‹ Scènes de la vie arabe (volume 3)Chapitre 19 sur 21 · BC SA>6. -^M · texte numérisé non relu

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que, crurent que combattre chez eux les infidèles, n'était pas désobéir à Abd-el- Kader.

Ils prirent donc jour pour tendre l'embuscaae.

— Pars, dit Kbalaf au cheik qui se dévouait, moi je vais aujourd'hui demander l'hospitalité dans ton douar ; car j'ai besoin de voir de près, jusqu'au moment de l'action , les mouvements de l'cU'

nemi.

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Mon goum restera chez les Medjei; quelques cavaliers teulemenÉ m'accompagneront...

A demain, la nuit sera glorieuse, sanglante et riche î

— Bénie soit ma tente pour l'honneur

que tu vas lui faire, ô mon hôte! répondit le cheik.

Et il partit.

Khalaf-ben-Chérif se dirigea, avec six cavaliers, vers les trois marabouts, où était le douar de sod partisan.

— Oui, se disait-il en cheminant, les chrétiens tomberont dans le piège ; nous en ferons un grand massacre.

Mais j»^ saurai réserver quelques prisonniers de distinction que j'échangerai contre Meryem et Mebrouk.

Oh I les misérables, quel châtiment va

fondre sur leur lôte... Mes os frissonnent à cette pensée, que je savoure avec délices 1

Khalaffut accueil'i avec distinction, car le cheik l'avait fait accompagner de Tun de ses serviteurs, afin que Ton eût à prévenir ses moindres désirs.

Il courut dans les environs pour s'assurer de la direction que prenaient nos colonnes, fatigua beaucoup, rentra au douar la nuit venue, soupa, fit se»

prières avec une lerveur hypocrite, etso

jeta sur un tapis où il s'endormit bientôt.

Comme il avait plu abondamment dans la journée, Khalaf, qui s'était beaucoup mouillé, avait quitté ses burnous pour la nuit, et il dormait en gandoura (1), couvert par un simple haïck.

(1) La gandoura est une longue chemise laillée commenos chemises de femme, elle tombe presque jusqu'aux cheyilles et n'a pas de col.

Cil AUTRE QUATORZIÈME,

XÏV.

Le Prix du Sang. {Suite.)

Vers minuit, une clameur immense s'éleva tout autour du douar.

Les chiens de garde, qai avairnt d(;jîi

fait entendre quelques aboiements, poussèrent des hurlements lugubres, suivis bientôt de cris féroces.

Une sourde trépidation, dont la sonorité grossissait avec rapidité, fît trembler la terre.

Un esclave, couché en travers de la portière de la tente de Khalaf, se précipita dans cett tente et cria :

— Seigneur ! seigneur! voilà les chré-

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tiens l sauvez - vous , sauvez - vous l

Khalat bondit sur îui-môme, et il se frappa le front comme pour rétablir l'ordre dans ses esprits, que charmaient des rêves de vengeance à peine dissipés par c3 sombre réveil.

— Les chrétiens ? dit - il , ils sont loin.

Une nouvelle clameur répondit 5 rette

phrase entrecoupée par ia terreur, le (iouîe et l'cspcir.

.Vais cette clameur était effi avante.

Elle partait d'une centaine de pas tout au plus de la lisière du douar qu'elle enveloppait en entier, comme le cercle des cavaliers q'ii traquent la bête fauve enveloppe son repaire.

Khalaf-ben-Chérif reprit tout son calme à ce danger si terrible.

Son cœur mauvais, mais vaillant jusqu'à la plus téméraire audace, ne lui refusa pas assistance, et il ne désespéra plus de son salut dès qu'il eut saisi ses armes.

Cependant, il n'y avait pas une minute à perdre.

f; Khalaf s'élança, jambes el pieds nuds, tête découverte, hors de sa tente, et sauta sur son cheval Ghitann, qui, par prudente précaution, n'avait pas été dessellé.

Il était siiperhe à voii , c hriliant, ce farouche cavalier, ce roi des cavaliers du feud, élreignaut d'une main crispée son long fusil, et se détachant dans les ténèbres d*une nuit voilée par l'orage,

comme un blanc fantôme sur un fond noir.

11 n'avait, pour tout vêtement, que sa longue gandoura qui tombait de ses " épaules à ses chevilles; pour toute défense que son fusil; pour éperons que les angles aigus de ses larges étriers d'or.

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Pour seul ami Chitann, son noble coursier, car chacun cherchait à fuir dans le douar épouvanté.

— Coupe les entraves! cria Khalaf à l'esclave qui, jusqu'alors, l'avait aidé.

Mais l'esclave, éperdu, demi-mort, croyait avoir assôz fait pour l'hôte de son maître, et il s'était occupé de sa propre conservation. . .

Il avait disparu

— Coupe donc les entraves! répélà Klialaf avec fureur, car il voyait venir à lui un groupe de cavaliers.

Et Chitann se débattait, attaché par ses pieds de devant à une corde fixée en terre par deux piquets.

Dix coups de feu répondirent aa commandement de Khalaf.

Les balles sifflèrent à ses oreilles, mais sans Tatteindre.

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Sauter à (erre, délivrer Chitann et se remettre en selle, n'était pas chose possiLle.

Déjà le douar était inondé id'ennemis, et ceux qui couraient sur Klialiif n'en étaient plus qu'à dix pas.

Au sifflement des balles et aux coups de talon de son crvalicr. Chitann fit un eflbrt désespéré, se cabra et arracha les piquets de sa corde.

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Mais il était toujours entravé et ne pouvait (juloper que par bon'Js raccourcis.

Khalaf espéra s'enfoncer dans les ténèbres.

Il se dirigea hors du douar.

Et la vigueur de Ghitann était si puissante que, quoique entravé, il aurait pu devancer les chevaux épuisés qui le poursuivaient.J

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— Ben-Chérif, où donc cs-tu? cria uoe Yoix retentissante malgré le tumîilte de la razia.

Où donc esî-tu, lâche et larron ?...

Ne sais-tu pas que je te cherche, moi, Mebrouk, Theureux possesseur de ta femme et de la jument MessLouda...

O fîls de chien, o 'as-tu pas de haine contre moil

Khaîaf s'arrôta brusquement pour écouter ces outrages qui versèrent des flots de fiel dans son âme.

Il ne fut pas maître de lui et poussa le rugissement du dgre blessé.

— Ah ! je te liens, dit Mebrouk.

Et, emporté par le {jalop de Messaou-

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da , il passa comme nn épervier qui a manqué sa proie , à côté de Ben- Chérif.

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