‹ Scènes de la vie cruelleChapitre 28 sur 34 · UNE PETITE CHAMBRE D'HOTEL GARNI RUE GUJAS · texte numérisé non relu

UNE PETITE CHAMBRE D'HOTEL GARNI RUE GUJAS

Méphislnphclè?, en veston du malio, apprête le café au lait do Nina Pèse-Liqiieurs, qui est encore au lit.

La flamme s'accroît, le lait bout, L'insidieux mélange va s'opérer...

Pourvu qu'il nous reste un peu de sucre De noire provision de dimanche dernier!

NINA. — Qii'est-ce que tu marmotles-là, mon vieux chien ?

MÉPHisTOPHÉLKS. — Rieii... une ancienne habitude.

NINA. — Passe-moi le tabac qui est sur la table... avec les allumettes.

MÉPHiSTOPHÉLÈs. — Vollà, ma Niniche.

NINA. — As-tu donné à manger aux petits oiseaux, ce matin?

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Ah! sapristi ! j'ai Complètement oublié.

NINA. — Méchantl Qu'est-ce que tu dirais, si le bon Dieu t'oubliait aussi"?

Mépliistophélès tousse.

MÉPHiSTOPHÉLÈs.. — La fautB est facile à réparer.

Il cuvTô la feoétre et cmiclte du pain sur le reborJ on fredonnant.

Petits becquants, venez tur ma venterne Briffer de ce lartif que vous offre m:i poigne...

Suis-jo assez pastoral I je me le demande.

Un coup de sonnette.

NINA. — Tiens! on a sonné.

MÉPHISTOPHÉLÈS, — Quelqu'un de tes créanciers, sans doute. Cela ne nous change pas... je commence à m'y faire.

NINA. — Ouvre toujours.

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Toujours... c'cst le mot.

Il va ouvrir.

FAUST, enlran', pâle el défail. — Ouf ! j'ai GLl aSSeZ

de peine à te dénicher, Mépliistophélès.

MÉPHisTOPHÉLÈs. — Faust ! toi, ma bonne vieille I Comment va ?. . . Tu vas prendre quelque chose avec nous, n'est-ce pas?

FAUST. — Il s'agit bien de cela, ma foi !

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Veu\-tu déjeuner? Le charcutier d'en face est de première force sur les côtelettes aux cornichons.

FAUST. — Tu m'assommes, maudit!

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Mais, au fait, je ne t'avais pas encore regardé... Ta figure est toute bouleversée. — Vois donc, Nina, comme Faust a une drôle de trompette!

NINA. — Oui, monsieur est bien laid.

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Ah ça ! quest-ce qui t'est donc arrivé, ma pauvre bianche ! Contenons ca.

FAUST. — Il m'est arrivé que la comtesse Galion de A'igo m'a fait faire des sottises.

MÉPHisTOPHÉLÈs. — Aïe ! aïe !

FAUST. — Elle et le baron de Honfleur... et d'autres escogriffes encore... Bref, je suis poursuivi pour avoir eu la faiblesse de S(ju5crire certaines lettres de change.

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Des lettres de change?... Hum! ne seraient-ce pas plutôt des faux'?... Voyons, verse-toi dans le sein de ton vieux Méphisto.

FAUST. — Les subtilités de la langue française me sont inconnues.

MÉPHISTOPHÉLÈS, — Aimable pratique!

FAUST. — Enfin, il ne me reste que le temps de fuir, à ce que m'a conseillé un jurisconsulte sans ouvrage.

MÉPHISTOPHÉLÈS.— Fuir. .. devant le danger?

FAUST. — Devant la police.

MÉPHisTOPHÉLÈs. — Je lie reconnais plus là mon élève. Dis tout de suite que tu as le trac.

FAUST. — Je ne sais pas ce que c'est, mais je dois l'avoir. Quoi qu'il en soit, je quitte Paris.

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Quand?

FAUST. — A l'instant même, tarteiflel Pars avec moi, Méphistophélès, pars tout de suite !

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Moi ?

FAUST. — Sans doute.

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Mais je n'ai pas fait de faux, moi ! Mais je me trouve fort bien à Paris, moi!

NINA, à Faust. — DiteS dOHC, VOUS, VOUS

. allez laisser mon homme tranquille, n'est-ce pas?

LE DERiMEK FAUST 291

FAUST. — Ton sort est lié au mien.

MÉPHiSTOPHÉLÈs. — Qui Gst-ce qui a dit cela ?

FAUST. — Le pacte, tu le sais bien, puisque c'est toi qui me l'as fait signer.

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Je me fiche du pacte... Je ne bouge pas d'ici ; je reste avec ma petite femme.

NINA. — Tu as raison, mon chien ! (MinaujaDi.) Qui est-ce qui n'aime bien sa petite Nina?

MÉPHISTOPHÉLÈS. — C'cst SOU grand Mépbisto, na I

FAUST, stupéfait. — Crétin !

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Je mc moque de tes invectives.

FAUST. — Allons, trêve de sottises, et reprends ton manteau, esprit des noires phalanges I

MÉPHISTOPHÉLÈS. — Nou, te dis-JG.

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