‹ Scènes de la vie arabe (volume 2)Chapitre 8 sur 21 · CHAPITRE TROiSlEiMi · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROiSlEiMi

Faux témoignage. {SwU.

Miloud, éclairé par Tintelligence de Mebrouk, commença à se rendre compte de sa situation et à comprendre la fourberie de Ben-Chérif .

ê4 IB PRfX

Il baissa la tête et balbutia d'un ton piteux:

— La vieille Yaya avait deviné I je suis aussi bête qu'un mal tatoué de VOum- Bouroun...

Tant pis pour moi!

— Qu'ont-ils dit? demanda le colonel.

L'interprète traduisit les paroles de l'enfant et du nègre.

Le colonel les pesa avec réflexion comme s'il y eût saisi un accent de vérité.

Puis s'adressant à Mebrouk :

-— Lis cette lettre.

•— Moi, seigneur, répondit Mebrouk en souriant • je ne sais pas lire.

— Tu as pris des leçons à la zaouia de Kalah.

— Jamais ! De tout temps je fus destiné à vivre et à mourir par la poudre; les

56 LE PBIX

cavaliers de ma famille sont iîlétrés depuis que ma familie existe.

— On va donc (e faire la lecture de cet écrit ; je t'engage à Técouter, et toi aussi, Miloud.

L'interprète ouvrit le billet qui portait l'empreinte du grand cachet de Sidi- Khalaf-ben-Chérif, et il en fit lecture à voix haute, pendant que le colonel attachait des regards pénétrants sur les deux accusés, afin de saisir la moindre altération de leur physionomie.

DU SAJIG. 67

a Louange à Dieu unique, souverain

» e l'univers.

> Celui qui succombera dans la guerre » sainte, goûtera les joies de la récom » pense éternelle.

» A notre bien-aimé confident et zélé » Mebrouk.

» — Dieu l'assiste !

• )o Nous avoHS reçu, le pieux, le très- » puissant émir et moi, les lettrée que tu

58 i^ PKix

» nous as adress^^es par des cavalier»

» smélas. Nous applaudissons à ton cou- 1 rage, à Ion intelligence. Tu as su trom- » pcr les infidèles et faire tourner à leur > confusion les soupçons que leur inspi- » raitton arrivée dans leur camp.

» Tu le vois, j'étais prudent quand je » te donnais le conseil d'agir ains> que » tu Tas fait, dans le cas où ta serais » inquiété par ces chrétiens, fils de » chiens.

x) Nous attendons impatiemment les » prochains avis ; que rien n'échappe à

su SANG. 59

» ta pénétration ; ton âge te donne accès » partout ; regarde, écoute et préviens- » nous par les moyens que nous t'avons » indiqués.

y> Les infidèles marcheront-ils sur Mas- » cara, la ville sainte? Lequel des deux » chemins prendront- ils, îa montagne ou > la plaine?

» Ne perds pas de vue l'importance de » cette question. Le puissant émir te fera » grand sur la terre, et Dieu te comble- • ra dans le ciel.

9 Amin. »

Le colonel remarqua que Miloud se pâmait d'étonnement à la lecture de cet lettre,|tandis que Mebrouk l'avait écoulée avec un calme parfait.

Le nègre ouvrait des yeux effarés, et se frappait le front à grands coups de poing, comme s'il eût voulu loger dans son cerveau, par ce procédé violent, quelque pensée rebelle à son esprit.

l^a malice de Ben-Chérif était trop inventive pour Thonnête imagination de Miloiid; il ne comprenait pas qu'un

Page 1