‹ Scènes de la nature sous les tropiquesChapitre 93 sur 99 · FE · texte numérisé non relu

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sa g e pagneront dans mon triste voyage; et d'ailleurs ces lieux que je vais parcourir ne me parleront-ils pas de vous? Ils me diront de combien de résignation vous avez eu besoin, de quel courage il a fallu vous armer pendant toute votre vie; et ces conseils que je trouverai dans les contrées lointaines ne me seront pas inutiles. — Partez, puisque rien ne peut plus vous retenir au milieu de nous, fuyez Lisbonne, mais n'oubliez pas long- à temps votre ami. Les années, et plus encore les fatigues le forcent à s'arrêter : il. vous accompagnerait s'il osait encore montrer dans les terres étrangères cette tête blanchie au milieu des combats ; elle atteste en même temps l'ingratitude de Lisbonne et mes travaux. Mais je cacherai désormais les torts de ma patrie en célébrant ses conquêtes : nous nous retrouverons, mon ami, le

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temps et les voyages auront alors effacé quelques-unes de vos peines; peut-être aussi que la gloire m'aura couronné de quelques lauriers.

Depuis ce moment, le poète commença à donner au jeune religieux tous les conseils nécessaires pour le guider dans ses longs voyages; il ne voulut plus habiter le couvent, ilse retira avec son esclave à quelque distance, dans une habitation | isolée , où il voulait terminer ce poème immortel qui parut quelques années après. Ce fut là que Jozé Indio vint un jour lui faire ses adieux ;

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il partait avec la flotte de l'Inde , et il n'eut que le temps de serrer dans ses bras l’homme respectable qu'il chérissait comme un père. Mais alors il regretta vivement ses richesses; car il eût quitté Lisbonne avec moins d'amertume sil avait pu les offrir à son ami, dont il prévoyait la pénible position.

H sembarqua sur un de ces bâtimens qui allaient chercher les richesses de VAsie, et qui ne portaient en échange à ce malheureux pays que les fers de ses Conquérans. Quand durant le cours d’une pénible navigation, il entendait souhaiter l'aspect de la terre, il s'écriait avec amertume : ils y trouveront peut-être le bonheur ; moi je préfère la vue de ces flots ; n’estce point là l’image de ma vie ?... Ils n’ont pu se calmer, le vent les brisera sur quelque lointain rivage...

Enfin il débarqua dans la capitale des Indes Portugaises ; il reconnut la vérité de tout ce que lui avait dit Camoens. Vers la fin du regne de Jean III, les Portugais n'avaient plus cette valeur qui étonnait l'univers lorsqu'ils étaient conduits par les Albuquerque etles Almeyda: les guerres entreprises sur la côte de Malabar et dans les Moluques les avaient accablés ; ce n’était plus Pardeur des conquêtes qui les entrainait, c'était Pamour des richesses; l’avidité du gain. En réunissant leurs effor ts, les

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>> EN princes de YInde s > btalent promis “de. les v cainort et leur courage avait reçu la plus: noble des récom- + penses; ils se voyaient en grande. partie | ibre es du joug des étrangers. — Hélas! dit un vieux güerrier E que José Indio interrogeait. sur Pancienne puis- . sance de ses compatriotes dans cescontrées, nous | ne sommes plus au temps ou don. Constantin UE 2 sait avec une poignée d'hommes la conquête de la ville de Daman; ou. Luis de Atayde à asservissait la république de Bracalor. Vers cette épo- j que , six cents Portugais suffisaient pour défendre la ville de Goa contre les efforts d’Hidalcan qui Passiégeait avec cent mille barbares suivis de deux mille éléphans de guerre. Rappelez-vous le siége . | de Chaul, et le prince Maluco, obligé de fuir az apres plus de neuf mois de siège, quoiqu'il eût. : amené sous les murs de cette ville cent cinquante mille guerriers, que battit Francisco de Mascarenhas avec moins de mille Portugais : souvenezvous de Jorge de Moura, d'Antonio, délivrant. avec une poignée d' RARES la forteresse* d Onor, Le qu'une reine audacieuse faisait défendre par six ‘+ mille guerriers. Le Zamorin, en environnant la forteresse de Chaul, crut que elle retournerait en : & son pouvoir; Antonio uni à Diego de Menezes lui firent voir qu'il s était trop tôt flatté du suc- : ces, et qu'ils méprisaient les cinquanté mille: hommes qu'il voulait leur opposer; il ne fallait

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que deux cents de nos compatriotes à don Leonis Pereyra pour résister dans Malaca au roi d'Achem, qui venait avec deux cents navires portant quinze mille combattans ; ils s'éloignèrent après avoir perdu le fils de leur chef. Diego de Menezès était redouté sur toute la côte de Malabar ; les villes tremblaient à son aspect ; enfin la plupart des rois de l'Orient, quand ils se réunissaient pour chasser les audacieux Européens venus sur leurs rivages, se voyaient contraints de fuir honteusement. J'ai été témoin d’une partie de ces glorieux événemens qui se sont passés avec tant de rapidité; mais, je le répète, mon frère, le luxe est l'unique fruit qu'on ait retiré de nos conquêtes : le luxe prépare notre décadence.

José Indio ne voulut pas rester plus long-temps dans un lieu ou il se regardait comme inutile; il parcourut un grand nombre dé cités : il vit des hommes que les Européens méprisaient parce qu'ils ne savaient point les entendre, et qui se transmettaient cependant depuis des siècles les sciences que leurs conquérans ne devaient connaître qu'au bout d’une longue suite d'années ; mais si la singulière harmonie qui régnait dans les institutions de cette nation innocente et qui l'empêéchait d'adopter les mœurs des étrangers le frappa d'étonnement, il fut bien plus surpris qu'elle ne sût pas se dérober au joug des Musul-

=» 470 «x mans et des Chrétiens. Il passa donc au milieu de ces peuples innombrables qui préféraient leur long asservissement à une guerre dont le résultat — euút été rapide. Ce choix excita sa compassion ; mais il vit surtout avec peine que Pon n'avait que trop bien exécuté les ordres donnés à Joan de Castro, quand on lui recommanda d'employer les moyens les plus rigoureux pour extirper Vidolâtrie des Gentils.

Les scènes variées qui se passaient sous ses yeux pouvaient bien dissiper un instant ses souvenirs de Clara; mais il les retrouvait dans la solitude, comme on retrouve un songe pénible qu’on voudrait éviter. — Le Tage et le Gange, disait-il, entrainent dans leur cours les parcelles brillantes d'un or pur; que leurs flots ne donnent-ils l'oubli, quand Poubli serait presque le bonheur! Il n’y a que vous que je voudrais me rappeler, ô Camoens, vous que l’on méconnait. Sait-on que vous faites plus pour la gloire de votre pays que ces capitames que Pon admire au-delà des mers? Hélas! la renommée bien souvent ne sait pas distinguer un grand homme; et ne le reconnaît que quand. il descend dans la tombe !

Passant rapidement dans les lieux que son ami n'avait point visités, il recherchait tous ceux où il avait fait quelque séjour. Après avoir parcouru une grande partie des villes de l'Inde, délivrant

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=» 497 «x quelques prisonniers, secourant de ses conseils ceux qui semblaient avoir oublié que le chagrin sait traverser les mers; après avoir enfin engagé

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terre fertile qu'ils désolaient depuis près d’un siècle, il retourna à Goa: Ce fut la qu'il trouva une lettre de Camoens: plus de deux ans s'étaient écoulés depuis qu'il Pavait écrite. Elle lui apprenâit que son poème avait paru; que lon s'était contenté de lui accorder une faible pension ; mais que la réputation était réservée pour ceux qui se montraient à la cour, et que depuis long-temps il ignorait le chemin qui conduisait auprès des grands. La postérité sera plus juste, dit José Indio, elle répare les torts du siècle : que ne faitelle aussi revivre le malheureux qu’elle admire! À cette époque, la partie de l'Inde possédée par les Portugais était devenue plutôt le domaine des ordres religieux que celui des guerriers; l'ami de Camoens sentit qu'il y devenait inutile : il y avait huit ans qu'il errait de contrées en contrées ; le souvenir de sa patrie agitait souvent son âme d'une plus douce émotion. Maintenant, disait-il, Je puis revoir Lisbonne : je trouverai des consolations dans ces lieux qui aigrissaient ma douleur. À mesure que je me rapproche du moment ou je reverrai Clara, je sens un funeste plaisir à m'occuper d'elle; peut-être détruit-il ma vie

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