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nus de loin pour des contingent» Flittas se présentèrent prudemment, en longues lignes, et couronnèrent circulairement les plateaux qui dominaient le bois sacré.
On voyait leurs chefe, leurs plus habiles cavaliers parcourir en caracolan:, comme aux jours de fiantasia, le front de ces lignes hérissées de longs fusils, tachetées de burnous noirs et de burnoas blancs*
Des cris aigus roulaient dans les val-
^08 ui pna
ÎObg, cris de guerre, d'appels et de défis.*
Les sandjiacs (1) flottaient,portés par des maius vaillantes, et indiquaient aux contingents divers les points de ralliement dans le combat.
Peu à peu, encouragés par notre inaction, les Flittas osèrent descendre en partie dans la plaine, où ils se répandirent
(1^ Drapeaux, expression tirée de l'espagnol ; les Espagnols ont occupé Oran pendant long-
^eiJip».
DU SAii«. S0;>
comme un essaim d'abeilles, pour tirailler contre nos grand'gardes avec une insolence bravée par nos vieux chasseurs d'Afrique, ces rois de tous les terrains où ils peuvent lancer leurs chevaux.
Enfin, à ces derniers mots du prêtre ; Ite, miisa est (1), mots qui, dans ce moment, avaient une portée sublime, les escadrons se rompirent avec un saisissant cliquetis d'armes.
(Ij Allez, la messe est dite.
'^10 Ï,K PKIX
Le général monta vivement à cheval, donna quelques ordres, et les trompettes sonnèrent :
En avant !
On marchait à l'ennemi.
Mebrouk, ivre de joie, étrêignit avec fureur son fusil, rassembla d'une main ferme Messaouda, aussi impatiente que lui, fit retentir ses éperons sur ses larges étiiers, et partit à fond de train, précédant de foute l'ardeur de la Fille du
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vent l'escadron de spahis et le goum des Smélas, qui se jetaient dans la plaine, tandis que les chasseurs attaquaient les plateaux d'où l'ennemi continuait de descendre.
L'une des premières balles des FlTttas fut pour le général Oudinot, qui tomba blessé, à quelques pas de la tombe de son frère.
Les chasseurs, exaspérés par ce coup malheureux, abordèrent les plateaux
avec tant de hardiesse, qu'en un clin d'œii ils furent évacués.
Dans la plaine, la lutte fut mieux soutf^nue.
C'est là que nous suivrons Mebrouk.
La lutte fut mieux soutenue, disonsnous, et cela pour deux raisons :
D'abord, les cavaliers de l'émir, en-
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courages, par notre immobilité, s'étaient décidés à nous attaquer par un mouvement tournant, et lorsque nos spahis engagèrent l'action, ce mouvement était
déjà tellement prononcé, que la majeure partie des forces de l'ennemi avaient gagné la plaine.
Ensaite, si braves que soient les Arabes, notre tactique les trouble, et les charges à fond de nos chasseurs déroutent les combinaisons de ces peuplades dressées à l'école du Scythe et du Parthe.
Aussi, quand ces brillante cavaliers
en ont le choix, ils s'engagent avec les spahis et les goums de nos alliés plutôt qu'avec les vestes bleues (1).
Ils trouvent là un ennemi qui combat à leur manière, non pas à cette terrible ;arme blanche , muette et mortelle dans des mains françaises, mais au fusil dont les détonations animent les guerriers et enflamment les courages.
(î) L'uniforme deg chasseurs d'Afrique est bleu de ciel.
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La partie n'était pas égale.
Les Flitlas, trois fois plus nombreux que les spahis, les Douairset les Smélas. se jetèrent, avec de grands cris, au-devant d'eux, et, des deux côtés les fusils se touchèrent.
Mais si les Flittas jouissaient d'une réputation méritée, ils avaient affaire à un ennemi solide.
L'escçidron des spahis était, en 1835,
composé presque en entier de Turcs et de Kouronglis (1), passés du service du beyiik (2) au nôtre.
La plupart des simples cavaliers de cette troupe d'élite avaient été revêtus de fonctions élevées sous le régime turc;
(1) Lekourongli est fils d'un Turc et d'une femme arabe. Les kouronglis servaient presque tous dans la milice turque. Ce sont de vaillant» soldats, de braves hommes ei d'excellentes gens.
(î) Chaque province, sous le régime turc, était gouvernée par un bey institué et nommé par le
et, au souvenir de leur domination encore récente, ils avaient, pour les Arabes, ce niêoîe dédain qu'étalaient, pour leurs vassaux révoltés, les chevaliers du moyen-âge.
Le« Douairs et les Smélas ne profes-
pacha ou dey d'Alger. Le mot beylik a pour signification générale : le gouvernement, sous entendu du bey. Pour désigner qu'une chose, nn territoire, par exemple, appartient au gouvernement (à l'JEtat, selon nous), les Arabes disaient et disent encore, par rapport à notre autorité : ^Cest le bien du beylik, >
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sent pas des idées aussi absolues ; mais enfants du Maghzen (1); et habitués à voir les Arabes plier sous les lois de fer des pachas, ils s'estimaient très-supérieurs
(1) Maghzen f traduction libre: Magasin, Le Maghzen était, en effet, le magasin, Tarsenal des forces de la domination turque. Telle tribu faisait partie du maghzen lorsqu'elle était activement employée, soit à guerroyer pour les Turcs, soit à faire la police delà plaine et des pays soumis. Les Turcs avaient, autant que possible, désarmé les tribus ; leurs maghzen seuls avaient le privilège de porterie fusil . Dans la province d'Oran, les Douairs et les Smélas étaient du maghzen depuis cent cinquante ans, lors de noire installation.
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à des races qu'ils croyaient abâtardies.
Les spahis étaient, en outre, commandés par des officiers et des sous-officiers français d'une réputation toute faite.
Dans ces conditions, le succès ne pouvait qu'être chaudement disputé de part et d'autre.
«'.HAPITKË DIXIEME.
Le Boia de Muley-Ismaël. fSuiUj
Mebrouk fit feu lurle premierlcavalier qu'il rencontra, et, selon la coutume Arabe, il tourna bride aussitôt-
9A LE paix
Il suivait en cela les leçons et l'exemple que son frère Sale-n lui avait donnés, raais il n'eut pas été instruit dans Tart de combattre, que Messaoud^ l'aurait guidé.
La Eille du vent était trop bien dressée, trop docile et trop brave pour peî'dre la tête dans la mêlée, pour s'enivrer, comme une pouliphe inhabile, au pétillement de la fusillade, à i'odear de la poudra.
Elle savait qu'au coup de feu de son rjîfitre elle devait pirouetter sur sesjar-
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rets et mettre à Tabri, par une course rapide, la tête qui couvrait la sienne, le bras qui lui faisait honneur (1).
Mebroukse retourna, eu fuyant, pour voir si sa balle avait porté, et il aperçut deux Flittas qui jetaient le lasso à un de leurs frères étendu, sans mouvement sur le sol (2).
— Dieu est grand ! s'écria le brave en-
Ci) C'est la manœuvre que les chevaux bien dressés exécutent, d'eux-mêmes, à la guerre et dans les fantasia,
{"2) Lorsqu'ils sont pressés, les Arabes enlèvent IV 15
22t> lE fM\
fant 0 mon irère, nh-ais toi, eî que cette viciiiiie immolée te f.orte mon souvenir !
Messaonda, obéissant à la voix de son maître, modéra sa course.
Mebrouk rechargea son arme, et, de nouveau, prit carrière,, face à l'ennemi.
ainsi du champ tle bataille leurs liiorls, leurs blessés et souvent les prisonniers qu'il font ii l'ennemi.
Les F.iltas poussèrent tout-à-coup de grands cris, et on vit leurs nonibreux drapeaux {sandjiacs) se grouper au pied d'une colline séparée, par un ravin profond, des plateaux que les chasseurs avaient victorieusement occupés.
Prompts à saisir Tintention que révélaient ces cris et ces signaux, nos geas, Mebrouk en tête, poussèrent leurs chevaux en injuriant les cavalière de Témir, qui évidemment battaient en retraite pour ne pas être coupés par les chasseurs d'Afrique, dont on voyait briller les sabres.
insensibles aux outrages que leur prodiguaient leurs adversaires (1), les Flittas obéirent aux signaux, et se replièrent précipitamment^
Quelques-uns d'entre eux, cependant, superbement montés et grisés par la poudre, eurent le courage ou plutôt l'imprudence de vouloir couvrir la retraite.
On les vit bondir au sifflement des
(1) Au combat, les Arabes s'insuUeni des deux côlés, et les injures redoublent quand l'un des deux partis fait mine de plier.
balles, readre injure pour injure aux spahiset aux Stnélas, et faire flotteràchaque taraka (1) qui les épargnait par miracle, les pans de leurs burnous comme pour délier le destin.
C'est dans ce beau danger que l'Arabe est vraiment admirable de noblesse, de fierté, d'élégance et d'intrépide adresse dans l'art de gouverner son cheval qui,
(l)La taraka est une décharge générale; les Arabes, surtout les fantassins, estimeot beaucoup la taraka.
comme lui, doit mourir de la mort du guerrier.
Chez ce peuple amoureux des batailles, le lâche est une rare exception, mais il y a divers degrés de vaillance, et l'homme de grande fente ou de naissance distinguée doit à ses ancêtres de faire, en certaines occasions, des prodiges d'audace pour maintenir le prestige ^ de son nom.
Mebrouk s'arrêta brusquement et à cent pas d'un cavalier richement vêtu.
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monté sur un grand cheval gris, dont les flancs ruisselaient d'écume et de sang.
Le frère de Salem admirait ce chef qui, sans s'occuper des balles ricochait sous ses yeux, poussait avec son long fusil a capucines de coiail et d'argent, queîques-uns des entêtés dont nous avons parlé, trop animés par le combat pour obéir aux signaux du ralliement.
— C'est lui! s'écria tout à coup Mebrouk : par le péché d© ma mère f voilà le kaïd de Zemmora !
Ll PRIX
Me«saouda reçut aussitôt deux coups de cbabirs (t),et, à cette attîîque inatitendue, qui était, pour elle, un affrcnt, la noble bête se jeta, furieuse, dans le champ que lui ouvrait la main frémissante de son maître.
En quelques bonds, la Fille du vent tomba comme une panthère a dix pas du kaïd.
— Chien, fils de chien! ton heure est ^ é
(1) Chabirs, longs éperons fixés au coude- pied par des courroies.
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sonnée ! cria Mebronk, lève un doigt vers le Seigneur (1).
Brahim-ben-Taïeb regarda froidement son ennemi, reconnut le frère de Salem et, souriant de pitié à sa jeunesse, sans daigner même lui répondre, il fit passer son fusii de sa main gauche dans Sa uiàin droite.
Mebrouk ajusta le kaïd ; le coup par-
(1) Nous avons déjà défini cette expression : lever un doigt vers Dieu, c'est reconnaître et alteiter son unité souveraine, au moment d'expirer.
tit, ma^is la fureur l'avait guidé, et Ben- Taïeb s^tant jeté de côté, la balle brisa la pahtte de 8a selle sans Talteindre.
— Roumil (1) s'écria Beu-Taïeb en riant : retourne à tes chèvres et au haïck de ta grand'mère.
Le kaid crut que Mebrouk était désarmé.
Il ne connaissait pas les fusils dou-
(1) noumi, chréùen.
blés, et il se vit maître de la vie de cet adversaire indigne, et maladroit.
Aussi, trop fier pour l'honorer de sa poudre, il s'élança sur lui, pour décharger à deux mains, sur sa tête, l'un de ces coups de crosse formidables que les cavaliers arabes savent si bien asséner.
Ben-Taïeb, avant é'attaquerMebrouk, avait enveloppé d'un coup d'oeil la plaine et les plateaux.
Ce regard lui avait appris que les spa-
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hiB et les Smélas, entraîDés à la poursuite; s'étaieut jetés assez loin sur sa droite, que les Flittas de son goura 5e retiraient en bon ordre, mais que les chasseurs arrivaient.
Pour lui, il était donc temps d'en finir avec Alebrouk, qui seul en ce moment, allait être bientôt secouru.
Mebrouk avait vu se dresser l'arme terrible du kaïd.
Loin de la fiiir, il se porta en? avant et
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fit feu de son coup, au moment où le fusil s'abattait sur lui.
L'arme échappa des mains défaillantes du kaïd, mais elle avait été lancée avec tant de force, que, frappant Mebrouk a la joue, elle ensanglanta son visage.
Ben-Taïeb se renversa sur la croupe de son cheval, puis roula dans la boue qui couvrait la plaine.
Mebrouk mit rapidement pied à terre,
tira son couteau et posant un genou sur la poitrine de son ennemi qu'agitaient de violentes convulsions, il lui cria :
— Salem-ould-Kouïder, que tu as assine, t'avait prévenu ; il t'a dit :
a Souviens-toi, j'ai un frère ! »
Je suis Mebrouk, frère de Salem, et tu me paies le prix du sang !...
Une heure après cette scène, que la ju-
ment Messaouda avait contemplée, calme et au repos, Mebrouk arrivait à toute bride au bivouac de Taûcien commandant supérieur du camp du Figuier.
— Seigneur, dit Tenfant, je t'ai promis la première tête coupée dans cette guerre.», voici celle de Brahim-ben- Taïeb, kaïd de Z^mmora, ajouta-t-il en jetant au pied du colonel le hideux et sanglant trophée de sa première vengeance. Dieu est juste ! li est savant !