‹ Scènes de la vie arabe (volume 3)Chapitre 17 sur 21 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

Le Prix du Sang.

Quoique 'bien jeune à ceiie époque, l'émir joignait de grandes qualités guerrières à son génie politique.

Il ne lui fallut pas beaucoup de réflexion pour juger sainement la situation que venait de lui faire la marche hc'bîle aes chrétiens sur Mascara.

Défendre cette ville était chose impossible.

Quant à la reprendre, il n'y fallait point penser, quoique la jactance des aghas, cheiks et kaïds insistât fortement pour cette folle entreprise.

Abd-el-Kader arrêta Taudacieux parti

^i DU SAHG. ill

de fîiire tourner au profit de ses rêves ambitieux l'échec moral et matériel qu'il venait d'éprouver.

Il retourna en toute hâte vers son infanterie, qui reçut, par des courriers Tordre d'évacuer les défilés de l'Oued- Hammam et de venir à sa rencontre.

Et lorsqu'il put réunir autour de lui tous les chefs de son armée, ainsi que les guerriers Ips plus renommés des tribu , il leur adressa l'un de ces discours violents et étudiés qui ont , autant que ses

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armes et son intelligente administration, concouru a son élévation rapide, basée sur le prodigieux prestige dont il eut l'art d'envelopper sa personne sacrée.

Il annonça la prise de Mascara comme

un châtiment céleste infligé h la tiédemr

» des tribus, qui, dans cet épisode de la

guerre sainte, n'avait pas fait tout ce

qu'elles auraient pu faire.

Il cita vingt signes ou versets du Koran, qu'il délaya dans des flois de commen-

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taires empruntés aux plus accrédités docteurs (1).

Il prouva, par ce puissant étalage d'une érudition vraiment surprenante, qu'il fallait courber la tête sous le coup du destin , se recueillir dans la prière, obtenir le pardon des fautes passées, et

attendre ie jour, où, lui, saint marabout.

(1) Les marabouts en renom ainsi que les hommes de loi savent, d'un bout à l'autre et par cœur les cent quatorze chapitres du Koran ainsi que les textes divers des plus grands commentateurs-

allié au prophète et désigiié par les lumineuses prédictions pouï- expulser les chrétiens de l'Algérie, donnerait le signai de reprendre les armes sous Tégide de la clémence de Dieu de Mohammed.

— Ne croyez pas, ajouta-i-il en terminant, que, pour nous avoir punis de nos péchés, Dieu ait donné aux infidèles une victoire facile.

Levez les yeux vers le ciel chargé d'orages et dites à vos femmes, à vos enfants que vous allez revoir, dites que

DU $ANG â^5

la plaine est couvert^, d*Ora? à ->)ascara, des cadavres de vos ennemis...

Vous n'aurez pas fait un mensonge, j'en jure parla majesté du créateur universel*

Mais ne laissez pas croire que ce sont vos balles qui ont frappé les chrétiens, vous porteriez la neine d'une imposture ; affirmez, au contraire, que Dieu s'est servi des éclats de son tonnerre, des cataractes de ses nuages pour abattre les adorateurs du bois (î).

(1) Kes adorateurs de la Croix.

11 a versé sur eux les eaux des mers céiestcs,et de leur armée formidable à peine resiera-t-il quelques guerriers transformés en fantômes (1).

Quant à vous, voici les ordres, qu'au nom du Dieu unique savant et sage, je suis chargé de vous transmettre :

Dispersez-vous; que chacun retourne

(1) Cette prédiction hasardée ne se réalisa que trop; l'armée expéditionnaire eut tant à souffrir dans cette pénible campagne, que la plupart de

a SUD doaar; simulez un abattement complet , répandez la fausse nouvelle de ma fuite dans le désert, ne craignez pas de dire que tous, vous abandonnez ma cause; mais gardez-moi fidélité...

Je reparaîtrai parmi vous comme le soleil après les sombres journées d'automne, et les chrétiens qui croiront avoir étouffé nuire haine, retrouveront cette

nos soldats ressemblaient à des fantômes lorsqu'ils se traînaient, littéralement épuisés, dans les rues d'Oran.

haine plus puissante quand Dieu, me relevant du jeune et de la prière, nû'aura crié :

o J'ai pardonné à mes enfants , annonce-leur cette bonne nouvelle, monte à cheval et conduis mon peuple à la victoire... » J'ai dit,.. Adieu ! (1)

L*émir, en achevant ces mots, sauta

(1) En effet, pendant un^^ expédition que nous fîmes au mo:s mars suivant, dans les plaines du Sig, de l'Abral), de la Mina, de l'IUil et du Chéliff,

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sur SOI» cheval et part't à toute bride, suivi d'une douzaine de cavaliers qui seuls avaient le privilège d'être lies à sa fortune.

Ce discours obtint tout le succès qu*en attendait Abd-el-Kader.

Il frappa vivement l'inflammable ima-

sous les ordres du général Perregaux, la cavalerie de l'émir ne se montra pas et nous recueillîmes l'étrange nouvelle de la 'uite d'Abd-el Kader dans le Sud; on le disait réduit à la dernière extrémité,

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gi nation d'nn auditoire amoureux du merveilleux, fataliste ignorant, fanatique , enthousiaste et naïvement crédule.

Tous ces guerriers, livrés à euxmêmes, suivirent, d'un œil inquiet, l'émir disparaissant comme par enchantement, et les têtes faihles se persuadèrent

cherchant et ne trouvant pas toujours un asile pour sa personne et une vingtaine de cavaliers formant sa seule escorte.

Or, le 15avril 1836 (moins d'un mois après) nous rencontrions l'émir, à la tète de torces imposantes

que l'envoyé du prophète s'était perdu daus un nuage.

Les consciences les plus saines se sondèrent, et reconnurent avec trouble, avec horreur, qu'elles étaient souillées de péchés, dont l'innocence prit, sous l'action d'un repentir intolérant, les teintes sombres du crime.

sur la route de Tlemcenoù il nous livrait un chaud combat; elle 25 du même mois, il nous faisait épnniver un ru Je échec à Sidi-Yacoub, près de la Tafna. Sa puissance était aU»rs dans son plus vif cclut.

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Les contingents obéirent aux ordres du chef et chacun regagna sa tribu, son douar, sa tente, où entrèrent avec lui le chagrin, le jeûne et la prière.

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