‹ Scènes de la vie arabeChapitre 10 sur 18 · IX PRIX · texte numérisé non relu

IX PRIX

féroces que des nègres esclaves s'empressèrent de disperser.

—Où est la tente de Sidi-Brahim-ben- Taïeb? demanda Salem.

— Là, lui répondit-on, en lui montrant une vaste tente posée près de deux oliviers centenaires qui ombrageaient une source bouillonnante: maislekaïdesten voyage.

— N'y a-t-il pas, ici, quelqu'un pour le représenter?

— Oui, son père..., ce vieillard qui est assis sur un tapis, près de la source.

Salerai se dirigea vers le lieu indiqué, arrêta sa monture à quelques pas du tapis où le père de Ben-Taïeb fumait en prenant du café , et dit d'une voix hjute et ferme ces deux mots qui, aans les mœurs arabes, font de tout voyageur un hôte envoyé par Dieu.

~ Dif-Rebbi.

— Sois le bien-venu, lui répondit le vieillard, en ordonnant, d'un geste.

qu'on s'empressât autour de l'invité du Seigneur.

Plusieurs esclaves, en effet, se précipitèrent pour tenir l'étrier au voyageur; mais Khalaf qui s'était élancé à terre, écarta ces gens sans les rudoyer, et rendit à son prétendu maître les devoirs d'un zélé serviteur.

Salem vint s'asseoir près du père de

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Ben-Taïeb, qui lui offrit sa propre pipe et la tasse de café qu'il allait porter à ses lèvres.

Khalaf conduisit les chevaux à l'eiidroit qui lui fut désigné pour la nuit, les entrava, leur donna Torge, et parut s'inquiéter beaucoup de la manière dont serait traité son maître, qui, par la magnificence de son équipage, excitait déjà dans le douar une admiration générale.

On aurait pu voir une main noire sou'

lever avec précaution lun des bords de la tente de Ben-Taïeb ; puis, apparaître par cette étroite ouverture, après la tête d'une vieille négresse aux joues couturées, le blanc et frais visage d'une jeune femme qui brilla, dans la teinte sombre du crépuscule, comme la première étoile d'une nuit d*été. •

Cette femme, c'était la belle Meryem; son cœur avait battu, son âme avait souri.

EIL venait de voir Ben-Cherif , son

bien-aimé, et elle était tombée, toute frémissante de bonheur, dans les bras de sa nourrice, la négresse Yaya.

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Meryem.

Lella Meryem (1) n'avait pas seize ans,

(1) LeUa est un titre qu'on donne aux femmes ou filles de qualité. La femme noble est dite LeUa kbira (grande dame^; la demoiselle noble lella, trera (dame petite).

mais, au chaud soleil d'Afrique, les femmes, comme les fleurs, sont hâtives; du soir au lendemain les verts buissons fleurissent, et, de l'automne au printemps les fillettes oublient les chansons de Tenfance, en écoutant battre leurs cœurs.

Meryem avait même'dépassé l'âge où, d'habitude, les familles arabes marient leurs filles, et elle était dans toute la sève de sa riche beauté.

C'était une femme de haute origine, portant sur son front, dans 1 éclat de ses regards, dans l'autorité de son geste et l'impérieuse vivacité de sa parole, le

DU SANG. Hi^

cachet de cette race superbe des grand» seigneurs du Sud, dont les chevaux sont caparaçonnés de toiles d'or et de soie, dont les tentes sont dressées et servies par de nombreux esclaves achetés au pays des Nègres, qui chassent au faucon et se considèrent comme les dominateurs de la terre africaine, depuis les sables du désert jusqu'aux coquillages baignés par la Méditerranée.

Meryem était de taille moyenne; ses grands yeux noirs, couronnés de sourcils qu'un poète arabe eût compar

es a

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