‹ Scènes de la vie arabe (volume 3)Chapitre 18 sur 21 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

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Le Prix du Sang. {SuUê.)

Khalaf-ben-Chérif ne suivit pas Témir.

Musulman sans foi, ami sans dévoû- ^ V «5

ment, mais ambitieux sans frein, il crut que l'heure était venue de travailler à sa piopre élévation.

L'habile tactique d'Âbd-el-Kader lui parut faible, et la disparition du sage fils de Maheddïnn fut, pour son jugement médiocre, une faite pusillanime devant le danger qui menaçait le vaincu.

Khaiaf résolut donc d'agir, sans révolte apparente, au rebours es prescrip-

iions de Vénur :

De grouper autour de lui de hardis compagnons auxquels il offrirait les séductions du pillag.

De continuerla guerre, abandonnée mal à propos, et de se faire, par des coups de mains, une renommée qui pût balancer et même effacer le prestige du grand nom d'Abd-el Kader.

Fort de ce dessein, doué d'une éloquence brutale, mais que son audace rendait persuasive, il ^sut s'attacher une

ut r*.rx.

bande assez nombreuse fournie par la plus turbulente jeunesse des différens goums, par les aventuriers que la guerre seule pouvait faire vivre; et il ne tar. da pas à être rejoint par des bandits affamés de brigandage, par de hardis coupeurs de route, qui, tous, acclamèrent ses vaillantes résolution» en couvrant d'insultes les homme pieux et honnêtes qui obéissaient, en foule, aux ordres de Témir et rentraient dans {leurs tribus.

Lorsque Khalaf se vit à la tête d'une ^orce capable d'inquiéter notre retraite.

il se rapprocha de Mascara pour observer nos mouvements.

Quoique fou{;neux à Texcès, il sut dompter son orgueil et sa vanité pour ne pas précipiter le dénoûment de son complot contre l'émir.

Il avait sondé, avec finesse, le cœur €t l'esprit de ses partisans, et il sVHait coavaincu que tous, ou presque tous, étaient pénétrés de respect et de crainte pour Abd-el Kader.

230 LE PHIX

La soif du pillage, ou rpmour des comba:s, ou la haine des chréliens, portaient ces hommes à désobéir à l'émir loin de son regard fascinateur.

Mais essayer de corrompre leur Cdéli»

tb, d'en faire les séides d'une ambition nouvelle, sans les avoir préalablement gorgés de butin et couverts de gloire, eût été la plus folle des entreprises. ;^

Khalaf se garda bien de laisser percer son prejet.

DU saug. 231

Il mit même une adroite hypocrisie à vanter la piété, la science et la sajjesse du chef qu'il voulait prochainement dépasser en piété, savoir, sagesse, et surtout en puissance.

Deux jours après l'entrée des Français à Mascara, Khalaf-ben-Chérif vint rôder, avec son gouoj, dans la plaine d'Eghris, et le hasard le conduisit à l'endroit où le chameau charge du palanquin de Meryem était tombé.

La pauvre bête n'avait pas su se rele-

^ii la PBtx

ver, et elle avait été dévorée pendant la nuit par les bniKÎes de chacals qui suivent toujours les grands rassemblements d'hommes.

Ben-Chérif s'arrêta à quelque? pas des ossements du chameau, et son regard se porta avec une curiosité inquiète sur le palanquin de Meryem renversé et souillé de boue.

Il lui sembla reconnaître ce meiiblo, et il s'en approcha, le cœur troublé d'un

foneste pressentiment, pour l'examiner avec soin.

11 fil mettre pied à terre h l'un de ses cavaliers, lui ordonnant d'ouvrir les rideaux du palanquin.

— il est Vide, répondit le cavalier après avoir obéi, mais je vois une lettre fixée au siège par une épine.

— Donne-aioi cette lettre, répondit

Khalaf, q'îi sentait déjà monter à seg joues le tea de la hcnte et de la rage.

Khalaf sa* ait lire en sa qualité de descendant de chérifs.

Et SI nous avons réussi à peindre sa violente nature, ses penchants jaloux, son orgueil insatiable, son tyrannique égoïsme, on doit se faire une idée de la tempête qui éclata dans son âme, pendant que ses yeux pleins de fièvre dévoraient rinsolente épître do Mebiouk.

DU SAAG. 235

Abîmé de douleur, Ben-Chérif manqua de forces pour donner cours à l'immensité de sa colère

Une prostration complète s'empara oe

ses membres subitement frappés d'une

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sorte de paralysie.

Le noble Chitann fut la première victime de ce coup de foudre, car son maître, brusquement tiré de sa léthargie, Tattaqua de l'éperon et déchira ses flancs.

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Khalaf, alors, poussa un cri sauvage, féroce, terrible.

L*uQ de ces cris que le lion jette au désert lorsque la balle d'un chasseur invisible vient de terrasser sa lionne à ses côtés.

Il leva une de ses mains vers le ciel et menaça Dieu, tant il était ivre de fureur et de haine.

Puis, se calmant par 'degrés, il se mit

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à rire avec un grincement de dents particulier aux fous en délire.

Puis il se tut pour agiter dans sa tête embrasée les moyens d'exercer sûrement des vengeances capables d'épouvanter le genre humain.

CHAPiTUE TREIZIÈME.

Le Prix du Sang. (Suite.)

Ce furent les cavaliers du goum de Ben-Chérif qui suivirent notre arrièregarde depuis Mascara jusque dans la

phiine de rilabrah, où ils nousabandon-

Ce furent ces hommes qui si3 livrèrent avec furie au massacre de nos malheureux soldais attardés ou mourants dans les broussailles.

Los têtes mutilées des chrétiens furent por.écs à Mascara repeuplé de ses babituiils. cl lîen-Chérif recuei lit quelque ^luiri3 à l'iipparilion de ces hideux tropliûs de S; s lâches assassinats.

Mais cette gloire, il le comprenait, ne lui suffisait pas, et il niédilait une vaste entreprise «-jui devait sati&faire, à la fois, son ambition et ses venfjeances personnelles.

II avait remarqué le zèle et le fanatisme d*un jeune cheik des Bordjia, et ce lut à lui qu'il s'ouvrit de son projet.

L'ayant? comblé d'éloges, de caresses, il lui dit :

— Si nous nous bornons à suivre lc;i

chrétiens qui refusent le combat, nous ne remporterons pas Tun de ces grands avantages qu'on attend de notre valeur.

Dieu m*a inspiré une idée que je vais te soumettre; car, dans mon sommeil»

j*ai entendu prononcer ton nom par la voix de l'ange qui me parlait.

Les infidèles se retirent sur Mostaganem ; mais s'ils avaient la certitude de aire quelque grosse capture, ils s'arrête-*

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raient, sans nul doute, pour exécuter l'entreprise.

Je vais convoquer les Medjer, qui sont voisins de l'armée française, je les engagerai à dresser une redoutable embuscade ; je me tiendrai dans cette embuscade a\ec tous nos gens, et toi tu iras au camp des chrétiens, feignant d'abandonner l'émir, et tu sauras, car tu es brave et rusé, déterminer le chef de ces maudits à envoyer une partie de ses troupes au pays difficile des Medjer pour y saisir ma personne, que tu diras abandonnée, fugitive, errante...

2i6 LE PRIX

M'as-tu compris?

— J'ai compris et j'accepte avec joie

la mission du Seigueur.

— Allons donc ensemble chez les Medjer.

Khalaf sut faire accueillir favorablement ses desseins.

Les Medjer, tribu guerrière et fanati-

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