CHAPITRE DEUXIÈME
Faux témoignage.
Nous devons compte de révénement qui avait amené l'arrestation de Miloud,
La lettre de Khalaf-ben-Chérif, remise
LB paix
par le pauvre boîleux au juif Salomon expliquera tout. Voici ce que portait cette lettre, après les préambules d'usage:
c< Nous sommes chargés de te faire » savoir au nom de l'illuslre prince, » pieux et puissant émir, Sidi Abd-el- » Kader,— Dieu le protège dans tout ce » qu'il entreprendra ! —que les chré- » tiens,— Dieu les maudisse ! — te soup- » çonnent de nous être dévoué, que par » conséquent, ta fortune et la^ête sont » eu pcril. Si tu pouvais tuir et venir à » nous , nous t'ofiririons rixcspitaJité » due à tes services; mais ta iorttûe est ,) en maisons à Oran, el tu ne peux pfîs
» émigrer, laissant ta femme et tes en- X) tants ejQ otages à nos ennemis. D'autre » part, le zèle que tu déploies pour notre » cause t'est magnifiquement payé, de > sorte qu'avant peu, en cctfitinuant tes » bons offices, tu seras le plus riche de » ceux de ta religion.
» Il est donc indispensable pour toi, X) essentiel pour nous, que tu demeures » avec les chrétiens, et chargé de nous » éclairer sur tous leurs plans et projets.
» Pour atteindre ce but, tu devras \ donner aux infidèles une preuve de lo-
X) yauté capable de démentir les bruits » qui te menacent* Cette preuve, nous » venons te Ja fournir.
x> L'homme qui te remettra le présent j> message est un nègre nommé Miloud ; » il est vêtu d'un kaban de lame; dans » la doublure de ce kaban, sous la man- » che gauche, nous avons fait coudre » un billet qui est à l'adresse d'un en- » faut dès Garabas, nommé Mebrouk.
» Mebrouk est un transfuge, un réné- » gat, un païen, un misérable voué aux » tourmens de l'enfer. •. il s'est enfui
.) de notre camp, et il s'est réfugié chez * nos ennemis.
» Tu iras trouver, au reçu de cette dé-
> pêche, le chef des chrétiens, et, pre- » nant tes mesures, tu dénonceras le » nègre Miloud comme espion chargé » d'une mission secrète pour :iebrouk.
> Miloud sera pendu,, sans doute, à la » même potence que Mebrouk, mais le » malheur ne s^ra pas grand, et d'ail- » leurs le destin de cet homme est écrit, » nous n'avons pas à nous en occuper.
» S'il doit vivre, Dieu lui viendra en ai-
> de.
jv ,
» Afin de dous assurer de l'exactitude » de Miloud à te porter notre mesbage, » nous lui avons annoncé que tu le gra- » tifierais, par notre ordre, décent dou- » ros. Au lieu de lui payer cette somme, » tu la porteras sur la liste des libéra- » lités que ton zèle attend de notre éqiii - » table magnificence. — Nous Tacquit- > lerons. »
Salomon se faisait un gros revenu j;ar l'espionnage qu'il exerçait, dans no^o arrnée, au profil de l'émir.
Mais plusieurs circonstances l'avaient
assez gravement compromis près ueTautorité, et on avait Toeil sur lui.
U lettre de Khalaf était donc une bonne fortune dont il fallait au plus vite tirer parti.
Aussi, dès qu'il eut confié la garde de sa boutique à Miloud, Tisraélite courut chez Je commandant supérieur.
-" Mon colonel, lui dit-il, la jalousie cl voulu ine noirctr à vos yeux, moi qui, . ,ur intérêt comme par recoanaissance,
suis attaché aux Français. Ou a prétendu, je le sais, que j'étais vendu à Témir, et qu'abusant de ma position d'interprète, j'avais fourni aux Arabes des renseignements.
— D'où tenez- vous tout cela. Monsieur Salomon? interrompit d'un ton railleur le coloneL
— Vous m'avez brusquement retiré mon emploi d'interprète, et je m'aperçois bien de la surveillance déguisée qu'on exerce autour de moi
]DU SÀHG. 37
— Eh bien ! puisque vous êtes si bien instruit, monsieur Salomon, je n'ai rien à vous taire... Oui, vous êtes surveillé; oui, nous doutons de votre attachement; oui, nous croyons à votre double face; et, ceci dit, faites cas, je vous prie, du conseil que je vais vous donner : du jour où mes soupçons à votre endroit seront confirmés, j'exécuterai rigoureusement Tordre que voici.
Le colonel ouvrit une dépêche et la mit sous les yeux de Salomon.
Vous savez lire? continua-t-il, lises
et vous verrez que peut-être j'aurais dû déj à vous faire passer par les aniies comme un vil espion.
Si j*ai pris sur moi de surseoir à Texécuiion de cet ordre, c'est que j'ai voulu, par humanité ou plutôt par pitié, douter du crime dont vous êtes accusé... Mais prenez-y garde... marchez droit. «.
Pour être patient, je ne suis pas faible... Veuillez vous retirer.
— Ainsi ma vie, le sang d'un innocent étaient à la merci de quelques calomnia-
teurs, répondit Salomon, qui avait pâli en Tjarcourant l'écrit montré par le colonel.
Heureusement, vous êtes un homme juste que la Providence va récompenser d'une bonne action.
— Faites économie de complimens, MonsietiT Salomon, je ne me paie pas de cette monnaie.
— Eh bien! mon colonel, sachez qu'un complot se trame à la porte même de votre tente;... ce complot, je viens vous le dévoiler.
At, LE PRIX
— Oh! oh! arrivez au fait
— Ce jeune Arabe que vous garaez prisonnier et qui, déjà, vous a trahi, est un émissaire de Sidi-Abd-el-Kader.
— Qu'en savez-vous ^
— Je viens de recevoir la visite d'un nègre qui a quitté, ce matin, le camp de l'émir.
— Un boiteux.
— Précisémeût.
Vêtu d'un kaban bariolé '^
— C'est cela.
— Il sort d'ici ; c'est un messager de l'émir; il m'a remis une dépêche pour le maréchal.... Vous n'êtes pas heureux dans vos découvertes, Monsieur Salomon.
— Il vous a remis une dépêche pour Je maréchal ; mais vous a-t-il remis une
letire qu'il a été chargé de donner à Mebrouk, votre prisonnier?
— Quelle histoire me faites-vous là ?
— Mon colonel , ordonnez que le nègre Miloud vous soit amené; ordonnez qu'on ie dépouille de son kaban ; ordonnez que l'on découse le côté gauche de ce kaban, et si entre la laine et la doublure, on ne trouve pas une lettre adressée, au nom de Témir, à l'enfant Mebrouk, lettre qui prouvera son crime, faites-moi couper la tète, j'aurai mérité la mort.
— Où est, à cette heure, le Qègre Miloud?
— Dans ma baraque ,
— Commentes-tu maître de son secret?
— Mebrouk étant gardé à vue par votre factionnaire, le messager de Témir n'a pas osé communiquer avec lui et il est venu ra'offrir , pour une forte somme d'argent payable à Oran, m'a-t-il dit, à une adresse qu'il se réserve de m'indiquer, il est venu m'ofirir, de glisser le
papier de Témir dans les mains de Mebrouk.
Cette offre m'a pénétré d'indignation, moi qui dois aux Français ma fortune, mais elle me donne l'occasion de me venger de mes calomniateurs, et je vins vous dénoncer les deux espions. Croirezvous maintenant à ma loyauté?
— C'est ce que je vais savoir, répondit le colonel, et il ordonna à un planton d'aller chercher le nègre Miloud.
— Je m'éloigne, puisque la confronta-
tion est inutile, dit Salomon : la lettre trouvée suffira.
— Sans doute, et puis la vue d'ua homme qu'on envoie volontairement au gibet , n'est pas chose agréable , Monsieur Salomon. et sans vous cet espion, qui est peut-être un bon diable dans son pays, n'aurait jamais été Jpendu... Je vous remercie néanmoins. Encore une question,... les Arabes sont généraleriieut ill(L~ tirés.... Mebrouk est donc une exception ?
— Mebiouk a fréquenté l'école de