‹ Scènes de la vie arabe (volume 3)Chapitre 10 sur 21 · DV SA»*. 1S · texte numérisé non relu

DV SA»*. 1S

La mouche du coche ne se donna jamais autant de mouvement que ce malin boiteux pour faire croire à son importance, à son utilité.

Il poussa le zèle jusqu'à vouloir qu'on voyageât la nuit.

Mais nous devons ajouter que, sur son avis secret, Meryem et les femmes de Témir, gagnées par Meryem, insistèrent pour ne pas s'exposer, par la pluie, le tonnerre et les mauvais chemins, à des accidents faciles à prévoir.

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Dèsie second jour, Miloud apprit avec uce consternation dont le kaïd fut dupe, que Lellix-Meryem était indisposée.

Il fallut s'arrêter fréquemment, aiiumer du feu pour réchauffer l'intéressante et auguste malade...

On ne marcha plus qu'avec une lenteur dont le kaïd s'inquiéta peu, du reste, car il tenait pour assurée la défaite des chrétiens, et la ville sainte pour imprenable.

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Au quatrième jour, les smalah atteignaient la plaine d'Eghris, apercevaient les marabouts blanchis de Mascara, et s'arrêtaient dans les vastes plants de figuiers qui faisaient, alors, une vaste ceinture à la capitale de l'émir.

Pendant cette halte^ Miloud reconnut, avec une terreur si bien jouée que le kaïd eut la bonhomie de s'en affliger, que la chamelle de Lella-Meryem menaçait de boiter.

Une épine s'était logée dans l'un de SCS pieds.

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Mais il n'y avait plus que peu de chemin à faire, et la chamelle ne fut pas changée.

Dans ce moment, le kaïd vit sortir de Mascara une longue file de femmes, d'enfants, d'esclaves et de bêtes de somme.

Il en prit inquiétude et envoya l'un de ses cavaliers s'enquérir sur les lieux.

Le cavalier revint à toute bride, l'œil

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égaré, le visage défait, et balbutia ces mots, entrecoupés par la frayeur :

— Sidi, partons ! partons!... les chrétiens arrivent, ils ont passé par le pays de Kalaa.

— Impossible! s'écria ie kaïd... tuas perdu la raison en chemin.

-— Impossible ! répéta Miloub; le puissant émir ne nous protége-t-il pas ? nous

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serions instruits de ce danger s'il était réel...

Cependant fuyons... trop de pruaence ne nuit pas.

Le kaïd se rendit à cet avis et ordonna le départ que Miloud prépara le plus lentement qu'il put.

L'émigration des habitants grossissait à vue d'œii.

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11 n'y avait plus moyen de douter.

Le kaïd, pris de vertige à la pensée de la responsabilité qui pesait sur lui, gardien des femmes de l'émir, ne s'occupa guère de ces femmes, et n'écouta pas, d'une oreille patiente, les doléances de Miloud, ses observations, ses gémissements, ses prières pour faire remplacer la chamelle de Lella-Meryem.

Aussi cette chamelle, devenue sérieusement boiteuse, et très boiteuse, passa-

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t-elle de la tête à la queue du coDvoi, qui détala dans un grand désordre.

Miloud fit marcher la chamelle pendant quelque temps, à l'aide des serviteurs de Ben-Chérif qui la poussaient, la soutenaient et la traînaient avec une corde;

Mais le rusé boiteux eut l'art de témoigner tant de frayeur à l'approche des Français, et de peindre la férocité des chrétiens avec de si sombres couleurs qu'il épouvanta le» eiclaves, ses aides, et les mit en déroute.

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Demeuré seul avec Meryem et k nourrice, il arrêta la chamelle, îa trappa aux genoux, de sou bâton, et l'obligea à se coucher. ^

— Le grand jour arrive, s'il plaît à Dieu ! »*écria-t-il en riant, comme il n'avait jamais ri, lui qui riait si bien ; nous serons bientôt «i l'abri.

Puis, battant le briquet, il allucot un feu avec la paille d'un gourbi et du bois de figuier.

Dans ce moment il vit venir à lui le kaïd des smalah, qu'un remords de conscience et la crainte inspirée par ie souvenir de Ben-chérif avaient fait rétrograder sur tes pas.

En l'apercevant, l'hypocrite Miloud plongea son visage dans ses mains, pleura à chaudes larmes et éclata en sanglots sonores.

Eh bien ! cria lekaïd, que fais-tu là?

— Je suis abandonné de Dieu, je suit

mort de douleur et de honte!... la chamelle ne peut plus marcher I

Yaya vint en aide à Miloud et poussa de grands cris.

Le kaïd piqua des deux et envoya un fort ohameau pris dans une smalah pour remplacer la monture de Lella-Meryem.

Miloud, Meryem et Yaya firent merveille pour gagner du temps.

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Et, des trois ehameliers qai étaient venus en aide à ces traînards, saisis de la panique générale, deux s*enfuirent, laissant leur camarade achever un chargement si laborieux, que jamais ils n'en avaient vu de pareil.

Les voyageurs repartirent.

Mais le chameau se balança avec cette majesté qui est familière à son espèce lorsqu'on lui ménage les coups de bâton, et il n'avança qu' à sou gré,c'est-àdire à pas comptés.

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Après une petite iieue faite à cette modeste allure qui avait mis plus de trois lieues entre Meryem et la queue des smalah, Miloud vit s'élever un nuage de poussière du côté de Mascara, et il en conclut que la cavalerie française, lancée à sa poursuite, devait passer en ce moment, sur un terrain sablonneux qu'il avait, lui-même, franchi une heure auparavant.

— Décidément les voilai s'écria-t-il...

Nous sommes perdus! nous sommes perdus!

Le chamelier tourna la tête en arrière,

vit le nuage poudreux et poussa trois violents soupirs.

— Marche donc, vil partsseux, dit Miioad s'adressant au chameau et le frappant d'un coup terrible de son bâton ferré.

Le coup porta sur l'un des jarrets de la bête qui jeta un beuglement plaintif et larmoyant, leva sa jambe blessée et ne marcha plus que sur trois pieds.

— J'ai frappé trop fort, je perds la

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tête , s'écria Miloud faisant le geste de s'arracher la barbe de colère et de désespoir.

Le chamelier ne répondit à ce cri qu'en fuyant à toutes jambes.

— Maintenant, dit Miloud, puisque Dieu vient à nous, cesions d'aller au diable... Attendons 1

Il arrêta le chameau, qui se coucha très-volontiers.

iki LE PRIX

Il s'assit sur une pierre et se glorifia tout bas de son génie.

La portière du palanquin s'entrouvit.

Le beau visage de Meryem apparut , tourné vers le nuage qui s'approchait rapidement.

— Si c^était le goum de Khalaf ! glissa la nourrice à l'oreille de Meryem, et souriant à celte question comme à une espièglerie.

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— C'est Mebrouk ! répondit Meryem.

Et elle porta une main sur son cœur pour indiquer la source de son pressentiment.

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Mebrouk, guidé par le signal de Miloud avait, on s'en souvient, changé la direction de sa course, en apercevant la fumée

du foyer que le prudent bach-amar avait allumé dans la plaine d'Eghris, pour que ses traces fussent plus sûrement suivie».

C'était donc Mcbrouk et un peloton de spahis qui soulevaient ce nuage de poussière que contemplaient Meryem et sa nourrice.

La Fille du vent galopait en tête.

Elle buvait Vair à pleins naseaux,

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selon l'énergique expression des cavaliers du Sud.

Quant à Mebrouk, soulevé sur sa selle qu'étreignaient ses genoux, son fusil légèrement placé au-dessus de sa tête, la crosse eu avant, dans la main droite, le regard rayonnant à l'horizon, il était beau d'élégance, de courage et de vague inquiétude.

Le frère de Salem ne tarda pas à voir dans la plaine une tache noire qui lui parut ne pas fuir à son approche.

Il courut droit sur ce point noir, et son cœur battit violemment.

Messaouda le mit bientôt à même de reconnaître l'objet qui avait fixé son attention.

Il vit distinctement un dromadaire chargé d'un palanquin.

Il vit un chamelier assis près de la bête agenouillée... \

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Un cri aigu, cri de joyeuse ivresse, exploiion de ces sensations puissantes que l'amour nous fait éprouver à vingt ang, s'échappa de sa bouche, et un autre cri lui répondit comme un écho.

Mebrouk reconnu la voix de Miloud»

Il se pencha sur l'encolure de Messaouda, et pendant qu'avec extase il baisait ses crins soyeux, la Fille du vent sembla trouver de nouvelles forces dans son dévoûmant pour son maître, car elle commença cette série de bonds in-

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trépides qu'elle ce faisait, d'Viabitude, qu'au départ.

En quelques minutes, Mebrouk arriva près de Meryem, qui se montra à découvert, l'œil chaste, mais les joues animées et le front brillant de toute la grâce de sa beauté splendide.

t^ Ëôû Miloud se frottait les mains, riait, dansait , chantait et s'interrompait pour s'écrier, sur un ton vraiment comique :

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