UNE VENTE AUX ENCHERES
L'a édilear pai'isit?n a roçu une lettre singulière et touchante d'un de nos confrères les mieux connus, un des sept ou huit poètes que l'on cite, lorsqu'on s'avise de citer des poètes.
Dans cette lettre, dont on me communique quelques passages, le poète en question exprime le besoin immédiat (ju'il a d'argent Marques d'élonnemenl sur plusieurs bancs] et
raconte l'idée qui lui est venue pour s'en procurer.
C'est lui qui écrit :
« On raconte que le comte d'Orsay, presse d'argent — lui aussi — mit en gage un bouton de l'uniforme de son pèie contre une somme assez considérable. Je crois avoir trouvé mon bouton. Ecoutez-moi bien, Dans les premiers jours de la quinzaine procl)a|ne, Jo mets en vente à rbôte4 de la ruo Drouot.,, devine/// UdmonneTi
y) Vous avez bien lu, chor ami, oui, un sonnet.
» Je jouis de tout mon bon sens,
» Quatorze vers inédits, écrits de ma main, signés de mon nom.
» Pourquoi un sonnet ne serait-il pas enfin assimilé à toute autie œuvre d'ait, à un tableau, à un bijou, à un émail, à une taba-
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tière? — Voilà trop longtemps qu'on nous compare à des artistes pour que nous n'ayons pas enfin les bénéfices des artistes. Voilà trop longtemps qu'on a dit de telle ou telle de mes poésies : « C'est un Watleau ! C'est unTéniers ! C'est un Clodion ! » pour que je n'aie pas acquis à mon tour le droit au marteau d'ivoire.
» Je vous assure que mon sonnet est travaillé, fouillé, avec toute la conscience superstitieuse que vous me connaissez. J'en suis content, c'est assez vous dire, — car je suis fièrement difficile.
» Posséder une page inédite d'un auteur marquant, n'est-ce donc pas un luxe I Dans le cabinet d'un opulent amateur, mon sonnet copié de ma plus belle écriture, sur papier bristol, ne ferait-il pas bonne figure dans une coupe d'onyx, sur une table en mosaïque de Belloni ?
» Et pais, mon cher ami, il me plaît d'interroger l'opinion publique, de connaître ma valeur sur la place. Je veux savoir à quoi m'en tenir sur les sympathies que mon nom peut éveiller. C'est drôle : en mes rares heures d'orgueil, je m'imagine qu'il existe quelque part, surtout en province, au fond de certaines campagnes, des âmes que j'ai consolées ou amusées, et qui m'aiment. Elles n'attendent peut-être qu'un signal de moi pour se révéler... et me donner commission.
» Voyons, ne souriez pas trop !
» Je demeure, après tout, dans mou rôle d'écrivain : j'ai toujours eu affaire directement avec le public ; je ne fais pas autre chose aujourd'hui, — Brave public ! il m'a octroyé une petite réputation dont je le remercie de tout mon cœur. H me croit riche sans doute; jo vais lo désabuser par mon appel imprévu i