‹ Scènes de la vie arabe (volume 5)Chapitre 9 sur 34 · III · texte numérisé non relu

III

Ôl' LE PRIX

V.ebroiik fit ce que désirait le boiteux, qui comrrença aussitôt:

— Je me nomme Miloud, je suis né dans le Kora, et, depuis ma plus faible enfarxe, j'appartiens à la famille riche et vénérée de TAbid-ben-Taleb, père de Lella-Meryem, dont je vais te faire Thistoire.

Miloud raconta les amours de Ben- Chérif el'de Meryem, ;le6 obstacles opposés h ces amours et les catastrophes qui s'en étaient suivies dans le Sud.

♦ Puis il donna de grands détails sur l'enlèvement de sa maîtresse à Zemmora ainsi que sur la mort de Salem-ould Kouïder ; enfin, ii en vint à parler de la scène qui s'était passée entre Khalaf et Meryem à la suite du jugement de l'émir, et il s'écria, exalté par son propre récit :

— Eh bien ! cette femme ne te recoi:cilie-t-elle pas avec le genre humain ?..• Ne montre-t-elle pas plus de courage et de vertu que n' n saurait avoir les hommes ?... N'est-t-elle pas liguée avec toi, sans t'avoir vu, pour tirer vengeance du nisérable qui a trahi ses chastes espé-

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raiices et Ta traitée coin ne ou hésite à traiter une esclave infiJci^ . .. uui jt ne t'ai pas tout dit: ce matin njêaie, Khalaf le Démoh a osé lever îa main sur Lella- Meryeiii ; u l'a frappée, ^e lâche ! et, si la nourrice de Lella- ileryem n'avait pas eu la précaution de cacher le poignard de sa maîtresse, un graiiu uLallieur serait arrivé : Ben-Chérif eût été tue par sa femuic... Hélas! que lui aurait-on fait, à elle? J'en frémis S

« — - Que ppuf; attendre de "loi ta mai" trer>se? deïuanda Mebrouk.

— Rien... car elle est pieusement ré-

signée au malheur... mais moi, moQ fiîs, j'attendis toat de ta gonérosité.

— Exp!ique-toi.

— Tu es jeune, tu es br'ave, tu es beau... Je veux que tu vois Lella-Meryem, et quand tu l'auras vue, nous fierons tous à demi- vengés.

— Je te compreds, tu espères que la beauté de cette femme me charmera et que j'en ferai ma sœur... (1) détrompe-

(1) Nous avons dit déjà que TArabe donne le titre de sœur à sa maîtresse.

toi ! j'ai des projets plus vastes et plus nobles... ce serait uue triste vengeance, une plus triste et honteuse victoire remportée sur un ennemi dont le sang doit couler dans mes mains.

— Tu ne m'as pas compris. Crois-tu donc que Lella-Meryem pourrait jamais céder à tes séductions? Son infortune, sa colère, sa haine ne suffiraient pas à lui faire' oublier les lois de son donneur...

Mais la vue de cette femme, p'us belle

qne les hoaris éternelles, emîîaminerd ton courage et tu Taimeras d'adoration.

Ne pouvant la posséder que par le mariage, et ne pouvant l'épouser qu'après la mort ^e Sidi-Khalaf, tu seras infatigable jusqu'à ee que ce misérable traître ait rendu le dernier soupir !... Mais, pour arracher la vie à Ben-Ch4rif, il faut d'abord s'cissurer un refuge dans des pays lointains.. . C'est à cela que tu devras penser, mon fils, Lella-Meryem sera, dans ce refuge, le prix de ton courage et de ton amour...

— ParTàmede mon frère, intersompit Mcbroiik tu viens do m'inspirer une

i '^e que jo chercliuib ii-puis J x jours. Quand et comaiexit poarrai-je voir ta maîtresse ?

— Cette nuit... je t'attendrai à cotte même place où nous sommes assis m. intenant. Tu y viendras deux heures après la prière du soir.... tu seras couvert d'un burnous noir... je me chargerai de te conduire.

— Et que dirai-je à Lella-ïïeryem)^

— Nous y penserons., séparonsnous.

fiU SANG. 57

— Encore un mot. . . La tente de Ben- Chérif est-elle bien' gardée pendant la nuit 7

— Non.. Les esclaves sont des paresseux.^. ils dorment lourdement.

— Et la jument Messaouda est-elle bien surveillée ?

— Deux palefreniers couchent près d'elle et en répondent sur leur tête.

— Réfléchis donc bien à ce que je

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vais te dire, reprit Mebrouk, et songe que de ta réponse dépendra mon dévouement au salut de ta maîtresse. La jument Messaouda m'appartient, je veux la reprendre,. . et cette nuit je la reprendrai. Consens-tu à m'aider dans ma tentative?

Oui.

— Ta réponse est bien prompte... Estelle sincère?

— J'ai juré de faire à Khalaf-ben-Ché-

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rif tout le mal possible ]à mes forces,.. Compte donc sur moi.

— Si les deux palefreniers nou» gênent» nous les tuerons... mais je répugne à ce meurtre, car ces hommes ne m'ont rien fait...

— Nous ne les tuerons pas; je me charge de les endormir.

— Ace soir dose!

— A ce soir!

Mebrouk et Miloud se séparèrent;

ŒXP ITE ¥. OVkJmVM E.

La Noit. (Suite

Mebroiîk rentra dans son douar, et il y assembla lesprircipaux cavaliers.

—Vous le voyez, leur dit^il, après leur

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avoir racon.6 les areiix d^i Q^orabout Adji-Adda et son infructueuse démarche auprès d'Âbd-el-Kader, lo jugeiaent de Ternir n*ost pas un jugement droit ; l'outrage fait à mon "sang est un opprobre pour votre honneur; il faut que mon frère Salem soit vengé î... Voulez-vous que notre tribu déclare h guerre aux Flittas, et que cette guerre soit poursuivie jusqu'à la mort "violente du kaïd de Zeuîinora?

— Mon fils,'^ répondit le plus ôgé des cavaliers co sulté>, c'est une révolte que t'i nous propos'^s, car l'émir a iugé, et ses assesseurs ont certifié qu'il était, en

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