DU 5\KG
mains, il caressa pendant longtemps ses flancs encore agités, d'où le sang coulait par de longues déchirures; enfin, d'une voix aussi douce que si elle se fût adressée à Lella-Meryem, il lui avait demandé pardon de ces blessures, dont il fallait ac cuser le vertige qui s'empare du guerrier au combat.
Messaouda, lavée avec soin dans les eaux du Sig, s'était régalée d'orge choisie.
Puis, chaudement enveloppée d'une
djcllal ^(Jîgne de sa beauté, elle s'était coucbée pour réparer ses forces par le sommeil, plus sage que son jeune maître que trop de bonheur tenait éveillé.
A la diane, Mebrouk se sentit un peu lourd et engourdi, meis il n'en fut pas moins le premier à cheval de l'escorte du général en chef.
L'armée se mit en marche.
Le maréchal .appela Meb »i:k et lui dit :
— Eh bien 1 feras-tu la fantasia aujourd'iiui?
— Non, Seigneur.
— Tu crois donc que nous ne serons pas attaqués ?
■— Je suis sûr que Témir vous laissera voyager en paix.
— Et moi, es-tu donc persuadé que je n'attaquerai pas?
i56 LE PRIX
— L'ennemi est trop loin... Demain ::fera, s'il plaît à Dieu, un beau jour.
Le maréchal avait, à l'aide de sa grande expérience de la guerre et de la rapidité de son eoup d'oeil, pénétré dès la veille tout le plan de campagne de l'émir.
Il voulut faire causer Mebroak pour sonder cette jeune intelligence qui, souvent déjà, l'avait étonné, et il reprit-
Explique-moi les idées. Pourquoi
DU SàNG. 2ë7
voyagerons-nous sans coups de fusil jusqu'à demain ? Qui t'a dit que l'ennemi était trop loin, et où prends-tu que la journée de demain sera belle?
— Je sais cela par un signe infaillible,
— Oh I oh I tu es donc sorcier ?
— ■ Les sorciers sont pervers, seigBeur, s'écria Mebrouk, tressaillant au souvenir de Khalaf-bea*Chérif. Si votre bonheur vous eût instruit des stgnes du Livre évi-
dent (1), ajouta-t-il avec une naïveté chagrine, vous sauriez que toute consultation du sort est condamnée par le Très- Haut.
J'ai des yeux pour voir , une raison pour comprendre, et des oreilles pour écouter; tout ce que je sais a découlé de ces trois sources.
L'ennemi est trop éloigné pour venir
(1) Le Livre évident (Koran) appelle signe, les averiissemens ou miracles de la parole de Dieu, ^raduite par ses versets.
à Û0U8 aujourd'hui, je le répète... Regardez ces deux colonnes de fumée là-bas, là-bas dans la montagne, près de cei gpos rochers gris, les voyez-vous?
-^Oui,
— L'un des foyers répand une fumée lourde, épaisse, qui semble s'éiancer à regret dans les airs; l'autre feu, au contraire, jette une fumée blanchâtre qui flotte en panache et s'étend en nuages.
Eh bien ! la fumée lourde est plus pro-
^^ VB PRIX
che de noua que l'autre,., elle signifie ceci :
Nous nous réunissons p éniblement , nou ^ nous comptons.
La fumée blanche et légère dit
Dès que nous serons réunis , nous prendrons des ailes-..
— Si tu n'es pas sorcier, tu es du moins illuminé...