‹ Scènes de la vie arabe (volume 2)Chapitre 15 sur 21 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Le Bois do Muley-kmaël. {SmUê^

Pendant que Mebrouk battait l'estrade, la cavalerie avait fait halte, et une scène touchante se préparait*

La brigade d'avant-garde était commandée par le général Oudinot, frère du colonel tué en 1834, ainsi que nous l'avons dit :

Le général était venu venger son frère et recueillir sa dépouille.

Il s'était fait accompagner d'un prêtre pour Texhumation, et l'on avait apporté d'Oran une bière, où les ossements du colonel devaient être pieusement enfermés.

La place où le colonel avait été enferré fut ciisenaent reconnue par les officiers de soii régiment.

On se Dûit à fouiller le soi en présence des chasseurs d'Afrique qui, rangés en bataille, assistaient, le sabre à la main, le cœur ému, à cette cérémonie bien faite pour éveiller chez eux un triste, mais glorieux souvenir.

On avait inhumé avec le colonel, dans la même fosse , un chasseur frappé , comme lui, d'une balle au front.

Le corps du chasseur fut retrouvé sdns mutilations aucunes, celui du colonel avait été enlevé par les Arabes; on n'en reconnut pas vestige.

Malgré la douleur que causa cette cruelle déception au générai, la cérémonie ne fut pas interrompue.

Sur un autel improvisé au bord de la tombe, le prêtre célébra une niesse basse que chacun écouta avec le respect inspiré ou plutôt commandé par la situation

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Grand et saisissant spectacle, en effet, fi l'on penie Que, parmi ces hommet , captivés par un pieux devoir rendu à la mémoire de leur chef et de leurs camarâdei morts au champ d'honneur, beaucoup peut-être allaient tomber bientôt, pour ne plus se relever ! Grand spectacle, que cette pompe militaire entourant, sur une scène pittoresque, au milieu d'un bois semé d'ossements blanchis et sur un plateau d'où l'on découvrait des horizons immenses, entourant, disons-nous, un humble apôtre du Seigneur, parlant, du fond du cœur, et pour les morts et pour tous ceux qui, à la fleur de l'âge, avaient cependant si peu de temos à vivre I

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Mais un événement inattendu se préparait pour donner plus d'ampleur à cette scène imposante,

L'office divin était à peine commencé, lorsque Mebrouk accourut de toute la vitesse de Messaouda, qui franchissait comme une gazelle effarouchée les broussailles épineuses.

— Abd-el-Kader! Abd-el-Kader ' cria Tentant sans s'inquiéter de la cérémonie dont il ne comprei^ait pas le caractère.

Nos cavaliers se dressèrent, tous a ia fois, sur leurs étricrs pour regarder^pardessus les futaies qui leur masquaient les coteaux environnants, ne virent rien et reprirent leur calme attitude.

-- Sidi-Abd-el-Kader et le goum des Flittas... Là derrière, ditMebrouk au général,,.

Le prêtre hésita un instant.

^^— Continuez, lui dit ^a voix basse le

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général ; rien ne nons presse, nous som« mes couverts par de» grand 'gardes.

Et Toffice continua sans que la voix du prêtre subît la moindre altération,

sana qu'un frisson d'impati nce courût dans les rangs de ces hardis cavaliers,

qui ne devaient cependant pas remettre

le sabre au fourreau avant de s'en être

servis.

Mebrouk n*avait pas donné une fausse alerte.

A force de foreter dans le bois, il

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avait reconnu des traces toutes fraîciies indiquant le voisinage d'une troupe considérable.

Puis, une vedette ennemie s'était enfuie à son approche.

Il l'avait suivi fort loin ; et, par une échappée de perspective, ses yeux de lynx s'étaient arrêtés sur des masses profondes qui venaient à la rencontre des

Français.

L'impassibilité du général fut pour le

frère de Salem ud fait étrange, incompréheDsible.

Il devina bien que les chrétiens priaient leur Dieu, mais il se disait que le moment était singulièrement choisi, et qu'à l'heure du combat toute prière devait être dite.

Bientôt, quelques coups de feu retentirent, et des balles lancées à toute volée sifflèrent au-dessus ides têtes de nos soldats.

Les Arabes que Mebrouk avait recon-

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