‹ Scènes de la vie arabe (volume 5)Chapitre 8 sur 34 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

U Nuit. {SmiUlj.

Le lendemain, Mebrouk se rendit au camp d'Abd-el-Kader, et il se présenta devant Témir qui Pavait autorisé à Tap-

procher en toute occasion et à toute heure»

— Eh bien I Mebrouk, as-tu apaisé la tempête de ton àme t lui demanda Témir.

— Votre jugement, Sidi, m'avait rendu la paix, car je croyais à l'infaillibilité de votre sagesse.

— En douterais-tu donc maintenant ?

Non, Seigneur, je^n'en doute pas..'

J'ai appris hier que vous étiez, comme les autres hommes, sujet à vous tromper.

— Explique-toi : ta franchise me plaît!

— Hier, le marahout Adji-Adda m*a fait des révélations terribles, et il est mort aussitôt après, comme si Dieu eût à dessein, ^prolongé sa vie pour que le bruit de sa parole tintât jusqu'à ma dernière heure à mes oreilles.

— Et que t'a dit Adji-Adda ^ c'était un saint homme !

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— C'était un misérable !

— Ne saà^tu pas que parler ainsi d'un marabout, c'est offenser Dieu?

— Décidez donc ^ua-même.

Mebrouk raconta ce qui s'était passé entre lui et le marabout ; il n'omit aucun détail, et sa voix déploya une éloquence morose dans le récit de ce drame funèbre qui fit, sur l'émir, une puissante impression, quoiqu'il affectât de l'écouter avec une impassible froideur.

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■ — Et tu at ajouté foi à ce bavardage d'un homme ébloui par la mort! dit-il, loïsqiie Mebrôuk eut cessé de parler.

— Si les hommes craignent le mon- 80Dge, répondit "^lebrouk, c'est quand leurs yeux voient l'enfer et le paradis à travers les ombres de Téternité.

— Oui, lorsque leur vie a toujours été pure; mais quand ils ont perdu le ciel par leur inconduite, c'est en vain qu'un court repentir les saisit à leur dernier soupir; le démon, qui assiste à leur ago-

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nie, leur soiitfle des ) ueuso 1:1 ges pour les arracher à la cîémeuce de Dieu, et leur dernière action est toujours criminelle.

Dieu leur crie alors : Il est trop tard. Goûtez vos propres œuvres l (1).

— Ne disiez-vous pas tout à Theure qu'Adji-Adda avait été un saint homme?

— J'ai pu le croire, mais sa fin me démontre mon erreur... tu es bien jeune, Mebrouk, pour te livrer à la dissertation

(1) Koran. En effet, le prophète n*a pas admis qu'un moment de repentir pût sauver les âmes et les purger de leurs souillures.

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de c*îs choses subtiles. Quand tu posséderas, comme moi, le texte de tons les commentateurs (1), ajouta fort habileli.ent l'émir, que l'obstination de Mebrouk commençait à embarrasser, tu reviendras me trouver, et nous causerons de la grande affaire qui t'occupe à tort maintenant. D'ici là, sois en paix avec ton âme, prie et médite en te préparant à combattre.

— Je vous remercie, seigneur; je îerai ces Irois choses, répondit Mebrouk en

(1) Leg Commentateurs du Koran.

paraissant céder à une soudaine conviction; vous avez dissipé les ténèbres qui enveloppaient ma raison.

Pendant que Mebrouk regagnait son douar, il vit sortir d'un buisson de lentisque, un nègre qui semblait l'avoir attendu au passage.

Ce nègre était le boiteux Milou4.

— Que tce y ax-tu ? demanda Mebrouk

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— J'arrive à toi les mains pleines et non pas vides comme un mendiant,..

Je n'ai rien à te demander, et je t'apporte beaucoup.

— Je suis pressé, ne m'arrête pas pour me débiter de vaines paroles. Es-tu sensé ou fou? Si tu es sensé, hâte-toi d^ m'entretenir ; si tu es fou, écarte-toi de mon chemin, @t viens à l'heure du repas sous ma tente, tu y seras bien reçu.

^ Mon esprit est aussi sage que le tien, et la faim n'a jamais chagriné mon

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ventre. 0 Mebrouk, ne vois-tu pas que je te suis un hoarne utile !

-En quoi?

— Ne cherches-tu pas à te venger de trois personnes, de trois puissans de la terre ?

— Assurément je n'y songe pas, répondit Mebrouk, qui se défiait d'un piège.

Alors tu n*es qu'un chien !...

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Misérable esclave !

— Allons donc! fâche-toi pour que la vérité se fasse jour sur tes lèvres... tu'as à te venger de Bralïim-ben-Taïeb et de Khalaf ben-Chérif, meurtriers de ton

frère... tu as à te venger de Sidi-Abd-el- Kader, le. juge prévaricateur... et moi, j'ai fait serment de nuire à Khalaf-ben- Chérif.

Tu [le vois, nous devons nous entendre... assieds-toi près de ce biiisson qui m'abritera ; si Ton nous voyait ensemble mes desseins avorteraient.

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