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magnificence; ils s'adressaient à son coeur, et bientôt ses larmes coulèrent.—Marbre insensible, qui tanime? s'écria-t-il, qui te fait dire d’une manière si touchante un adieu que cette bouche semble vouloir prononcer ?... Qui , d'un seul mot, a pu faire évanouir toute cette pompe pour ne me peindre qu'une âme angélique, qu'un amour éternel comme le mien... O Camoens! tu vis encore, et tu viens de me le révéler..... Rempli d'espérance, il ne quitta pas le reste du jour les lieux qu'il venait visiter; ce fut en vain, il semblait que le plus grand poète du Portugal dût acheter sa renommée par le plus profond des oublis. ñ
Il sortait du temple à regret, ses yeux se portaient encore vers le parvis ou plusieurs personnes étaient rassemblées, quand-un noir couvert des li- Se
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vrées de la misère s’avança vers lui en implorant sa
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bienfaisance. Si vous connaissiez mon maitre et son indigence, lui disait-il, vous êtes Portugais, vous
ne sauriez me refuser... Le religieux lui donna aus-
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sitôt la seule pièce d'argent qu'il possédât ; mais le sonde voix de cet homme l'avait frappé, il allait l’interroger, ses remercimens le convainquirent d’une vérité funeste. Antonio , Sécria-til, est-ce bien toi, qu'est devenu mon noble ami? Le noir couvrait de ses pleurs la main de l’homme bienfaisant qu'il avait reconnu. Il se précipita à ses pieds, et d'une voix entrecoupée par les sanglots, il s'écria : Vous me demandez mon maitre, et depuis.un jour entier j'ignore son destin. Tout me fait croire qu'il.est affreux ; hélas ! n'ayant rien à lui offrir jusqu'à présent, je n’ai osé le chercher. —Eh quoi ! s'écria José Indio en mélant des larmes améres à celles du fidèle serviteur , l’infortune sestappesantie si cruellement sur vous... Le plus grand homme d’une glorieuse nation sentant les horreurs du besoin ! — Écoutez » reprit le noir, vous êtes le seul à qui j'aie confié mon secret, qu'il soit à jamais inconnu. Depuis le départ du roi, la cour nous avait oubliés. La misère ne tarda pas à "se faire sentir; quand elle fut à son comble, mon noble maître me dit : Antonio , Jouis du seul bien qui me reste, reprends ta liberté... J'avais partagé sa fortune, son malheur ne m'effraya point. — Non, lui répondis-je, ce qui vaut plus que la liberté à mes veux, c'est de vous chérir, c’est de ue point vous quitter... Bientôt la fièvre s'empara de lui.... bientôt je le visen proie à toutes les hor-
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reurs de la misère. Alors J'allai implorer des secours en mon nom; souvent on me les refusa... Je n'osai prononcer le sien... mais quelquefois Je m'écriais dans mon désespoir : Ce n’est point pour moi, barbares, que je vous impiore, C'est pour un vieillard... il est illustre, puisque je tais son nom... il est vertueux, puisque je le sers... Quand mon maitre lisait notre détresse dans mes regards attachés sur lui, il me disait : Antonio, console-toi, je sais tromper les besoins de la vie, et la fin de mes maux est si rapprochée! Plongé alors dans une rêverie profonde, il parlait d'Atayde et de Ménezes, il vous voyait au milieu d'eux. Hier, je n'avais rien obtenu des cœurs endurcis auxquels je m'étais adressé; Je pleurais en regardant votre ami, je maudissais les hommes : Ne les accuse point, me ditl, depuis nos malheurs il y en a tant qui souffrent. — Et qu'ont-ils fait pour la gloire de leur pays ide plaçai près de lui ce qui pouvait encore le sou-
lacer : je m’éloisnai pendant un jour: ceux que o 9 J © k à
j'ai essayé d'attendrir sont bien coupables. Ce
soir je n'ai plus trouvé mon maitre, je Pai cherché
en vain dans les convens, jai parcouru les rues +
et les jardins ; il a voulu se dérober à mes larmes. Grand Dieu! rendezle moi!.... Mais l'espoir me reste encore de le trouver près de Sainte-Marie, car souvent il allait seul réver en ces lieux et ca-
=» OI ve cher sa misère. — Noble ami d’un Hidhtré, malheu- “reux,dit J osé Indio en se précipitant dans les bras
“du noir, la Providence va sans doute nous guider, ”
elle nous doit quelques consolations pour tant de maux. Ils se dirigèrent tous deux vers Sainte-
Marie, mais personne ne parut, personne ne put
répondre à leurs demandes. Alorsils résolurent de se séparer. Antonio espérait encore trouver le Camoens dans les jardins du palais de Sébastien ;
al indiqua au moine les lieux vers lesquels il de-
vait se diriger avec le plus d'espoir, José Indio nt et toujours en vain.
* Enfin, poussé par un'secret pressentiment, il “entra dans endroit ou il avait vu Clara pour la dernière fois. Il pénétra dans l'hôpital des pau-
-vres, et se prit à considérer tout ce qui len-
vironnait à la faible clarté du jour qui allait disparaître : il ne pouvait avancer , les souvenirs se pressaient dans son cœur... il lui était impossible de franchir les dernières arcades pour se rendre dans la salle la plus vaste: il s'appuya contre un pilier, et il écouta une voix quise plaignait à quelque distance. Celui qui parlait, c'était un vieillard couché sur un lit de douleur; un casque, une épée ; quelques livres étaient étendus à terre pres de lui, etce vieillard, c'était Camoens... Hélas! dit-il d'une voix mourante, en entendant quelqu'un
s'approcher, on me donnera sans doute un linceul
= 492 « après ma mort : jusqu à présent on me l’a refusé. Le moine, effrayé de tant de misère, le couvrit de son manteau ; mais il ne Pavait point encore reconnu. Tout-à-coup il le pressa sur son sein, et leurs larmes se confondirent. Est-ce bien vous, José Indio, sécria Camoens....; est-ce bien vous que J'ai si long-temps attendu? et il le pressa sur son coeur... Hélas ! continua-t-il, « comment se peut-il faire, que sur ce lit qui tientun si petit espace, la nature ait rassemblé tant de maux ? » — Ils s'adouciront, mon père. — Jamais : je meurs avec la gloire de ma patrie”. Hélas! dit-il encore en pressant une main qui cherchait à réchauffer les siennes, un esclave demanda Paumône pour moi et souvent ne put l'obtenir... je n’ai pu supporter sa douleur. Mais sa noble pitié me soutint ; voilà les honneurs qui m'étaient promis... ; voilà les biens dont ils m'ont comblé. Quand un jour ils vous diront : la gloire lui appartient comme au plus grand de nos poètes, vous leur répondrez.... : le froid agita ses membres affaiblis par l'âge... ; il arrosa de ses larmes le pain qu’un mal-
heureux partageait avec lui....: alors son bras
y n'avait plus la forcesde soutenir un glaive.... et cependant, oh ma patrie, mes derniers vœux sont
pour toi... Mon père, s'écria José Indio, en voyant
* V. Souza, Vie de Camoens, p. 69.