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elles emploient toutes les ressources imaginables pour écarter ce projet de son esprit, et l'on voit alors se reproduire, soiîs latente,les mêmes scènes d*intérieur qui, souvent, agitent ia vie domest'que dans nos familles européennes, i^a femme est femme en Afrique comme partout; elle met là en œuvre, pour îe triomphe de sa volonté, autant de finesse, autant do persévérance, de génie , d'intelligente révolte et de larmes . que le sexe charmant dont la société chrétieniie a émancipé le gracieux despotisme,
il y eut donc cabale secrète contre Meiyem, entre les femmes de Brahiai-
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Len-Tiiïeb, à dater du jour où sou oïjcle se mit en route pour Taller chercher darjs le Sud ; et il ne fallut pas longtemps à la vieille nourrice Yaya , pour deviner qu'une grosse haine s'était amassée contre sa maîtresse sous la tente qui devait l'abriter.
Ben-Taïel) ne tarda pas à déclarer ses inteiitions à sa nièce, qui, sagement conseillée par sa nourrice, deoianUa du temps pour pleurer son père,témoigna un grand respect et une vive gratitude à son oncle en lui laissant espérer qu'elle l'aimerait dès que ses larmes auraient cessé de couler. Elle profita de la joie que le
kaïd éprouva en recevant cette réponse pour obtenir de vivre isolùe des autres femmes, afin d'échopper à des distractions que repolissaient énergique aient sa piété filiale et son deiiiL Au moyen de l'une de ces cloisons en étoffes que les Arabes pratiquent dans leurs tentes, pour y établir des compartiments qui mettent leur intérieur à l'abri des regards indiscrets, 3Ieryem se vit séparée de ses futures compagnes, et eut, pour elle et sa nourrice, la moitié de la vaste terne des femiiics du kaïd.
^ La négresse Yaya ne cessait pas de dire à Meryem, mais à voix basse :
— Sois confiante dans la parole de Sidi-ben-Chérif. Ce seigiseur dès qu'il apprendra notre départ dn Guebla se mettra a notre poursuite, et, ici aucune considération ne devra l'arrêter; il farrachera au triste sort que te réserve ce vieux taïd, amoureux de tes richesses encore plus que de ta beauté; ne te désole donc nas, chère fille, et nn pleure pas comme tu fais pendant des nuits entières ; tu po:2rraiK enlaidir! Ben-Chérit n'est pas loin ; nous le verrons apparaître brillant comme ces guerriers qui combattent avec des armures d'or, et bientôt son noble vi?age effacera les terreurs que te causent le front ridé, Its joues pâles et l'œil gris
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de too oncle ambitieux. Dieu leputiis^e!
Meryem répondait à ces exhortations par un sérieux mélancolique, et ses yeux, chargés de pleurs prêts a couler regardaient sur une petite branche de laurierrose dont les feuilles déjà jaunies, malgré les tendres soins qui lui avaient é^é prodigués, parlaient h son cœur un langage passionné,, mais triste.
— Eh bien! renrenait aussitôt la nourrice, habile à ranimer l'espérance défaillante de la jeune fille, n*es-tu pas en ce moment oublieuse, injuste envers ton fian:é? N*a-t-il pas prévu que des évé-
nements pourraient, faire obstacle à -^on ardeur, et n'a-t-il pas dit qu'il te délivrerait de tes persécuteurs avant que les feuilles de ce laurier fassent desséchées et détachées de leurhranche? C'estàpeine silos feuilles ont jauni ; vois si elles ne sont pas solidement attachées, vois s'il en manque une... O Meryem! tu es une fille aimée de Dieu. Je te îe répète, ne t'afflige pas en vain; tu serais ingrate envers le ciel, et ton désesDoir me ferait mourir!
Meryem reprenait courage à ces bonnes paroles; mais la vue de son oncle, et tes désirs qui perçaient dans ses re-
gards, ramenaient son épouvante et rap^ pelaient ses larmes.
Une nuit, Yaya fît un bond sur ia natte où elle couchait aux pieds de sa maîtresse.
— Tu m*as tait peurl dit la jeune fille, et tu m'as réveillée en sursaut au moment où je venais de m*endormir... Ah!
ce sommeil me semblait cependant bien doux! 11 y a si longtemps que uies yeux refusent de se fermer 1
— Enfant, répondit la nourrice avec
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émotion, je viens d'avoir un songe : J'ai vu des sauterelles sans nombre. . .
— nélas! répondit M^ryem, tu connais le proverbe de mon pays, écrit par le savant Ben-Moussa : < Si vous voyez des sauterelles en songe, le lendemain vous verrez de mauvaises gensf >
—Oui; mais le savantBen-Moussa n'at-ii pas écrit dans son livre: 'Si vous rêvez qiiil pleut des sauterelles et quelles sont d'or.. Dieu vous rendra ce que vous avez perdu / »
Sans doute.
— Alors, iaisse-moi te raconter mon rêve:
«Nous étions, toi et moi, dans un vaste plaine comme celle que Ton découvre de ce plateau en regardant vers l'ouest Tu pleurais, et tu appelais Ben- Chcrif à grands cris... Tu disais : «Dieu qui fais les miracles, rends-moi le noble seigneur dont tu as enraciné le souvenir dans mon àme...> Et ta voix mourait sans écho, sans même éveiller, dans les broussailles, les oiseaux endormis. Mais, tout à coup, un noir nuage passe avec rapidité sur la face de la lune, et nous
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plonge dans d'épaisses ténèbres; puis ce nuage vient à nous, s'abaisse, et de ses flancs, qui semblent porter la grêle et la tempête, s'échappent des millions de sauterelles qui s'abattent sous nos yeux, sans nous toucher. A cette nuit miraculeuse succède aussitôt un jour radieux, qui nous montre le soi jonché de sauterelles aux ailes d'or. J'en ramasse, troublée par le bonheur que j'éprouve, et aussi pour convaincre ton incrédulité qui s obstine à nier le céleste avertissement de cet heureux présage, et tu reconnais avec moi que ce sont bien des sauterelles semblables à celles que le kalife Aoinar envoya chercher dans l'Ya-
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men (l) : elles avaient la tête du cïicvral, les yeux de l'élcphaut, le cou du taureau, les cornes de Tantilope, la poitrine du lion, les ailes de i'aigîe, les cuisses du chameau , les pattes de Tautruche, le
(1) Sous le kalifat d'Aomar ben-el-Khottab, les sauterelles sembl.iientavoirdisparu complètement; Aomar en conçut le plus grand chagrin, la plus vive inquiétude, et des courriers furent envoyés dans l'Yamen, dans le C/mm, dans l'/racA;, pour s'informer si l'on n'en avait pas vu. Le courrier de l'Yaiien en rapporta une poignée, et Aomar s'écria : Dieu est le plus grand ! Dieu est le plus grand ! ( Légende arabe rapportée par le général Daunias, dans son itinéraire du Sahara au' pays îles nègres).
ventre du scorpion et le corps du serpent (l), mais leur corps entier avait ia couleur de l'or le plus pur. La joie que j'éprouvai à contempler ce signe céleste de ton bonheur me réveilla brusquement. >
— Et moi, que faisais-je'^ demanda Meryem, toute palpitante.
—Tu louais le Seigneur et tu murmurais le nom de Sidi-Khalaf-Ben-Chérif.
(1) Celte cIescrii3lion originale de la saut(iielle j manque pas d'une certaiae exactitude.
— Dieu ne a>e protégera pas, reprit Bleryem avec tristesse, car ton rêve ne m'a pas entièrement consolée. Je manque de foi dans l'avertissement du ciel... je suis impie !
— Et moi, je suis sûre que demain nous aurons des nouvelles de ton fiancé, je suis sûre que bientôt nous le verrons lui-même.... Ainsi, Merycm, ne songe plus qu'à te parer de ta beauté.
Cette conversation, poursuivie jusqu'au jour à voix basse, pour qu'elle ne fût pas entendue des femmes du kaïd,
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releva cependant le courage abattu de Meryem, jusqu'à l'heure du méguil, fixée daî]S tous les douars, pour faire la méridienne. Un peu avant ce moment, le kaïd vint annoncer à sa nièce, qu'appelé à une fête religieuse dans la montagne,il se mettrait en route le lendemain. Puis, profitant de cette occasion, il denaanda à Meryem si elle ne songeait pas à rompre son deuil pour répondre à ses brùlans désirs.
A cette brusque question, Meryem baissa les yeux beaucoup moins par pudeur que pour cacher son trouble, et cet
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fut Yaya, la nourrice, qui se chargea de parler pour elle.
— Seigneur kaïd, dit-elle : tu es notre père et nous f aimons avec piété. Que le Dieu clément "protège ton voyage et, à ton retour, tu nous trouveras disposée à accepter les offres de ta générosité.
— Ce voyage ne sera donc pas long!
s'écria Ben-Taïeb, transporté de joie... Je comptais rester quatre jours absent, niai^ dans deux nuits je serai de retour. . . Toii nourrice, je te donnerai autant d'argent, pour recounaitre (es services, qu'il
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en pourra contenir dans les deux mains vingt fois pleines.
— Qu'as-tu fait, malheureuse? dit la jeune fille, lorsque Ben-Taïeb Teut laissée seule avec Yaya.., tu veux donc me condamner à mourir, car je me tuerai plutôt que de manquer à mes serments.
— Ne fallait-il pas que ce vieil homme s'éloignât plein de confiance et de sécurité'? répondit triomphalement la nourrice; ne devons-nous pas préparer un champ libre à BenChérif qui va venir?
—Tu te fais illusion! La journée est à
demi-écoulée... ton i;êve nous a trahies...
— Ecoule ! interrompit brusquement et avec lèu la négresse... entends-tu?
— Quoi
— Cette chanson.
— Eh bien! c'est le pauvre Miloud qui chante son éternel refrain.
— Le boiteux, tu le sais, ne chante que
quand il a le cœur bien gai... Il chantait ainsi lorsqu'il m'apporta cette branche de laurier-rose; et, depuis lors, il a été triste comme nous, bien triste!
— Chère nourrice, tu continues de rêver.
^Par lepéchéde mamèrel Miloud doit avoir une bonne nouvelle à m'annoncer ! Sa chanson m'appelle, et j'y cours.
Disait cela, Yàya sortit en toute hâte de la tente de Meryem, et elle resta de-
hors assez longtemps pour que la jeune fille en conçût une vive impatience. Elle arriva enfin, poussant devant elle, non sans peine, un magnifique lévrier noir qui s'efiorçait de rompre la corde attachée à son cou.
— Que se passe-t-il ? demanda Meryem avec une agitation fiévreuse... où as-tu pris ce slougui, et pourquoi me Tamènes-tu ?
Yaya mit deux doigts sur sa bouche, en signe de silence et de prudence, puis,
se baissant jusqu'à Foreille de sa raattresse, elle lui dit :
— Le rêve n'a pas menti; ce chien est au seigneur Khalaf. . . . Miloud a vu son serviteur et lui a parlé. . . . Demain ton fiancé se prosternera a tes genoux.
eryem éprouva un tremblement nerveux, à cette nouvelle inattendue; elle pjussa un cri ,malgré la recommandation de sa nourrice, et fut comme folle pendant quelques instants, riant de toute la joie de son cœur, s'agitant sur le tapis qu'elle avait si souvent trempé de ses
larmes; et, dans cette exaltation insurmontable, n'écoutant ni les signes ni les prières de la pauvre Yaya, qui, cependant, s'évertuait à la calmer et à lui faire comprendre que les femmes du kaïd prêtaient roreille à ses extravagances.
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