‹ Scènes de la vie cruelleChapitre 21 sur 34 · PROLOGUE DANS LE CIEL · texte numérisé non relu

PROLOGUE DANS LE CIEL

Des nuages, rien que des nuages, trop de nuagei.

LES TROIS ARCHANGES, puis MÉPIIISTOPHÉLÈS

UN SON, dans le loinlain. — Boum !... Boum I...

RAPHAËL. — Qu'est-ce que c'est que ça?

GABRIEL. — Ça ? ça ne peut être que le tonnerre.

Micui£L. — En elïet.

lu

2oi SCÈNES DE LA VIE CRUELLE

TOUârLES TROIS. — Le tonnerre résonne sur le mode antique dans le chœur harmonieux des sphères.

MÉPHISTOPHÉLÈS, survenaut. — En Voilà deS

serins ! Ils prennent ce bruit pour celui du tonnerre.

RAPHAËL. — Encore toi, maudit?

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Et pourquoi pas ? Estce que vous avez loué le décor pour vous seuls, par hasard ?

RAPHAËL. — Je vais te faire mettre à la porte.

MICHEL. — Où est ma lance?...

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Vous oubHez, mes petits, que j'ai mes libres entrées.

GABRIEL. — Sous l'ancieune direction, c'est possible, mais...

LE MÊME SON, du lointain. — BQUm !

LES TROIS ARCHANGES. — Le tonuerre ré-

sonne sur le mode antique dans le chœur harmonieux des sphères.

MÉPHiSTOPHÉLÈs. — Non, Raphaël; non, Gabriel ; non, Michel ; ce que vous entendez, ce n'est pas le tonnerre

RAPHAËL. — Qu'est-ce que c'est alors ?

MÉPHISTOPHÉLÈS. — C'csl le dernier écho de la dernière volée de coups de canon que les hommes se sont envoyés entre eux sur la terre de France.

GABRIEL. — Allons doucl II y a plus de vingt mois que la guerre est finie.

MÉPHISTOPHÉLÈS, haussant les éiiaules. — Ignorez-

vous donc le nombre de kilomètres que le son parcourt à la seconde ? Ah ça ! on n'a donc ici aucune idée des lois de la physique? Drôle déboîte! — Apprenez, mes amours...

RAPHAËL, sévèrement.— MéphistO 1

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Mcs auges, veux -je

dire... Apprenez qu'à la hauteur où votre paradis est perché, vingt mois représentent juste le temps qu'il faut à un coup de canon pour arriver à vos célestes oreilles. Lisez Jules Vernes! Lisez Jules Vernes I

GABRIEL. — Tu te gausses de nousl

MICHEL. — Nous n'avalons pas cela, Méphistophélès.

MÉPHisTOPHÉLÈs. — Avalez ou n'avalez pas, mes enfants; c'est le cadet de mes soucis... Je ne suis pas venu pour faire votre éducation.

RAPHAËL. — Au fait, pourquoi cs-tu venu?

MÉPHISTOPHÉLÈS. — J'ai besoiu d'une passe pour me rendre sur terre... d'un permis de circulation, aller et retour.

RAPHAËL. — Tu en demandes bien souvent, des permis de circulation.

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Bah ! qu'est-ce que cela

LE DERNIER FAUST rïï

coûte à votre Compagnie? 11 est si riche le réseau du Grand Sidéral.

RAPHAËL. — Allons, Michel, signe-lui une passe. . . valable pour trois mois. Ta Méphistophéiès.^ Tu sais, maudit, qu'elle est personnelle ; ne va pas t'aviser de la prêter à Belzébuth ou à Asmodée.

MÉPHisTOPHÉLÈs. — Soyez tranquilles.

MICHEL, lui donnant lapasse. — Voilà.

MÉPHisTOPHÉLÈs. — Merci, mes chérubins.

Ne vous dérangez pas pour me reconduire...

je connais le chemin, (ll piétine sur les nuages et s'enfonce graduellement.)

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