DC SANC
prononçant scn arrêt, sain d'esprit et (le lumièie. Nous ne saurions, sans déplaire à Dieu, guerroyer contre des frères appelés h combattre, comme nous, les chrétiens; ce serait les détourner et nous détourner d'une sainte mission...
Résigne-toi.
C'est votre avis?
Assurément
Je respecterai vos scrupules; que
votre volonté soit faite.
Mebrouk rompit l'assemblée, et attendit impatiemment, quoiqu'avec une feinte indifférence, l'heure de son rendezvous nocturne.
Quand cette heure fut venue,* il sortit de sa tente, enveloppé dans un burnous noir et armé d'un couteau qu'il avait soigneusement aigiiisé pendant le jour.
La veuve Amina ne s'aperçut même pas de son départ.
Miloud attendait son compagnon au lieu fixé.
on SÂRC» 67
— As-tu; pris tes précautions? demanda Mebrouk au boiteux, les palefreniers dormiront-ils?
— Sois tranquille , j'ai versé dans leurs aliments, au souper, une forte dose d'opium ; peut-être ne se réveilleront-ils qu'au jour de V entrevue (1) ; mais assurément leur sommeil sera dur et pesant.
— Marchons donc I
(1) Le jour da jugement dernier.
68 LE FRIX
N'oublie pas que je te montrerai Lclla-Meryem.
Que me dira-t-elle?
— Elle te dira : ci Puisque tu veux servir ma cause y sois brave. »
Et que répondrai-je?
— L'amour dictera ta réponse ; ceci ne m'inquiète pas.
-— Tu t'abuses, Miloud : mou cœur n'est ouvert qu'à la haine; l'amour n'y entrera pas de longtemps /
— Tu es bien jeune pour répondre ainsi de toi... Marchons : ma maîtresse est comme une belle matinée, on ne peut pas la voir sans l'aimer... Couchonsnous, et n'avançons qu'en rampant comme des reptiles.
Mebrouk et Miloud se mirent à plat ventre et employèrent près d'une heure à faire le court trajet (environ trois cents
pas) qui les séparait de la tente de Sidi- Khalaf-bennChérif.
Les chiens de garde, malgré toute leur vigilance, ne les entendirent pas se rou 1er dans la poussière.
Arrivé près de la tente, et du côté qu'habitait Meryem, Miloud gratta le sol avec ses ongles.
La négresse Yaya avait eu le soin de déboucler les piquets qui tendait la bor-
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dure de la tente, et cette bordure se souleva lentement.
Miloud fit passer Mebçouk, et resta couché, en dehors, pour faire le guet.
La négresse attira Mebrouk par une main, tandis qu'elle lui fermait la bouche ayec un mouchoir, puis, ouvrant la portière d'une petite lanterne sourde , elle projeta les rayons d'une tremblante lumière sur le visage du frère de Salem, qui deaieura, comme ébloui, parTéclatante beauté de Meryem.
Meryem était debout deva: t Mebrouk; son noble visage portait l'empreinte de la douleur, mais aussi le reflet magique de son âme chaste et courageuse.
Elle regarda le bel enfant avec douceur et intérêt, et lui dit à voix basse :
— Tu veux servir ma cause, frère de Salem?
- Oui, bégaya Mebrouk, ta cause devient !a mienne; je périrai s'il le faut pour te sauver.
DU SAIfG. 73
— Sois donc brave... et que ce souvenir te donne du cœur. Adieu.
Meryem jeta une ceinture de soie à Mebrouk, et la nourrice, éteignant sa lanterne, poussa l'enfant hors de la tente.
Mebrouk fut reçu par Miloud qui lui demanda :
— Eh bien?
— Je suis ivre,., je suis aveuglé... il
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me semble que ma vie commence!
— Que t'avais-Je dit?... c'est là qu'ett Messfiouda... elle n'est pas couchée...
approchons.
— • Suryeille les palefreniers, et laissemoi faire.
Mebrouk arriva, à plat- ventre, près de Messaouda , et il se dressa, devant elle, en lui disant tout bas, pendant que de ses mains il flattait son encolure:
DU liNG. 75
— Messaouda , ma bien-aimée, tu me reconnais, n'est-ce pas? Je suis Mebfouk, frère de Salem-ould-Kouïder... flaire mon burnous, flaire ma peau, et vois si
je ments... Ne souffle pas, amie de Me brouk, modère ta joie , ne hennis pas... on me surprendrait, et je travaille à ta délivrance.
Et pendant que la noble tête reconnaissait le fils de loj tente, l'enfant qui la conduisait souvent au bain et à l'abreuvoir, pendant qu'elle le flairait pour ainsi dire avec bonheur, Mebrouk tranchait avec son couteau les entraves qui
attachaient ses pieds de devant à ia corde.
Miloud s'était placé entre les deux palefreniers profondément endormis, et il surveillait leur somnicil de plomb.
Mebrouk pr.ssa la ceinture de Meryem dans la bouche de Messaouda , et, s'en servant comme d'une bride, il sauta légèrement sur le dos de la jument, qu'il mit au pas pour sortir du camp; mais il était encore dans Tenceinte de ce camp, que les chiens se mirent à aboyer avec furie.
nu SANG. 77
— Allons, fille du ^ent\ cria Mebrouk, dévore le terrain et sauve ton maître, le vengeur de Salem.
Messaouda, pressée par les talons du cavalier, fit les trois bonds de la lionne chassée de son repaire.
Puis couchant les oreilles comme les lévriers rapides, elle prit ce galop que nul cheval, encore, n'avait pu suivre.
Las gens de Témir s'éveillèrent tumultueusement; quelques hommes déchar-
gèrent leurs fusils dans la direction du bruit que faisaient les quatre pieds de Mcssaouda, et plusieurs balles, dirigées par le hasard, sifflèrent aux oreilles de Mebrouk, qui leur répondit par un rire plein de mépris et de colère.
On se rait à la poursuite du fugitif, niais la file du vent ne laissa bientôt plus trace de sa course, même dans l'ébranlement de l'air et du silence de la nuit.