‹ Scènes de la vie arabe (volume 5)Chapitre 25 sur 34 · D SAN6. SI · texte numérisé non relu

D SAN6. SI

Messaouda avait fait son repas du matiû, la tête plongée entre lesmains de son maître qui Tarait comblée de tendres carewes; le pauTre enfant s'était plu à prodiguer les mots les plus doux à Tamie de sa captivité, à Tespérance de ses rêves.

11 iui avait raconté de longues histoires où hs noms de Salem, de Ben-Taïeb, de i'émir, de Khalaf étaient mêlés à celui de Meryem.

La soif de la vengeance et l'ivresse d'un premier amour, avaient donné le

vertige à cette tête trop jeune pour ne pas succomber sous le poids d'un pareil fardeau, et la triste réalité était venue assombrir tous ces beaux projets menacés d'une sanglante catastrophe.

A l'apparition du kaïd, son enaemi instinctif, Mebrouk reprit tout son sangfroid.

Il s'assit à l'ombre que projetait Messaouda, ferma les yeux et parut s'endormir.

Eh bien ! dit le colonel au kaïd : tu

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penses donc que cette jument est d'un grand prix... pourquoi ne Texamines-tu pas au grand jour?

— J'ai fait erreur, répondit le kaïd ; l'homme a de mauTais yeux la nuit ; cette bête a de très-belles formes, mais elle manque de race; un cavalier vulgaire peut s'y tromper.,, un homme de ma condition ferait un péché s'il n'y voyait pas plus clair.

— Quanddonc as-tu étudié, avec soin, cette jument?

— Avant d'entrer dans la tente, tout à

l'heure, et depuis que qous nous promenons.

— Il m'a semblé que tu ne l'avais pai

regardée.

— Est-il possible 'qu'un Arabe de la plaine paise si près d'un cheral «an»

l'examiner des pieds à la lêle ? J'ai découvert deux imperfections, et cela m'a suffi pour détourner ma curiosité.

A ces mots, Mebrouk ouvrit un œil ot sourit de colère autant que de pitié.

— Demande à cet enfant, continua le kaïd, si sa jument est telle que je l'avais jugée cette nuit ; à moins qu'il ne Tait volée et qu'il ne veuille te la vendre, il avouera que je dis vrai... interroge-le, il fait semblant de dormir, mais il m'entend.

— Moricaud, dit le colonel s'adressant à Hebrouk, quels sont les défauts de ta jument ir

— Je ne lui on connais qu'un,. Seigneur, mais hélas ! il est bien grand !

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Le kaïd regarda le colonel avec un sourire de satisfaction.

Et ce défaut?

— Ma jument plait au kaïd, qui voudrait bien me faire couper le cou pour la confisquer.

— Comment, chien! s'écria le kaïd avec colère pendant que le colonel riait de bon cœur, nieras-tu que... Mais à quoi bon me fâcher et discourir &vec un enfant de cette condition? ajouta-t-iî en

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se reprenant. Seigneur colonel, j'aperçois mon messager qui rentre de sa course.

En effet, le cavalier apparut dans la plaine, au bas des légères éléyationsqui la bornent vers le Tlélat.

En moins de cinq minutes, le messager arriva devant le colonel et mit pied à terre.

Son cheval écumait, ses flancs étaient teints de sang et de sueur.

— Parle au chef, lui dit le kaïd.

— Seigneur, je viens de chez les Garabas, et j'y ai déposé la lettre dont j'étais porteur; puis, pour obéir aux ordres que j'avais reçus, j'ai interrogé les gens du douar, dont plusieurs sont mes parents, pour savoir ce que c'était qu'un enfant nommé Mebrouk, frère de Salem-ould- Kouïder, mis à mort il y a de cela quelques jours, par Brahim-ben-Taïeb, kaïd de Zemmora.

On m*a répondu dans plusieurs tentes, que ce Jlebrouk était étranger à la tri-

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bu, qu'on ne Ty connaissait pas, et qu'on n'avait nuiltment entendu dire que Salem-ould-Kouïder, qui appartient aux Garabas, mais à une fraction bien plus éloignée, eût été tué.

— Alors, tu n'es pas allé dans mon douar! s'écria Mebrouk, transporté de fureur.

— A quel douarijappartiens-tu? demanda le colonel.

— A celui du marabout Adji-Adda, m ^,

— C'est là précisément que j'ai été, reprit le messager... j'y ai même appris a mort récente du marabout.

— Dieu est grand ! murmura le frère de Salem, en se recouchant avec calme et résignation, — Dieu est grand! le mensonge sera jugé quand les secrets du cœur paraîtront au grand jour !

— C'est bien, dit le colonel, tu jures avoir rapporté la vérité ?

— Par le livre de l'évidence (1), j'ai

(1) Le Livre de l'évidence ou le Livre évident est

rapporté la vérité , répondit le cavalier qiii, après avoir reçu le prix de sa course, remoDta à cheval et se retira.

— Je ferai justice de ce petit traître, reprit le colonel, et quand son heure sera venue, pour te remercier du service que tu viens de me rendre, je te ferai cadeau de cette jument... quoiqu'elle soit indigne d'un cavalier tel que toi.

— Tu es le maître, répondit le kaïd

un livre gardé au ciel, et où sont inscrits tous les arrêts qui régissent le monde. Le Livre évident est aussi un des noms du Roran.

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avec une soumission fort digne, et en B'efforçant, mais en vain, de cacher sa joie qu'un rapide éclair avait tratiie dans ses yeux.

Le colonel le congédia après avoir fait profit de cette fugitive émotion.

Puisse tournant vers Alebrouk.

— Te voilà bien avancé? lui dit-il.J

— Dieu me sauvera, répondit Tenfant avec calme et courage.

— Je doute que moii Dieu, à moi, vienne à ton aide, car il punii.Ies traîtres, les inaposteurs, lei espions, et tu n'es qu'un vil espion.

- Tu dois le croire, et, cependant , cela n'est pas.

— 11 nous répugne, à nous autres chrétiens, de verser le sang...

Ton âge m'intéresse, je voudrais pouvoir te pardonner, ou trouver une preuve de ta sincérité.

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— Le kaïd a payé son serviteur pour obtenir son mensonge...

N'ag-tu pas vu ce méchant homme frémir de joie quand tu lui as promis ma jument Messaouda?

— Ce n'est pas là une preuve, dit le colonel, frappé de la sagacité de cet enfant, à qui rien n'échappait ..

— Cherche mieux.

— Présente ma jument à des cav.a-

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liers savants, et s'ils lui trouvent des imperfections, que je sois condamné!

— Mauvaise preuve encore, le kaïd peut se tromper de bonne foi.

Mebrouk se prit à sourire amèrement comme s'il eût voulu railler la naïveté du colonel.

Puis il s'écria :

— Eh bien I fais-moi tuer, je rf Couverai devant Dieu mes ennemis...

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Ma vengeance sera moins douce à mon cœur, mais plus terrible aux méchants !

— Je veux te témoigner une bienveillance exagérée, reprit le colonel, ému de cette résignation et frappé par ce cri de consciencee: Tu es mon prisonnier...

Il ne te sera fait aucun mal jusqu'à ce que j'aie pris sur toi de nouveaux renseignements... Essaieras -tu de m 'échapper?

— Où donc iraig-je? Ne suis-je pas venu à toi pour accomplir de grand pro-

jets?... Sois tranquille, je oe bougerai pas de cette place.

— C'est bien, fie-toi à ma parole, et si tu as été sincère, je serai ton protecteur.

— Tu es déjà mon père, répondit Mebrouk : tu es le père d'un orphelin l

Et il baisa les mains du colonel qui se retira profondément attendri.

— Pauvre Mebrouk ! une tempête 1"

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menaçait, au camp de l'émir, au moment même où il voyait, au camp des Chrétiens, briller un rayon d'espérance !

Khalaf-ben-Chérif, outragé dans son orgueil par le défi d'un enfant, n'était pas homme à dédaigner un être faible...

S'il avait le courage du lion, il y joignait la férocité du tigre î

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