ; ton image chérie, combien de fois ne VPa-t-il point tracée sur les arides rochers qui l'entourent! Mais autant de fois elle a été effacée par ses larmes ameres : dans chaqué objet que lui offre la nature il. cherche à tapercevoir. La liane flexible lui représente la souplesse de ta taille ; la lumiere argentée de la lune , la blancheur de ton teint ; le lotus azuré, la douceur de ton regard; mais chacun de ces objets ne possède qu'une partie de tes charmes; toi seule, réunis dans ta personne tous les genres de beauté , ses soupirs répondent à tes soupirs , ses pleurs à tes pleurs. »
Sans une observation exacte des objets de la nature , ce morceau perdrait une partie de son mérite , les comparaisons gracieuses qu'on y rencontre lui donnent un nouveau charme... Un nuage passe et le Yakcha le conjure d'être son messager. Mais cette charmante idée tient à tous
* Journal des savans, an 1817, p. 67
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les climats, et ce sont aussi des nuées légères que Marie Stuart charge de porter ses regrets sur les rives heureuses de la France ”.
Dans ces contrées, ou le soleil donne des couleurs si pures et si brillantes aux nuages, les inspirations poétiques qu'ils fournissent le plus habituellement , doivent être tres-différentes de celles que l’on concevrait dans le nord.Les images qu'ils présentent sont plus gracieuses ; quoique le gout les réprouve quelquefois et qu'on puisse les accuser d’être bizarres ”.
La nature de l'Inde offre nécessairement aux poètes une foule d’heureuses allusions, la plupart des végétaux y sont cultivés avec soin, et la religion, en les consacrant à certaines divinités, doit arrêter la pensée sur eux. Cest ainsi que le nénufar joue toujours un si grand rôle dans les différentes poésies samskrites, et qu'on le retrouve dans presque toutes les descriptions; mais il a fait naître, à mon avis, une des plus charmantes comparaisons que possèdent les différentes littératures. « La vie humaine, disent les
Indiens*, ressemble àla goutte d’eau qui roule sur
* V. la tragédie de M. Lebrun.
2 V. la fable arabe du Nuage et de la Prairie, traduite par Humbert. Journal des savans, an 1820, p. 531.
3 Asiatic annual register. Extrait de la Bibliothèque bri-
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la feuille du lotus : elle est aussi mobile et aussi incertaine. »
Les amis des lettres doivent se réjouir en pensant à"la mine féconde que nos orientalistes ont encore à exploiter ; les espèces d'épisodes que je viens de citer sont bien peu de chose pres de ces poëmes épiques , tels que le Ramayana, que Pon peut comparer aux belles conceptions de l'antiquité grecque; c'est là surtout où l’on trouvera de sublimes tableaux de cetie nature active que Pon ne peut sempécher d'admirer quoiqu'elle nous soit presque entièrement étrangère '.
On retrouve chez les Afehans, peuple voisin, moins avancé dans la civilisation, des morceaux de poésie qui ont un caractère de mélancolie trèsremarquable et où la nature joue encore un grand rôle. Qu'il serait heureux pour la littérature d’avoir la traduction de ce fameux poëme, que la plupart des individus de la nation savent par coeur, et qu'on entend chanter en tous lieux! Cette fiction charmante mérite d’être rappelée ici. Comme dans Medjnoun et Leila, ce sont deux amans qui s'aiment et ne peuvent s'unir à cause de Vinimitic
" V. Bibliothèque universelle, t. 12, p. 361. M. Schlegel en parlant du Ramayana, dit que, comme dans Homère, le style est grand et simple, ct qu'on s'accoutume bientôt à la nature élrangére et originale d’une zône lointaine, de même
qu'au caractère d'une race d'hommes st différente de nous.
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qui règne entre leurs familles. Audam, le plus brave des jeunes gens de sa tribu , voit bientôt la belle d'Oorkhauriée passer dans les bras d'un rival; il lui écrit, lui peint son amourfet obtient la permission de la voir en secret, sans rien changer à la pureté des sentimens qu'elle a pour lui, L’époux est bientôt informé de ces mystérieuses entrevues ; il veut en tirer vengeance; surprend son rival dans un lieu écarté, le blesse, malgré la plus courageuse défense, et croit lui avoir donné le trépas. Rempli d'une odieuse joie, ül pense qu'en annonçant lui-même une mort qui n’a point satisfait toute sa haine, il va soumettre son épouse à.la plus terrible des épreuves; il espère connaître enfin ses véritables sentimens. Le seul plaisir d'Oorkhauriée, durant les absences prolongées de son amant, était de cultiver deux plantes auxquelles elle avait donné le nom d’Audam et le sien; mais au moment où le jeune guerrier avait reçu une profonde blessure, elle s'était aperçue que la fleur qui lui était consacrée se fanait et paraissait languir. L'inquiétude que lui donnait ce funeste présage durait encore quand son époux parait un glaive sanglant à la main, etse vante de Pavoir plongé dans le sein de l’infortuné Audam. D'Oorkhauriée ne peut survivre à un malheur aussi affreux ; ellemeurt. La nouvelle de cette
fin tragique arrive jusqu'à Audam, qui expire en
prononçant le nom de sa bien-aimée. Mais leur amour triomphe delamort et quoique leurs corps soient ensevelis bien loin Pun de Pautre, ils se réunissent dans le même tombeau. Bientôt deuxt arbres prennent naissance dans le lieu où ils reposent, et ils entrelacent leurs Pr pour les couvrir. d'un ombrage éternel.
Après. avoir indiqué sommairement le parti que la poésie peut tirer de quelques scènes de la nature dans l'Inde, je crois devoir passer aux peuples mois avancés en littérature. avant de continuer à parler de ces charmantes. descriptions que l’on rencontre dans les voyageurs quionts visité d’autres parties de l'Orient.
Les îles de Parchipel Indien offrent, en général, les sites les plus variés; l’on y trouve tour-à-tour
la magnificence dés forèts du nouveau monde et Pheureuse fertilité des champs de l'antique Asie : des volcans y vomissent leurs flammes, de paisibles vallées présentent les beautés toujours venaissantes d'un printemps éternel. La poésie, qui trouvait tant d’inspirations diverses, ne s'est point bornée à un seul genre de composition ; l’on retrouve dans Pile de Sumatra et dans les contrées du voisinage une littérature assez variée: Des poëmes , des drames, des espèces d'élégies , * V. Bibliothèque universelle, Description du royaume de Caboul par Elphinstône , t. 1, p. 168,
des fables ou les scenes de la nature sont souvent mises à contribution, font concevoir une idée assez avantageuse du génie poétique de ces peuples et de leur facilité à saisir les comparaisons. Toutefois, comme nous ne sommes pas habitués aux divers objets qu'ils ont sous les yeux, nous ne pouvons guéres les juger sous ce rapport; il faudrait être parfaitement instruits de la physionomie des plantes et des fleurs, de l'éclat de certaines pierres précieuses, de la couleur de quelques insectes ou de quelques oiseaux. Pour donner cependant à mes lecteurs une légère idée de la manière dont les Javanais essayent de peindre leurs beautés, j'offrirai un fragment d’un poëme tiré des ouvrages de Raffles *, en observant toutefois que la langue malaise a une douceur et un charme qu'il n'est guère possible d’avoir conservés dans deux traductions successives.
L’exagération , sans doute, y est portée au plus haut degré, mais Papparente bizarrerie des comparaisons disparaitrait probablement à nos yeux, si, comme je Pai déjà dit, les objets qui y donnent lieu nous étaient familiers.
« Son éclat était si vif, dit l’auteur en parlant d'une jeune fille, que lorsque le regard de Pad-
miration se portait sur elle, cet éclat se réfléchis-
* V. History of Java. Extrait de la bibliothèque universelle ;«t. 7, p: 391.
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sait dans le ciel; le soleil même perdait de son
lustre lorsqu'elle se montrait; l’on pouvait croire qu'elle lui avait dérobé ses rayons. Sa beauté était si parfaite, que c'est en vain que l’on voudrait ia décrire : rien ne manquait à sa taille ; ses cheveux tombaient derrière jusqu’à ses pieds; son front ombragé des boucles de sa chevelure, ressemblait à la pierre Chinduna, et avait la régularité d'une frange; ses sourcils étaient semblables à deux feuilles de l'arbre Imbo, le côté de l'œil qui se trouvait le plus éloigné du nez était long et fermé, la prunelle grande et les cils supérieurs légèrement tournés en haut. Des larmes baignaient ses yeux sans en sortir; son nez était affilé et pointu, ses dents noires étaient égales et brillantes comme le kombang, ses lèvres étaient de la couleur de la peau du mangoustan récemment coupé. Ses joues avaient la forme du fruit du ren; la partie inférieure était légèrement avancée; ses oreilles étaient aussi belles que la fleur gauli, son col ressemblait à la gracieuse feuille du gadung qui est nouvellement éclose. » |
Toutes ces comparaisons sans doute ne flatteni guére, notre imagination, mais il n’en est probablement pas de même pour Ie Javanais. Elles le ramenent à coup sür vers des idées gracicuses auxquelles nous sammes tout à fait étrangers. Ce
qui est peut-être ridicule à nos veux, deviendrait
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charmant après une observation exacte de la nature du pays. Nous avons d’ailleurs des preuves que les poetes, quand ils emploient les objets de comparaison familiers à tous des hommes, en
‘tirent un parti qui nous donne un peu meilleure
opinion de leur talent; j'en offrirai ici une preuve, et il me serait facile de les multiplier.
« L'amour, disent-ils, passe des yeux aux cœurs comme l’eau des fontaines coule dans les rivières.
« L'amour qui nait le premier jour qu'on se voit, est comme les torrens qui se précipitent des montagnes sans qu'il y ait plu *.»
Du reste, les Javanais ont des ballades nationales que l’on peut comparer aux fameuses odes persanes , et par conséquent les phénomènes de la nature doivent y jouer un grand rôle. Ils portent leurs observations poétiques sur tout ce qui les entoure; M. Crawfurd méme assure qu'il y a un théâtre à Java où l’on voit des hommes revêtus de peaux de lion, de tigre et de divers autres animaux, qui imitent leurs cris et rappellent leurs habitudes >. |
Chez les Javanais comme chez plusieurs autres peuples situés entre les Tropiques, la danse a
quelque chose de solennel ; ce n'est pas seulement
un divertissement favori, on la considere comme
* Deschamps, Voyage dans l'intérieur de l'ile de Java.
* History of the Indian archipelago.
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= 309 “+ une action qui tient à ce qu'il y a de plus i important dans les événemens de la vie. |
C'est en dansant qu'on exécute certains ordres du roi et que les messagers se présentent devant lui; les ambassadeurs eux-mêmes exécutent des danses graves en paraissant devant le prince .Les malheureux condamnés à combattre des animaux féroces , doivent s'y préparer par de certains pas consacrés à ces tristes occasions.
Il ne faut pas aller chercher dans ces contrées des souvenirs agréables : sans cesse bouleversées par des divisions intestines ou par la cupidité des Européens, elles n'offrent que de funestes récits ; mais si l’on sé rapproche des pays fertiles baignés par la mer Jaune , on rencontre une île heureuse qui semble être l'asile de la Paix et que les poètes pourraient consacrer à cette divinité. Les paisibles habitans de Lew Chew savent si bien ‘apprécier les avantages de l'union, que Pon ne trouva pas un seul instrument de guerre parmi eux. Lorsqu'ils virent les Anglais faire usage de leurs armes à feu, ils les prièrent instamment de ne point tuer les oiseaux qui s'étaient réfugiés autour de leurs habitations, parce que c'était pour eux un plaisir que de les voir s'élever dans les airs en liberté >. Tout peignait en un mot les
" V. Crawfurd, History of the fudian archipelago.
* Bibhothèque universelle, t. 7, p. 267.
= 590 «<< plus doux sentimens, et les navigateurs cuxmêmes envièrent la félicité de cette île, que la Providence semble avoir favorisée plus que toutes les autres contrées de la terre”.
* M. Léod, auteur du Voyage dont nous tirons ces détails, dit : « Les prairies et les paysages enchantés que l'amiral Anson a dépeints dans les îles de Tinian et de Juan Fernandez, se retrouvent plus en grand à l'île de Lew Chew. Les produc-
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tions des Tropiques et de l'Europe y sont réunies.