‹ Scènes de la vie arabe (volume 5)Chapitre 22 sur 34 · BU 8A1I · texte numérisé non relu

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re elle - même , et il faut avoir fait une longue étude de ce peuple à Timagination fertile , pour lire correctement daas la conscience d'un Arabe quelconque, lorsque son intérêt lui commande d'égarer votre jugement.

Aussi, dans les procès que les kadis ont à vider dans les tribus, la cause de chaque plaideur est-elle encombrée de mensonges que le juge ne se donne pas la peine de discuter, tant il a, par luimême, l'expérience du péché.

FI laisse aller les langues des deux par-

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ties, et prononce selon ses lumières, mais souvent en faveur de qui a su mieux mentir.

S'il en est ainsi en présence de la justice arabe, on doit penser que, devant nos tribunaux civils et militaires, l'usage prend des proportions fabuleuses, car tromper un chrétien devient œuvre méritoire, et, instinctivement, chacun s'entend au mieux pour duper ses juges (1). Il

(1) Un fait entre mille que l'auteur pourrait citer, vient plaisamment à Tappui de ce qu'il avance à ce sujet. Au 2o conseil de guerre delà division d'Alger que nous présidions en 1856, comparurent

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existe; sans doute quelques exceptions, mais elles sont bien rares, et c'est pour mettre l'une de ces exceptions en relief,

deux Arabes accusés d'un meurtre près d'Orléansville. Une première instruction, dirigée contre ces hommes, n'avait produit que des charges insuffisantes, et ils allaient être mis en liberté lorsqu'un agent de police rapporta qu'il avait entendu dans leur prison la conversation suivante : — Donnemoi un peu de tabac à fumer, — NoUy je n'en ai plus — Comment ! tu me refuses une cigarette quand, pour toi, fax exposé ma vie ; quand, pour toi; je suis en prison'} — Tu as raison, mais je n'ai plus de tabac» De nouveaux délais furent pris ; on recueillit des charges nouvelles, et la cause fut portée devant le conseil. La révélation de l'agent de police était gra-

que nous avoûs dessiné lenobl^^ caractère de Meryem.

ve ; le président devait s'efforcer d'en faire jaiUir la vérité. Les accusés nièrent énergiquement les propos qu'on leur imputait ; et, souriant l'un et l'autre, comme pour railler l'accusation, ils déclarèrent n'avoir jamais fumé de leur vie, quoiqu'ils eussent tenté pour s'y habituer, . . Le tabac leur faisait meily etc., etc. Cette déclaration trouva le conseil incrédule, car tous le« Arabes fument, enfants, hommes et vieillards, à l'exception des marabouts, qui font abstinence, et l'estomac bédouin est à l'abri de toute défaillance. Plus de quinze témoins furent entendus à charge et à décharge; ils déclarèrent sans sourciller que les accusés ne fumaient pas, et que le f lit, assez singulier, était

Mebrouk avait donc lu, dans le regard dédaigneux et le sourire du kaïd, que

cependant notoire. Les témoins avaient tous prêté serment selon la loi, et il y avait parmi eux des hommes graves, notamment un cheïck de tribu. Le conseil dut accepter ce témoignage unanime, mais comme les débats avaient révélé des preuves suffisantes pour constater la culpabilité des accuséi, ils furent condamnés à vingt années de travaux forcés. La sentence rendue, on alla chercher les accusés dans leur prison pour les conduire devant la garde assemblée, et leur signifier leur condamnation. L'étonnement fut grand de les voir paraître chacun un cigare à la bouche. . . l'affaire était jugée, il n'y avait plus à y revenir ; ils fumaient^ dirent-ils, pour se consoler.

les cavaliers envoyés chez les Garabas rapporteraient un démenti à Thistoire qu'il avait racontée.

— f Le kaïd me fera passer pour un imposteur, s'était-il dit : — On me tuera et Messaouda deviendra la proie de mon calomniateur. Mais non, Messaouda périra avant moi ; nul autre que son maître légitime ne s'assiéra, rayonnant, sur gon dos »

Et, comme consolé par cette énergique résolution, le brave enfant s'était endormi sans maudire sa destinée.

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Cependant, le kaïd avait fait partir deux cavaliers choisis, après leur avoir donné d'assez longues instructions , et ces hommes s'étaient chargés des trois lettres de Mebrouk.

L'un des cavaliers se dirigea sur le douar de Mebrouk avec la lettre adressée à Sidi-Khalaf, qui devait lui servir de iaissez'passer.

L'autre prit plus à gauche et marcha vers le Tlélat, où se trouvait l'émir Abdel-Kader.

Au petit jour, les deux messagers arrivèrent à destination.

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