I LA VIE ARRANGÉE
! tu ne modifierais rien à ta nouvelle existence.
— De ce côté-là surtout.
I — Que demanderais-tu donc à la Provi-
dence? fit-il légèrement impatienté.
— Tu le sais bien.
— Dis toujours.
— De l'argent.
— Nous y voilà I . . . Ame vénale !
— Que veux-tu? balbutiai-je du ton d'un homme accablé.
— Beaucoup d'argent ?
— ^ Non ; beaucoup me gênerait; beaucoup
me couperait l'appétit ; beaucoup m'empêcherait de dormir; beaucoup me rendrait avare et ambitieux... Pas beaucoup, mais un peu... pas mal...
— Je t'entends.
Mon ami réfléchissait.
Peut-être cherchait il un moyen délicat
304 SGtNES DE LA VIE CRUELLE
de me faire accepter un prêt de quinze mille francs.
Il me dit au bout de quelques secondes :
— Ainsi, si tu avais pu arramjer ta vie, selon ton expression, tu n'aurais pas désiré des goûts plus opulents?
— Non.
— Tu te serais contenté de ton intelligence et de ton cœur d'à présent .'
— Ma foi ! oui.
— Etibienl mais, ajouta mon ami, de tout cela il faut conclure que s'il t'avait été permis d'arranger t'a vie... tu l'aurais arrangée absolument comme celle que le destin s'est donné la peine de te faire. Cesse donc tes ridicules récriminations... et continue d'exercer la tranquille profession de littérateur.
... On disait autrefois : « 0\x est la femme? . Il faudra dire désormais :
. Où est l'écrivain ? . Quelqu'lx.