‹ Scènes de la vie arabeChapitre 7 sur 18 · DU SAHO · texte numérisé non relu

DU SAHO

un anneau d'argent attaché au cou du lévrier; j'avais bien dit à la négresse de Lella Meryem, que si le chien nous revenait portant au cou l'un des chrelchral (1) de la fille i'Abib-ben-Taïb, ce signe vous serait favorable.

— Ainsi, sans plus tarder, à cheval!

s'écria Khalaf; voilà une journée qui commence ta fortune.

(1) Les chrelchral sont les anneaux que les femmes portent au-dessus de la cheville. Le métal de ces anneaux, dont se paraient égal emi^nt les dames romaines, varie selon la fortune des familles.

Disant cela, Ben-Gherif prit sa djébirah et la jeta à Salem.

— Gomme mon père, je n'ai qu'une parole, ajouta-t-il; prends tout cela au nom de Meryem, mon étoile.

Salem se leva, baisa la main de Khalaf en té noignage de respectueux remercîmcnts, et se mit en devoir de desseller les chevaux.

Il faut bien, dit-il, après avoir fait

quelques caresses à sa jument, que îe marabout Adji-Adda... Dieu lui rende les bienfaits qu'il a prodigués à mon enfance! m'ait recommandé de vous aimer comme mon frère, et de vous servir comme mon seigneur, pour que je consente à remplacer ma selle par la vôtre sur le dos de Messaouda!.. C'est une coupable action qu'un bon cavalier ne doit jamais faire... le démon pourrait monter en croupe derrière moi !

— Mon harnais te portera bonheur:

ne suis-je pas le cavalier le plus vanté

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du Guebla (1)? Ne vas-tu pas t'armer de mon noble tusil , et chausser mes vaillants éperons*^ N'est-ce pas à une fêle qut nous marchons?

— Oui, s'il plaît à Dieu! répondit assez tristement Salem ; nous sommes d'ailleurs trop avancés dans Taventure pour songer à reculer.

— Que le Seigneur m enterre droit

(1) Guebla, sud.

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comme un juif (1)! si je renonce à ma charmante entreprise, interrompit Khalaf avec vioience. Celui qui est lâche en amour est lâche au combat; et c'est pour cela que les femmes glorifient leurs

amants frappés du sabre Dépôche-

toi, Salem, le soleil va bientôt se cacher derrière les collines.

Saîem, après avoir mis à Messaouda le harnachement complet de Chitann, et à Chitann le harnachement de Messaou-

(1) L'un des serments dont les Arabes sont généralement sobres.

LE PRli

da,s-approcbadeRhalaf.etluidit,en se débamssaDt de ses burnous:

— Anous, maintenantt

Les deux cavaliers échangèrent leurs vêtements, de pied en cap; de sorte q«e Salem éprouva un tressaillement de va- „ité en se coiffant du grand chapeau de

paille de Ben-Cbérif, dont les beaux habits et les armes de luxe excitaient peutêtre ses secrètes convoitises.

Le lévrier, apte, avoir flairé les mains

de son maître, était allé se coucher près de la tête de Chitann, qui, heureux de l'avoir retrouvé, le caressait du bout des lèvres.

Sidi-Khalaf s'arrêta un moment à regarder le gracieux badinage de son cheval et de son chien ; puis il secoua la tête avec chagrin.

— Qu'allons-nous faire de votre slougui? demanda Salem, nous n'avons pas songé à cet embarras (1).

(1) Stougui, lévrier.

— J'y pense, répondit Khalaf, s'il nous suivait, il no'js trahirait; si nous rattachions ici, les hyènes le mangeraient pendant la nuit, ou bien il hurlerait, et quelque flitti (1) s'en enaparerait, ce qui ferait découvrir notre ruse. Allons ! son mauvais jour est venu.

(1) Flittiy singulier de Flitta.

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